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22/06/2015 09:19 EDT | Actualisé 22/06/2016 05:12 EDT

Notre indifférence

L'indifférence envers les itinérants est inacceptable dans une société qui se dit moderne.

Pour les itinérants, ce n'est pas l'austérité, mais l'indifférence du public qui atterre. Auparavant appelés «vagabonds», les itinérants d'aujourd'hui sont ces individus que l'on évite comme des excréments de chien sur un trottoir. Des laissés-pour-compte avec des visages que l'on n'ose regarder parce qu'ils remettent en question nos valeurs personnelles.

C'est à cause de cet inconfort que nous demandons ou encourageons parfois nos élus à passer des lois et des règlements qui ont pour effets de judiciariser l'itinérance.

Une approche essentiellement répressive, comme l'indique le rapport des travaux de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse intitulé La judiciarisation des personnes itinérantes à Montréal: un profilage social, publié en novembre 2009: «il ne s'agit pas pour l'État de chercher à faire disparaître les conditions de production de la pauvreté, mais plutôt de faire en sorte que ses manifestations les plus dérangeantes, dont l'itinérance, la mendicité et la prostitution, soient rendues le moins visible possible dans l'espace public.»

Malheureusement, la judiciarisation ne fait que masquer les vrais enjeux et ultimement nous coûter plus cher, car la remise de contraventions pour des infractions mineures mène, dans une proportion élevée, à l'emprisonnement des itinérants pour non-paiement d'amendes.

Pour la vaste majorité des itinérants, la pauvreté comme l'itinérance n'est pas un choix, mais le résultat d'enjeux personnels et de facteurs sociaux très souvent bien complexes. Ce sont des gens avec des problèmes devant lesquels nous ne pouvons nous complaire à croire que seuls nos taxes et le «filet» social de notre sacro-sainte social-démocratie vont rescaper. Eh bien, non!

Le «filet» a des failles dont les répercussions néfastes ne peuvent être réduites que par des citoyens avec une conscience sociale et agissant comme des «humains». Payer des taxes servant à maintenir un certain «filet social» ne devrait pas nous décharger de nos responsabilités civiques. Les devoirs des citoyens les uns envers les autres ne se limitent pas à des obligations juridiques et fiscales: ils doivent être complétés par une dimension morale. La politesse, le respect, la capacité à venir en aide à une personne en difficulté sont des éléments capitaux d'une conscience sociale.

À cet égard, l'indifférence envers les itinérants est inacceptable dans une société qui se dit «moderne». On pourrait donc par accepter de les reconnaître sur la rue comme étant des êtres à part entière en les saluant: «Bonjour! Comment allez-vous?» Très simple, et cela ne vous aura rien coûté!

Si, en plus, vous voulez donner, et bien, allez-y! Donnez! Ah... Vous craignez que votre don direct encourage un quelconque vice? Bien heureusement, à Québec, il y a toujours la Fondation Lauberivière, la Fondation Gilles Kègle, et à Montréal la Mission Old Brewery, pour ne nommer que celles-ci, qui utiliseront votre don avec diligence et efficacité.

Et il y a aussi des initiatives locales d'une sensibilité et d'une ingéniosité incroyable comme «Le Fridge» dans un parc du quartier de Rosemont à Montréal, et à Québec sur le parvis de l'église Saint-Roch où l'on y trouve un frigo en libre-service équipé d'une armoire de partage de denrées non périssables. À ses côtés, le Piano public. Vous pourrez donc, en y déposant des denrées, jouer du piano si le talent ainsi que le courage vous le permettent, pour un public qui ne paie pas mais qui est certainement très appréciatif des êtres «humains».

Allez, gens du Québec! Un peu de compassion! Le frigo était vide hier soir.

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