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07/09/2015 11:43 EDT | Actualisé 07/09/2016 05:12 EDT

Pourquoi je me présente pour le Bloc québécois

On doit faire en sorte que cette élection du Canada soit la dernière sur le territoire du Québec.

Nous sommes au début d'un nouveau cycle politique qui doit absolument, cette fois, être déterminant pour l'avenir de notre peuple et son indépendance politique. Il devenait impossible pour moi de demeurer à l'écart de cette campagne que tient le Canada sur le territoire du Québec.

On doit faire en sorte que cette élection du Canada soit la dernière sur le territoire du Québec ou, au pire, l'avant-dernière. Nous devons mettre fin à notre dépendance de l'État canadien pour pouvoir prendre nous-mêmes toutes nos décisions. Mais en même temps, d'ici à ce que l'indépendance se réalise, des députés du Bloc à Ottawa pourront non seulement mieux défendre les intérêts du Québec, mais aussi lier chaque question débattue au Parlement d'Ottawa avec notre avenir national, plutôt qu'avec celui du Canada.

Pour «monter au front», je devais quitter la présidence des Organisations unies pour l'indépendance. Les États généraux sur la souveraineté que nous y avons mené ont dénombré 92 blocages dans tous les domaines de la vie collective, publiés dans l'ouvrage Forger notre avenir, que j'ai édité. On y définit également des projets pour le Québec que nous pourrions réaliser en levant ces blocages et en récupérant toutes nos compétences et nos budgets. Voilà une base de contenu solide pour la campagne électorale.

Contrairement à ce que cherchent à véhiculer nos adversaires, la plupart des questions qui affectent la population sont en lien direct avec notre statut de dépendance politique. Dans LaSalle--Émard--Verdun, où je me présente, les mesures de création d'emploi faites ailleurs et contre nos valeurs dans le pétrole, l'automobile ou l'armement, ainsi que les coupures à l'assurance-chômage, frappent durement les travailleurs et les jeunes familles. Le retrait d'Ottawa du financement du logement social créera inévitablement une augmentation du coût des loyers pour les moins riches. Le péage sur le pont Champlain, porte de communication du sud-ouest avec l'extérieur, viendra encore grever le budget familial des résidants du comté. Le transport du pétrole dans le Saint-Laurent fait subir un risque énorme pour la qualité des berges et notre environnement. Finalement, les coupures des transferts en santé et la hantise du déficit zéro (appuyé désormais par le NPD) risquent d'ajouter une deuxième austérité à celle déjà en cours à Québec en santé et en éducation. Toutes des mesures de l'État canadien, prises à l'extérieur du Québec, qui doivent être combattues d'un point de vue indépendantiste.

Sortir le Canada du Québec

Ces élections fédérales auront un impact important sur l'avenir du projet d'indépendance. L'élection d'un député du Bloc, ça signifie un indépendantiste de plus sur le terrain et un fédéraliste de moins. Ça signifie des moyens financiers, de la visibilité, des employés au service de l'indépendance. Une majorité de députés bloquistes au Québec, ce sont des centaines de personnes et des millions de dollars au service de l'indépendance, au service du Québec, au service de nos aspirations. Les indépendantistes forment toujours plus de 40% de la population. Ils doivent être représentés par des candidats qui pensent comme eux et qui résisteront aux blocages du régime, tout en obtenant des gains pour le Québec.

Oui, il faut sortir le gouvernement Harper, mais, encore plus important, il faut sortir le Canada des affaires du Québec. Depuis que les conservateurs sont majoritaires à Ottawa, nous sommes soumis à l'un des gouvernements canadiens les plus néfastes pour le Québec. Avant eux, les libéraux l'ont été tout autant. Rappelons qu'en 1982, le gouvernement Trudeau (père), avec l'appui de 74 députés du Québec sur 75, nous a imposé une constitution qui lui a permis de désavouer des lois fondamentales du Québec comme la loi 101. Le NPD est en bonne voie de leur ressembler, lui dont le chef vient de remiser le crédo social-démocrate pour épouser l'objectif du déficit zéro et promouvoir le transport pétrolier au Québec, qui serait, affirme-t-il, bénéfique pour tous les Canadiens. Les députés néo-démocrates et libéraux sont les représentants du Canada du Québec, peut-être moins rétrogrades que les conservateurs, mais plus centralisateurs: ministère des Affaires urbaines, interventions dans les garderies, Commission des valeurs mobilières, appui au Canada pétrolier. Alors qu'à Québec on déconstruit l'État québécois, qu'arrivera-t-il si Ottawa le remplace grâce à son pouvoir de dépenser notre argent?

Le véritable changement

Il y a deux méthodes pour sortir les conservateurs à Ottawa: la mauvaise et la bonne. La mauvaise consiste à mettre tous ses œufs dans le même panier comme en 2011 en s'illusionnant sur la capacité des députés du Québec à défendre les intérêts et les valeurs du Québec, alors qu'ils sont forcément minoritaires dans les partis fédéralistes lorsqu'il sont au gouvernement.

La bonne méthode consiste à s'assurer que le prochain gouvernement canadien soit minoritaire avec une forte opposition du Bloc québécois. Un gouvernement minoritaire sera moins nuisible, car il pourra être contré s'il attaque le Québec, ou convaincu d'adopter parfois des mesures bénéfiques pour le Québec s'il veut l'appui du Bloc. Un Bloc québécois détenant la balance du pouvoir n'aura aucune contrainte imposée par le Canada pour jouer pleinement son rôle, à 100%, dans la défense des intérêts du Québec. Et il pourra préparer le seul véritable changement, pas un simple changement de parti ou de «maître» à Ottawa, mais un changement de régime où nous ne serons plus d'éternels minoritaires toujours sur la défensive, mais où nous contrôlerons les clefs de notre avenir.

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