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11/09/2016 10:08 EDT | Actualisé 12/09/2016 09:14 EDT

Lettre aux ados en détresse: demain a besoin de vous, nous avons tous besoin de vous

TÊTE À TÊTES - Je regrette tous ces moments où elle a pleuré et où je ne savais pas comment réagir. Par-dessus tout, je regrette de ne pas avoir eu les mots qui auraient pu lui sauver la vie.

Je pourrais réécrire ce texte des millions de fois et ne jamais être satisfait. Écrire sur le suicide des jeunes, c'est pour moi revivre le pire moment de ma vie.

Chaque jour, je me réveille et mes questions commencent par «Et si...». Et si j'avais dit quelque chose de différent? Et si j'avais essayé plus fort? Et si...

Le suicide est quelque chose de tragique. De savoir que la personne que vous aimez le plus au monde croit que la mort lui ira mieux, c'est vivre ans cesse dans la douleur et les regrets. Je regrette de ne pas l'avoir appelée ce soir-là. Elle avait besoin de son père.

Je regrette tous ces moments où elle a pleuré et où je ne savais pas comment réagir. Par-dessus tout, je regrette de ne pas avoir eu les mots qui auraient pu lui sauver la vie.

J'ai beau chercher, je ne trouve pas de sujet plus important sur lequel écrire que le suicide chez les jeunes. Le suicide représente 24 % de toutes les morts chez les 15 à 24 ans. C'est la deuxième cause de mortalité chez les 10 à 24 ans... Au Canada, chaque année, le suicide fauche quelque 4 000 vies.

Mais il ne s'agit là que de chiffres. Des chiffres qui ne veulent rien dire s'ils ne sont pas reliés aux visages et aux sourires de ceux que nous avons perdus. Il nous faut connaître les histoires derrière ces morts atroces. Le suicide n'a pas d'âge, pas de race, pas de religion ni même d'idéologie politique. Le suicide a un impact sur des gens de tous les horizons et, malheureusement, il n'y a pas de façon facile de traiter de ce problème. Si seulement...

On parle encore très peu de suicide parce que c'est encore vu comme un choix, comme un aveu d'échec. Le suicide est gardé parmi les sujets tabous par la société. Ce silence n'aide personne.

La seule chose que les milliers de personnes qui mettront fin à leurs jours cette année ont en commun, c'est qu'ils nous quittent pour toujours, laissant leurs proches dans un deuil inimaginable. Un deuil qui soulève des questions qui resteront sans doute à jamais sans réponses.

Vous avez peut-être déjà perdu un proche qui s'est enlevé la vie. Vous avez peut-être déjà songé à passer à l'acte avant de voir une lueur d'espoir qui vous a empêché de commettre l'irréparable. Il y a de fortes chances que vous ne parliez pas du suicide parce que c'est encore vu comme un choix, comme un aveu d'échec. Le suicide est gardé parmi les sujets tabous par la société. Ce silence n'aide personne.

Personne n'est à l'abri du suicide. Ça peut arriver à quiconque est aux prises avec un problème qu'il croit au-delà de son contrôle : désespoir, dépression, colère, peur, anxiété, deuil, solitude, dépendance, faillite, problèmes de santé mentale...

Le suicide a du sens pour la personne qui passe à l'acte, mais il n'a de sens pour personne d'autre. La personne qui tente de se suicider croit, à ce moment précis, que rien d'autre n'arrivera à apaiser ses souffrances. Le suicide est un acte personnel, mais ça ne devrait pas être le cas.

Il faut parler ouvertement du suicide. En parler à nos proches, nos amis, notre famille, ceux que nous aimons. Il faut parler du suicide et de santé mentale dans nos écoles afin que nos jeunes connaissent les outils qui s'offrent à eux en cas de détresse et qu'ils sachent que nous pouvons leur venir en aide. Il faut arrêter d'encourager l'idée que le suicide est une pensée noire, un secret qui ne peut être partagé. Il faut voir le suicide comme quelque chose qui peut être évitable. Peut-être pas à 100 %, mais nous pouvons faire beaucoup plus qu'à l'heure actuelle.

Il faut parler ouvertement du suicide. En parler à nos proches, nos amis, notre famille, ceux que nous aimons. Il faut parler du suicide et de santé mentale dans nos écoles afin que nos jeunes connaissent les outils qui s'offrent à eux en cas de détresse.

J'ai parlé pour la première fois du suicide il y a plusieurs années, alors que j'avais offert à une étrangère de la reconduire, au sortir de l'église. Elle m'avait confié que son fils s'était récemment embarré dans la salle de bain, avant de s'enlever la vie avec une arme à feu. Elle ne savait pas pourquoi et elle peinait chaque jour à trouver des réponses. Il n'avait pas laissé de note derrière.

Rarement, des notes de suicide sont laissées derrière. Je ne sais pas qu'elles ont été les dernières pensées de ma fille avant qu'elle n'attache la ceinture autour de son cou. Je sais qu'elle était en colère, qu'elle était blessée. Je sais qu'elle avait dit à plusieurs reprises qu'elle ne passerait jamais à l'acte.

Il peut y avoir plusieurs signaux. Ou pas un seul. La détresse peut s'étendre sur plusieurs années. Plusieurs années pendant lesquels les proches croient faire tout en leur possible pour offrir de l'aide, alors que ce n'est pas suffisant pour sauver la vie de l'être qu'ils aiment plus que tout au monde. Le suicide peut être prémédité ou impulsif. Les derniers mots, s'il y en a, peuvent être remplis d'amour et de gentillesse, comme de rage et de haine.

Je suis reconnaissant des derniers moments que j'ai passés avec Rehtaeh. De son dernier «Je t'aime». De son dernier «Bye». La veille de son suicide, elle parlait de ses recherches d'emploi, des examens qu'elle devait passer, de l'université où elle pourrait s'inscrire, de ses sœurs, de sa mère, de moi... Je la reconduisais à la maison, après qu'elle ait vu son psychologue. Elle avait pris un autre rendez-vous. Ça me bouleverse encore de penser que, le lendemain, elle passait à l'acte. Ça ne fait pas de sens.

Encore et encore, j'essaie de comprendre ce que j'aurais pu faire pour lui sauver la vie. Ça me tourmentera toute ma vie.

Je reçois sans cesse des messages de personnes qui sont dans la même situation que moi et qui me demandent quoi faire. Je ne le sais pas. Personne ne le sait vraiment, parce que chaque personne est différente.

Il n'y a pas de réponse aisée au suicide. Mais il y a des choses que nous pouvons faire pour aider les jeunes qui contemplent l'idée.

Il y a quelques jours, j'ai publié un statut, demandant à ceux qui avaient jonglé avec l'idée du suicide ce qui avait pu les sauver. Ce qui avait pu leur permettre de ne pas passer à l'acte. Leurs réponses étaient déchirantes, mais inspirantes.

Certains m'ont dit qu'ils avaient pensé à leurs proches. Leurs enfants, leurs parents, leurs frères et leurs sœurs. D'autres ont pensé aux petites choses de la vie qui font qu'il vaut mieux rester en vie. D'autres étaient simplement curieux de savoir ce que demain leur apporterait.

«Anxiété de ratage. Je voulais savoir ce qui arriverait. Donner une deuxième chance à la vie. Juste au cas...»

«Savoir qu'au final, même dans les moments de détresse, je ne suis jamais vraiment seul.»

«Même si j'ai 25 ans, il me reste encore beaucoup devant moi.»

«Ma fille. La douleur qu'elle aurait à vivre sans moi.»

«La seule chose qui m'a empêché de passer à l'acte, c'était de laisser un enfant derrière. Elle n'aurait jamais vraiment su ce qui était arrivé. C'est la seule chose qui m'a gardé en vie. La seule chose qui m'a gardé ici. Même si, encore aujourd'hui, c'est difficile.»

«Mon mari. J'ai vu à quel point il avait été anéanti par mes traumatismes du passé. J'ai vu à quel point il s'était battu pour moi.»

Si vous êtes jeune et que vous pensez au suicide, sachez qu'il vaut la peine de connaître de quoi demain sera fait. Demain, ça ira mieux. Ça passera. Demain a besoin de vous.

Quand j'avais 17 ans, je suis allé dans le garage et j'ai regardé au-dessus de moi, pour voir quelle poutre pourrait soutenir mon poids. Je ne sais pas ce qui m'a empêché de passer à l'acte. J'ai aussi pensé au suicide depuis la mort de ma fille. Le fait d'être en amour m'a gardé en vie.

Si vous êtes jeune et que vous pensez au suicide, sachez qu'il vaut la peine de connaître de quoi demain sera fait. Demain, ça ira mieux. Ça passera. Demain a besoin de vous.

Trouvez quelque chose auquel vous accrocher. Un animal de compagnie. Un jardin. Un film à voir, tout simplement. Trouvez ce qui vous gardera en vie. Parce que les choses vont se replacer. Vous survivrez.

Dans les moments les plus noirs, dites-vous : «Pas aujourd'hui. Demain a besoin de moi. J'ai besoin de voir de quoi l'avenir sera fait.»

Demain a besoin de vous. Nous avons tous besoin de vous.

Ce texte initialement publié sur le Huffington Post Canada a été traduit de l'anglais.

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Tête à têtes est une nouvelle série de blogues lancée conjointement par le Huffington Post Québec et le Huffington Post Canada. Inspirée par le projet Maddie, cette série met l'accent sur les adolescents et la santé mentale. Elle a pour but de sensibiliser et de susciter des conversations en s'adressant directement aux adolescents qui traversent un moment difficile ainsi qu'à leurs familles, aux enseignants et aux dirigeants communautaires. Nous voulons nous assurer que les adolescents qui sont aux prises avec une maladie mentale reçoivent l'aide, le soutien et la compassion dont ils ont besoin. Si vous souhaitez contribuer à cette série, envoyez-nous un courriel à cette adresse : nouvelles@huffingtonpost.com.

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