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22/11/2013 12:08 EST | Actualisé 21/01/2014 05:12 EST

Coupables avant d'ouvrir la bouche

L'émission Enquête diffusée hier soir nous interpelle fortement sur les possibles dérapages des systèmes qui s'occupent de la santé et du bien-être des enfants et des familles. Nous avons tous vu que même ceux qui appliquent la nécessaire Loi de la Protection de la jeunesse devraient être mieux encadrés, pour éviter des catastrophes humaines encore plus grandes.

Il est question d'une médecine pédiatrique qui, sous le couvert de « meilleures pratiques » à base scientifique, amène le médecin à devenir juge et partie, à jouer un rôle inquisiteur qui dépasse ses prérogatives et ses compétences. Cela se fait avec l'aval de la DPJ qui se fie souvent à ce seul médecin expert afin de prendre les décisions dont elle a la responsabilité. La marge d'erreur augmente à tout coup, comme l'illustre si bien ce reportage!

Comme pédiatre, je suis scandalisé, parce que la pédiatrie ne nous fait pas justicier. Elle nous fait compétent, humain et attentif à tous les grands enjeux du développement et de protection des enfants au sein de leur famille. Je ne souhaite à personne de vivre la même expérience que ces parents qui ont témoigné dans le reportage. Personne n'est à l'abri. J'ai moi-même pu en observer les conséquences désastreuses sur les proches et sur l'enfant. Des mesures s'imposent pour encadrer cette pratique inacceptable.

D'abord, souhaitons que l'hôpital ne soit pas un lieu de pouvoir, ni un tribunal, ni un lieu d'interrogatoire de la police.

L'hôpital est un endroit où on accueille des enfants malades, en détresse, parfois abusés bien sûr, un lieu neutre de réconfort et de soins avant toute chose. Que l'abus fasse partie des diagnostics possibles, on est tous d'accord qu'il s'agit d'une possibilité et que des mesures temporaires s'imposent pour préciser ce diagnostic, mais le savoir-être reste de mise.

Lorsqu'il y a la possibilité d'un enfant maltraité, il faut bien sûr aviser la DPJ et faire les examens nécessaires. Le médecin responsable doit agir avec compétence et vigilance, mais il a aussi le devoir de protéger l'enfant et d'accompagner la famille dans cette démarche, même s'il existe un doute de maltraitance.

Il y a aussi la question des droits de la personne. Tout parent suspecté d'avoir maltraité son enfant doit en être avisé et doit avoir accès à un avocat puisqu'un crime a possiblement été commis. Tout doit être clair. L'enfant aussi doit voir ses droits respectés et devrait avoir accès à un avocat pour éviter les abus de traitements. Rappelons que personne n'est encore jugé coupable à ce stade, comme le veut notre société de droit.

Pour aller plus loin encore, il existait lors de la mise sur pied des centres jeunesse un mécanisme de surveillance pour éviter les dérapages. Ce « Comité de protection de la jeunesse », si mes souvenirs sont bons, assurait une certaine impartialité et le respect des droits fondamentaux des personnes. Le mandat a ensuite été transféré à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, mais on a pu constater qu'en réalité, elle n'a pas les pouvoirs nécessaires pour appliquer ces principes.

Il nous faut rapidement un mécanisme neutre, souple et intermédiaire auquel les familles peuvent faire appel lorsqu'elles se trouvent dans les situations que nous illustre ce reportage d'Enquête. L'intégrité des familles et le bien-être des enfants ne peuvent pas être compromis à partir de jugements rapides ou de la recherche de coupables à tout prix, sans discernement.

Rappelons-nous qu'en médecine, on guérit parfois, on soulage un peu, mais surtout, on peut faire une grosse différence par notre humanité.

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