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17/12/2015 10:33 EST | Actualisé 17/12/2016 05:12 EST

La conférence de Paris sur le climat: une synthèse critique

Même si cet accord implique de faire basculer l'économie vers des sources d'énergie non carbonées en renonçant à l'extraction d'une grande partie du charbon, du pétrole et du gaz naturel, cette mission est impossible dans un monde où l'usage de l'atmosphère est gratuit et où abondent les subventions aux énergies fossiles.

L'Accord de Paris sur le climat est avant tout symbolique et politique. En aucun temps il ne constitue un avancé théorique concernant un prix unique aux émissions de CO2 que ce soit par une taxe carbone ou par un marché de permis. L'objectif principal est de maintenir l'augmentation de la température mondiale en dessous de 2 degrés Celsius et de mener des efforts pour limiter l'augmentation à 1,5 degré Celsius.

Cet accord est un compromis porté sur la reconnaissance par les pays du Nord et du Sud qu'ils ont des responsabilités communes mais différenciées dans le changement climatique et que leurs capacités respectives à y faire face sont inégales.

Même si cet accord implique de faire basculer l'économie vers des sources d'énergie non carbonées en renonçant à l'extraction d'une grande partie du charbon, du pétrole et du gaz naturel, cette mission est impossible dans un monde où l'usage de l'atmosphère est gratuit et où abondent les subventions aux énergies fossiles. C'est pourquoi la tarification du carbone est incontournable et doit fournir une ressource additionnelle en capital qui permette de sécuriser la promesse de transférer après 2020 une valeur plancher de 100 milliards de dollars par an vers les pays moins avancés au titre de la justice climatique sur un produit mondial brut qui dépassera les 100 000 milliards de dollars US.

La sécurité énergétique, le coût des hydrocarbures et la volonté de ne pas renoncer à un modèle économique apparaissent comme des éléments d'explication du positionnement stratégique des État-Unis, de la Russie et des pays du Golfe persique sur la décarbonisation de l'économie. Le cas de la Chine est aussi intéressant puisque sans renoncer à un modèle de développement fondé sur la croissance et l'urbanisation, elle doit gérer sa dépendance énergétique, s'engager dans la transition écologique et énergétique, et envisager les réponses à des aspirations légitimes en termes d'espérance de vie et d'avenir des générations futures. La position de l'Inde et du Brésil apparaît à cet égard plus complexe à gérer sur le long terme que celle de la Chine.

Concernant l'Europe des Vingt-Huit, l'approche globale et contraignante qu'elle avait portée depuis la conférence de Rio de 1992 jusqu'à celle de Copenhague de 2009 n'a pas convaincu les pays en développement. Le retour des États-Unis et de la Chine en 2014 dans la négociation oblige l'Europe des Vingt-Huit à redevenir une force de propositions. Or, sur le front du climat, l'Europe est influencée par une forme de retour à des politiques nationales au détriment d'un projet énergétique commun, basé entre autre sur le Canada, dernière chance de l'Europe dans le domaine des ressources. L'exemple des situations respectives de la France, de l'Allemagne et de la Pologne montre qu'il est difficile de définir une feuille de route commune des États membres de l'Union européenne.

C'est pourquoi le changement climatique doit être compris comme une menace pour la stabilité financière mondiale qui force à tout repenser. Il s'agit par exemple d'empêcher que des instances comme le G8 ou le G20 prennent des décisions ayant des conséquences contraires aux exigences de cohérence des politiques climatiques. Ce sont en effet à la fois les règles du commerce mondial, le fonctionnement du système énergétique international et le mode de développement actuel qui conduisent au réchauffement climatique. Pour que le désenclavement du climat soit viable, il doit s'accompagner d'une mise en place de plans climatiques au niveau des États, des pays membres, des provinces ou des villes.

Plusieurs questions se posent alors. D'abord celle de la définition d'une responsabilité politique et éthique pour faire face à l'urgence climatique, position que le cadre actuel de l'accord de Paris ne permet pas d'atteindre. Cet accord aurait mérité une analyse et des propositions spécifiques comme celles de L'Appel de Paris du 16 décembre en adoptant des mesures concrètes dès à présent, sans attendre l'entrée en vigueur de l'Accord de Paris en 2020. Et ce d'autant plus qu'en Chine, en Russie ou aux États-Unis l'évolution de la position des États même tient à l'émergence de préoccupations climatiques venues de la société. Les États dans leur forme actuelle sont bien incapables de représenter et d'incarner cette responsabilité éthique et politique sans pression venue des sociétés.

La recherche d'une réponse juste au changement climatique ne consiste pas à essayer de déterminer un critère de répartition des efforts environnementaux, mais plutôt, dans une approche procédurale, à tenter de mettre en place les conditions politiques et institutionnelles de délibérations équilibrées entre les États. Le climat n'est plus de nos jours une simple question environnementale: il est devenu un sujet politique incontournable, touchant à la fois à l'équilibre des forces et des pouvoirs, aux modèles de développement, aux modes de production et de consommation de même que le terrain des nouvelles modalités de la coopération internationale.

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