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02/10/2016 11:01 EDT | Actualisé 03/10/2016 09:33 EDT

Les plans provincialistes de Lisée et Cloutier

Tout comme la solution Lisée, le plan Cloutier est une voie de contournement pour éviter un engagement clair de réaliser l'indépendance. Ce qui empêcherait de faire porter la prochaine campagne électorale du PQ Parti québécois sur les avantages de l'indépendance, laissant le champ libre à Philippe Couillard de ressortir les vieilles peurs.

Jean-François Lisée propose d'éliminer l'indépendance de la précampagne, de la campagne électorale de 2018 et du prochain mandat pendant lequel il s'engage à ne pas réaliser l'indépendance. Il a le « mérite » d'être clair, mais pas très novateur puisqu'il propose de continuer dans la même voie que celle des 20 dernières années durant lesquelles le Parti québécois a évacué son option au profit d'enjeux provinciaux, à l'Assemblée Nationale comme dans les médias, pouvant être réalisés par la province.

Réaffirmant malgré tout sa foi souverainiste, il prétend que pendant les six prochaines années, les militants vont se mobiliser pour faire avancer l'idée l'indépendance... pendant que sous sa direction, le Parti québécois oriente ses fonds vers d'autres priorités. Cela semble convaincre certains membres du PQ dont la conscience est peut-être troublée par l'abandon de la raison d'être du parti.

Mais cette idée, malheureusement, ne tient pas la route. Le fait que le gouvernement du PQ que nous élirions en 2018 consacre la majeure partie de ses énergies à la gouvernance de la province pendant les six prochaines années, exclut de fait qu'il y ait un objectif proche, une échéance électorale ou référendaire, pour faire de l'indépendance une question d'actualité. En conséquence, les idées souverainistes ne seront couvertes qu'à la marge dans les médias et écoutés distraitement par la population, comme cela est le cas depuis trop longtemps.

Quand s'arrêtera cette spirale vers l'insignifiance ?

Si on veut être vraiment réaliste, l'option Lisée aura pour effet une démobilisation des indépendantistes, une division du vote entre les partis souverainistes favorisant les libéraux et une baisse d'appui dans les sondages en faveur de l'indépendance. Celle-ci incitera le Parti encore davantage à évacuer l'indépendance à l'élection de 2022. Quand s'arrêtera cette spirale vers l'insignifiance ?

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Alexandre Cloutier, lui, fait indirectement la même chose en proposant six actions qu'il qualifie de «fondatrices pour l'État du Québec». C'est agréable à lire, c'est vaguement nationaliste, cela paraît bien et conforte l'establishment du parti dans la continuité qu'elle préconise, une continuité provincialiste délétère pour l'option indépendantiste, faut-il le rappeler.

Pour voir de quoi il en retourne vraiment, reprenons une à une ces six actions soi-disant « fondatrices » que mettrait en œuvre un gouvernement Cloutier dans la première année de son mandat.

1. L'adoption d'une Constitution du Québec, qui établira le principe de la laïcité de l'État et regroupera des textes fondamentaux comme la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, la Charte de la langue française, la Loi sur l'Assemblée nationale et la Loi sur l'exercice des droits fondamentaux.

On ne peut être contre la recopie de textes fondamentaux existants dans une Constitution interne de la province de Québec. Mais cette constitution interne sera toujours soumise à la constitution canadienne de 1867, amendée en 1982, ce qui ne renforce en rien l'État du Québec, ne rapatrie aucune compétence, aucun budget, aucun traité dont l'État canadien s'est arrogé le contrôle à nos dépends. Cette autre action provincialiste constitue par contre une reconnaissance implicite et dangereuse de la Constitution de 1982 dont notre Assemblée nationale dénonce régulièrement l'imposition unilatérale au Québec.

2. La création d'un Conseil constitutionnel québécois, dont les membres seront nommés par le Québec et auquel nous pourrons nous adresser pour tout enjeu constitutionnel. Cela nous permettra de jeter les bases de notre indépendance judiciaire. Les exemples de l'Allemagne et de la Suisse, où des länders et des cantons ont leur propre cour constitutionnelle, peuvent nous servir de guide.

La comparaison avec les länders allemands et les cantons suisses est éclairante, ceux-ci étant l'analogue des provinces canadiennes. Notre nouvel horizon serait donc un meilleur fédéralisme. Rien là de fondateur pour l'État québécois, simplement un mécanisme de défense dans la plus pure tradition fédéraliste.

3. L'adoption d'une déclaration d'impôts unique, qui permettra d'alléger le fardeau administratif des contribuables et des entreprises.

Comment faire cela sans l'indépendance ? Par quel miracle le Canada qui voit le Québec comme une province comme les autres lui accorderait-il un tel privilège en lui transférant la perception de ses impôts au Québec ? Vous imaginez le tollé dans le reste du Canada ? Avec un gouvernement libéral encore plus centralisateur à Ottawa que le précédent, cette illusion que diffuse aussi la CAQ, et avant elle l'ADQ de Mario Dumont, est une porte fermée à double tour.

4. L'application de la loi 101 aux entreprises de compétence fédérale faisant affaire au Québec, afin de renforcer la place du français dans tous les milieux de travail, et inscription du droit à la francisation dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.

Cela fait partie depuis des années des revendications du Bloc québécois à Ottawa, et maintenant aussi de François Legault. Le Canada anglais, sous Trudeau père, s'est donné la peine de rapatrier la constitution en 1982 pour contrer la loi 101. S'imaginer que Trudeau fils accepterait d'appliquer la même loi 101 aux entreprises de compétence fédérale du Québec, alors qu'il peine à appliquer le bilinguisme dans ses propres organismes fédéraux, est un autre rêve impossible sans l'indépendance.

En fait, Alexandre Cloutier propose six mesures provincialistes qui ne renforcent en rien l'État du Québec.

5. La fin du financement du lieutenant-gouverneur, un symbole de la monarchie britannique qui coûte près d'un million de dollars par année aux Québécoises et aux Québécois.

C'est une bonne idée et une petite économie. Mais rien n'empêchera Ottawa de compenser financièrement et nous aurons toujours dans le décor ce symbole royaliste débilitant, son existence étant assurée par la constitution du Canada. On est loin de la République du Québec!

6. L'abolition du serment d'allégeance à la reine d'Angleterre lors de l'assermentation des députés, un vestige d'une autre époque qui sera remplacé par un serment d'allégeance au peuple et à la Constitution du Québec, à la suite de l'adoption d'une loi par l'Assemblée nationale.

Excellent, il faut le faire. Mais cela n'a aucune effet fondateur de notre État national. En fait, Alexandre Cloutier propose six mesures provincialistes qui ne renforcent en rien l'État du Québec, enjolivées d'un titre trompeur : « Six actions fondatrices de l'État du Québec ». Fondatrices mon œil! Affirmer cela, c'est clairement jeter de la poudre au yeux.

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Tout comme la solution Lisée, le plan Cloutier est une voie de contournement pour éviter un engagement clair de réaliser l'indépendance, ce qui empêcherait de faire porter la prochaine campagne électorale du Parti québécois sur les avantages de l'indépendance, laissant tout le champ libre à Philippe Couillard de ressortir les vieilles peurs.

Les candidats Cloutier et Lisée n'osent plus présenter des projets que l'indépendance permettrait de réaliser : la constitution d'une véritable République du Québec; un plan énergétique pour la protection du climat et le développement de l'emploi; l'aménagement du territoire et la reprise en main de nos transports et nos communications; l'établissement d'un Québec résolument français.

Sans un projet de pays, on accrédite ainsi le discours libéral à l'effet que l'indépendance serait déconnectée des besoins de la population ou celui de la CAQ qui affirme, en dehors de la réalité, que des changements au régime canadien sont possibles.

Comme le propose Martine Ouellet, cette course à la direction du PQ doit mener à un changement de cap vers une indépendance pleinement assumée, avant, pendant et après chacune des élections, jusqu'à ce que la population élise un gouvernement indépendantiste sérieux ayant demandé un mandat pour la réaliser et décidé à le faire.

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