LES BLOGUES
11/04/2019 13:34 EDT | Actualisé 13/05/2019 16:38 EDT

Canadiens de Montréal: tueurs de fierté

La ferveur accolée à notre sport national, que nous dominions depuis des dizaines d'années, mais dorénavant sous le contrôle dévastateur du théoricien et du businessman, est en chute libre.

CP/Graham Hughes
Le nabab tout sourire du Holding de la bonne bière, son porte-parole calmant la grogne populaire à la direction, de même que leur savant théoricien derrière le banc, poursuivent sur leur lancée, nullement inquiétés par l'éléphant dans la pièce qu'ils ont eux-mêmes créé: le désintéressement collectif palpable.

Comment annihiler progressivement le Flying Frenchman et, par extension, le symbole de sa suprématie, le Club de Hockey Canadien? Par le complexe théo-mercantile. La ferveur accolée à notre sport national, que nous dominions depuis des dizaines d'années, mais dorénavant sous le contrôle dévastateur du théoricien et du businessman, est en chute libre.

À la suite de l'avènement du théoricien qui, après avoir lui-même décrété dans un premier temps que le jeu de hockey sur glace nord-américain devait s'affranchir de son orthodoxie au profit d'un système de jeu hermétique, a littéralement sapé le développement de nos jeunes joueurs, magnifiques «Français Volants» dans l'âme.

Ils sont désormais interdits de toute créativité et plus encore, dans le cas de l'athlète d'exception, de transporter la rondelle d'un filet à l'autre, comme si cela relevait de l'hérésie.

Automatisé par le gourou de la «trappe», le joueur-espoir n'est plus, tel qu'en fait foi son dépérissement soudain, alors que la succession des merveilles de chez-nous des temps anciens, dont le Rocket demeure l'archétype, est tuée dans l'oeuf.

Mince consolation: sa quasi-éclosion, parfois, comme celle observée chez Jonathan Drouin. Peu robuste, celui-ci ne peut compter sur une «protection» qui lui permettrait de percer le rempart adverse sans réplique musclée, antichambre de blessures à répétition. Le théoricien dénature le garde du corps sur patins à titre d'artéfact, avec l'appui inconditionnel de la bien-pensance médiatique contemporaine.

CP/Graham Hughes
Claude Julien

Le tout dans l'indifférence d'un Bleu-Blanc-Rouge ayant littéralement versé dans le mercantilisme. Préoccupé davantage par l'expansion de son empire —à l'intérieur duquel s'enchevêtrent maintenant production brassicole, sport professionnel, prestations rollingstoniennes et développement immobilier —, son Big Boss, qui côtoya pourtant le Canadien de l'intérieur durant son enfance à titre de fier héritier potentiel de cette alors extraordinaire formation, n'en a que pour le capital.

L'exclusion des Habs des séries, fichée dans la colonne comptable du manque à gagner des opérations hockey pour l'année en cours, sera compensée par le succès global de son conglomérat. Quant à l'effritement du bassin des joueurs québécois, cela n'a aucune importance.

Puisque trônant au sommet de l'Organisation tel un César peu soucieux du spectacle offert par son cirque, ressassement grandiloquent des performances des gladiateurs-vedettes panthéonisés à la rescousse le cas échéant, il réussit encore et toujours à faire payer les foules exagérément. Et cela, malgré l'absence du talent fleurdelisé, mais plus encore de compétitivité, soutenu par un DG passé maître dans l'art d'anesthésier les masses.

Simple sauveur de meubles patenté qui, incapable dans les faits de revamper l'équipe, entonne constamment, son propre coach-théoricien à ses cotés, le bon vieux refrain de la promesse des jours meilleurs. Modifications récurrentes apportées au besoin à... la sacro-sainte trappe.

Surfant également sur les vestiges du respect-complaisance en toutes circonstances de l'Organisation imposé aux médias par Mon Oncle Ronald (Corey) il y a quelques décennies, à l'intérieur duquel l'analyse tempérée est fortement recommandée lors d'un quelconque dérapage de «sa» formation (sous peine de subtiles sanctions dans le cas contraire), le nabab tout sourire du Holding de la bonne bière, son porte-parole calmant la grogne populaire à la direction, de même que leur savant théoricien derrière le banc, poursuivent sur leur lancée, nullement inquiétés par l'éléphant dans la pièce qu'ils ont eux-mêmes créé: le désintéressement collectif palpable à l'égard de ce qui fut jadis la fierté de l'Homme francophone d'Amérique.

À LIRE AUSSI:

» Ces vins d'importation privée sont de vraies pépites

» Green New Deal: la transition énergétique comme contrat social

» Les cyclistes devraient-ils pouvoir circuler dans les voies réservées?

La section des blogues propose des textes personnels qui reflètent l'opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.