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02/04/2013 06:12 EDT | Actualisé 02/06/2013 05:12 EDT

Le prototype du Patriote 2.0 est en chantier

Radio-Canada.ca

Si la mission du mouvement souverainiste avait consisté à vendre des gadgets électroniques, genre Blackberry, il y a belle lurette que les créanciers l'auraient forcé à se restructurer en profondeur. On aurait par exemple exigé la démission du président, qui avait pratiquement fondé l'entreprise mais sans jamais changer son plan d'affaires. L'entreprise aurait ensuite été contrainte à de douloureuses coupures dans sa mission sociale afin de se recentrer sur son objectif numéro un. Surtout, on l'aurait incité à lancer au plus tôt un nouveau produit plus performant et mieux adapté à une clientèle changeante qui n'a connu ni le rapatriement unilatéral de 1982, ni même le référendum de 1995.

Le Patriote 1.0 était pourtant une belle machine. Lancé en 1976 pour compétitionner contre le Trudeau 1.0, le modèle Patriote avait su miser sur de précieux atouts: le français en péril, l'arrogance d'Ottawa et surtout sur une formule hybride permettant de passer aisément du mode «renouvellement du fédéralisme» au mode «marche vers l'indépendance».

Or le Patriote 1.0 est aujourd'hui désuet. La version 1.1 lancé par Jacques Parizeau en 1995 s'est avérée une catastrophe, notamment auprès des Néo-Québécois. La version 1.2 proposée par Lucien Bouchard a, quant à elle, beaucoup déplu à la clientèle des habitués. La version 1.3 d'André Boisclair, plus jazzée, avait séduit les plus jeunes mais s'est avéré un gouffre financier. Finalement, la version 1.4 de Pauline Marois, plus stable mais sans originalité, n'a finalement jamais fait l'unanimité, dépourvue des atouts politiques derniers cris dits «intelligents» qu'on retrouve par exemple dans le Trudeau 2.0.

Si bien que la marque ne gagne plus guère d'adhérents et que les fidèles du Patriote ne se parlent plus qu'entre eux. On prive ainsi le souverainisme de sa dernière chance de conquérir la génération montante et de parvenir un jour à rallier une majorité de Québécois. Les marques fédéralistes ont dès lors beau jeu de mettre la main sur une clientèle à qui on ne s'adresse plus et dont on n'invoque plus les racines.

Le billet de Gilles Laporte se poursuit après la galerie

La Journée nationale des Patriotes en 2012

Le Patriote 2.0 est d'abord un fier nationaliste

Engoncées dans les débats techniques, la plupart des organisations nationalistes ont abandonné le champ de l'identité. Pendant qu'on discutait agenda référendaire, nos traditions se perdaient, notre patrimoine disparaissait, nos chants et nos danses étaient ridiculisés et notre histoire nationale était évincée des écoles. Il n'est pas si loin le jour où l'indépendance sera devenue inutile tant on aura plus rien à préserver. L'urgence n'est donc pas de compulsivement chercher à provoquer la souveraineté qu'à méthodiquement se porter au secours des raisons qui l'ont rendue nécessaire.

Longtemps le Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ) m'a paru une organisation nationaliste modérée, organisant une Fête nationale plutôt gentille, mais sans jamais participer à fond à la lutte souverainiste. Ce n'est que plus tard que je réalisai qu'il s'agit en fait du seul mouvement nationaliste qui rejoint toute la société civile, et pas seulement les militants convaincus, afin de cultiver la fierté d'être Québécois et de fabriquer des nationalistes un à un.

En acceptant en février dernier la présidence du MNQ, j'ai aussitôt rejoint une équipe qui l'avait compris bien avant moi. J'y trouvai en fait déjà en chantier le prototype du Patriote 2.0: celui qui défend son histoire nationale, qui protège son patrimoine, qui valorise l'usage du français, qui soutient sa culture et ses artistes, qui préserve la nature québécoise et qui perpétue les vieux usages qui seuls nous rendent fiers d'appartenir à une nation aux racines profondes et vigoureuses. Le MNQ s'intéresse aussi à l'achat de proximité afin de préserver le mode de vie rural. Il soutient le projet Équipe-Québec, parce qu'il sait le rôle que le sport joue désormais pour l'identité et la fierté d'un peuple, en particulier pour les jeunes. Le MNQ est également au cœur des commémorations historiques, comme la Journée du drapeau et la Journée nationale des patriotes. Il soutient aussi bien sûr la musique traditionnelle et la chanson d'expression française, ne serait-ce que par le biais des quelques 700 événements tenus à chaque année dans le cadre de la Fête nationale. Le MNQ s'adresse en somme au Québec réel: des millions de Québécois lassés des querelles entre politiciens, pas forcément souverainistes non plus, mais néanmoins fiers et soucieux de préserver l'héritage de leurs pères.

Bien sûr nous ne négligerons jamais les abonnés du vieux Patriote 1.0 qui, inlassables, arpentent les mêmes sillons, se surveillant tout de même du coin de l'œil, voir si l'un ne laboure pas trop à droite ou trop à gauche... Qu'ils comprennent cependant que là n'est pas notre mission essentielle. Tandis que d'autres cultivent le jardin souverainiste, le MNQ a plus à faire à défricher une forêt entière de nationalistes. Nul doute que si le Patriote 2.0 voit enfin le jour, ce sera d'abord grâce au labeur des ceux et celles qui perpétuent nos traditions, qui font connaitre notre histoire, qui soutiennent nos artisans, qui célèbrent notre langue et qui animent nos institutions nationales.

Ce Patriote 2.0 sera-t-il souverainiste? Ce sera à lui de voir. Chose certaine, pour engendrer un souverainiste, on aura toujours d'abord besoin d'un bon nationaliste. Il est grand temps que tous ceux qui aiment le Québec le comprennent et se remettent à commencer par le commencement.

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Référendum de 1995: et le NON l'emporta!