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10/04/2016 09:13 EDT | Actualisé 11/04/2017 05:12 EDT

Avril, début de la saison des tueries

La recherche semble indiquer que les attaques terroristes, tout comme les tueries de masse, ont des aspects saisonniers.

Pour les experts qui étudient les tueries de masse (mass murders) et les attaques terroristes, le mois d'avril a triste réputation. C'est un mois où les évènements du genre semblent augmenter si l'on se fie aux statistiques. Les Américains ont même une expression : avril ouvre la «killing season».

C'est en avril que Timothy McVeigh, un membre d'une milice extrémiste, a fait exploser un immeuble du gouvernement fédéral à Oklahoma City en 1995. La tuerie de Colombine, c'était en avril. L'attentat du marathon de Boston? En avril. Le carnage de Waco? Virginia Tech? En avril.

Mais qu'est-ce qui peut bien se passer en avril pour inciter autant à la violence? La question n'est pas anodine. C'est même d'une grande importance pour les autorités. Dans la lutte contre le terrorisme, la détection de «patterns» est actuellement la plus grande des préoccupations.

La recherche dans le domaine semble indiquer que les attaques terroristes, tout comme les tueries de masse, ont des aspects saisonniers.

Les terroristes ou les tireurs fous aiment bien faire un maximum de victimes. Ils vont donc frapper davantage à certains moments de l'année, du mois, ou du jour. Dans certaines régions du monde, le terrorisme se calme en hiver puis augmente au printemps, comme au Pakistan. Aux États-Unis, les tueries sur les lieux de travail ou ailleurs semblent suivre un rythme annuel dicté par le Soleil.

Malheureusement, les statistiques sont difficiles à interpréter puisque la définition même d'un acte terroriste ou d'une tuerie de masse n'est pas évidente à faire. Des chercheurs en neuropsychologie de l'Université de Pennsylvanie se sont récemment attaqués à la question. En excluant les actes terroristes islamistes, ils ont analysé 273 cas de tueries de masse qui se sont produits dans le monde de 1996 à 2013.

Première conclusion étonnante : malgré une certaine perception populaire, il y a une baisse marquée du nombre de tueries par année depuis 1996.

Alors qu'il y en avait plus d'une vingtaine par an avant 2000, on en compte maintenant deux fois moins depuis le début des années 2010.

Deuxième conclusion : le temps de l'année où le nombre de tueries est le plus grand est... mars-avril, soit 57 cas sur 273. Le nombre de tueries est plus grand au printemps avec 27,8 %. L'été suit avec 26,3 %, puis l'automne (23,8 %) et l'hiver (22,1 %).

Beaucoup de raisons ont été avancées pour expliquer la hausse des tueries en avril. Des raisons sociales, culturelles, religieuses. Même l'anniversaire d'Hitler (un 20 avril) a été pointé du doigt comme un motif probable. Or, l'explication est simple. C'est l'action du Soleil. Ou si vous préférez, le passage des saisons.

Une bonne raison de se réjouir du temps froid

De nombreuses études ont confirmé ces dernières années que les meurtres et les crimes violents se produisent plus souvent certains mois que d'autres. En explorant les mécanismes qui poussent à la violence, on a découvert que les crimes violents sont plus fréquents durant les mois et les jours les plus chauds de l'année. Ces résultats sont observés partout dans le monde, même en tenant compte de la pauvreté et des facteurs démographiques.

En Norvège par exemple, un pays nordique au climat semblable à celui du Québec, plus de 82 000 épisodes de violence signalés à la police entre 1991 et 1997 ont été examinés à la lumière des données météo. Chaque année, le cycle est le même. Dès que la longueur du jour s'allonge et que les températures chaudes se pointent aussi en avril, les cas de violence verbale et physique augmentent. Surtout chez les patients psychiatrisés. Cette hausse de violence se résorbe habituellement après le mois d'octobre.

Les raisons physiologiques et psychologiques sont encore méconnues. On suspecte un débalancement hormonal lié à un déficit de sérotonine causé par l'ensoleillement qui augmente beaucoup en mars-avril. Les températures chaudes, qui se pointent en avril, affectent l'oxygénation et dégradent la qualité du système nerveux.

En outre, le mois d'avril est un mois agité à la météo. Avril se distingue en termes météorologiques comme une période troublée, marqué par des soubresauts de la nature. Pas étonnant que ce temps de l'année a si mauvaise réputation chez les psys.

Dans les pays aux hivers froids et neigeux, comme le Canada et les États-Unis, la «killing season» débute habituellement après l'équinoxe du printemps, soit vers le 21 mars. La violence augmente alors en flèche.

Heureusement, il a fait plutôt froid au Québec ces derniers temps. Voilà au moins une bonne raison de se réjouir du temps frisquet de ce début d'avril 2016, qui n'a pas favorisé le jardinage et les activités extérieures. Mais au moins, les tueurs en série et autres fanatiques sont restés tranquilles.

Références : Canadian Journal of Psychiatry 2003; 48: 624-627

Bowers, Thomas G., Harrison, Marissa A., Holmes, Eric. (2014, mai). Mass Murder: Assessing Psychogenic Influences and Season Effects. Association for Psychological Science (APS).

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