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28/02/2016 18:22 EST | Actualisé 28/02/2017 00:12 EST

Les journalistes sportifs influencés par la météo

Ce n'est pas la première fois que des journalistes sont soupçonnés d'avoir été influencés dans leur travail par des facteurs externes.

Tout le monde sait que la météo influence les athlètes. Mais ce qu'on savait moins, c'est que les journalistes sportifs aussi sont influencés par la météo quand ils décrivent un match ou une compétition. Aux Jeux olympiques de Pékin, en 2008, tous les articles écrits sur place par la plupart des correspondants américains étaient biaisés par les conditions météorologiques. C'est le résultat surprenant obtenu dans le cadre d'une recherche en communication à l'Université de Pennsylvanie qui a été menée en 2012.

Après avoir analysé pour leurs contenus positifs et négatifs tous les articles et les interventions en direct des journalistes du Wall Street Journal, du Washington Post et du New York Times, les chercheurs ont trouvé une relation directe entre les conditions du ciel à Pékin, en particulier la pollution de l'air et la température, et la négativité des journalistes dans leur couverture de presse. Plus la température était élevée, plus le nombre d'expressions ou de mots à connotation négative augmentait dans le vocabulaire employé par les chroniqueurs sur place.

Cette histoire, passée inaperçue à l'époque dans le monde des médias, a eu le mérite de lever le voile sur une réalité que les milieux de l'information ont tendance à sous-estimer en général : les journalistes sont influencés dans leur travail. Et c'est normal, après tout. Les journalistes sont comme tout le monde. Mais quand le travail consiste à rapporter des événements, le ton utilisé peut être autant porteur d'informations que les mots, sinon plus...

En fait, les psychologues et les experts en communication le répètent souvent : quand on communique avec quelqu'un, ce ne sont pas les mots qui comptent, mais le ton de la voix.

Ce n'est pas la première fois que des journalistes sont soupçonnés d'avoir été influencés dans leur travail par des facteurs externes. Il est reconnu, par exemple, que l'emplacement géographique d'un journal teinte le traitement de l'information. On l'a vu dans l'affaire de la vache folle : au cours des années 1990, l'effondrement de la consommation de viande bovine causée par une bactérie a déclenché une crise mondiale. Les gens ont découvert alors avec horreur que les steaks qu'ils consommaient provenaient de bovins nourris avec des farines animales infectées. Pendant l'épidémie, qui a fait très mal aux éleveurs de l'ouest américain, les journaux du Midwest, de Chicago notamment, étaient systématiquement plus positifs dans le ton et le traitement de l'information que les journaux de New York ou de Boston.

Le sexe du présentateur a aussi été pointé du doigt comme un facteur qui donne une couleur et un ton différent aux nouvelles. Mais jamais avant les Jeux de Pékin on n'aurait pensé que la météo possédait un certain pouvoir sur les reportages en direct.

Le processus de prise de décision dans le monde des médias est très complexe et excessivement rapide. Les réseaux d'information, de nos jours, fonctionnent sur une grille continuelle 24 heures sur 24 qui dépend beaucoup de l'intervention de journalistes sur les lieux et de la collecte rapide d'information sur le terrain. Il est impossible d'expliquer pourquoi un journaliste choisit plus ou moins de mots négatifs ou positifs dans son papier ou son topo quand il couvre une nouvelle. Or, certains facteurs physiques extérieurs ont une importance insoupçonnée sur notre équilibre mental et physique.

Selon les psychologues, une conclusion fondamentale de toutes les recherches sur la communication humaine est qu'il y a trois façons pour un humain d'interagir avec le monde extérieur : positivement, négativement, ou de façon neutre. Et il se trouve que certaines circonstances météo ont le pouvoir de forcer une de ces réactions plutôt qu'une autre.

Au Québec aussi, la météo affecte le traitement des nouvelles et de l'information. On l'a vu lors des inondations du bassin du lac Champlain et de la rivière Richelieu, en 2010. Les journalistes sur place faisaient souvent leur reportage les pieds dans l'eau, ou bien à bord d'embarcations, vêtus de gilet de sauvetage et de tenues à la Indiana Jones. La plupart des grandes stars de l'information, à l'époque, n'avaient pas hésité à se jeter à l'eau pour couvrir la catastrophe. Pour certains observateurs, ces champions de l'information populaire n'ont fait que se couvrir de ridicule. Pour d'autres, c'était la preuve que même les vedettes n'ont pas peur de se mouiller au Québec.

Référence : The Weather Effects on U.S. Newspaper Coverage of the 2008 Beijing Olympics, Mass Communication and Society, Volume 15, Issue 4, 2012.

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