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01/03/2018 05:59 EST | Actualisé 01/03/2018 05:59 EST

Le Québec a besoin d’un Bloc québécois uni

Nous sommes en train de gaspiller une conjoncture extrêmement favorable à la suite de la dégringolade du NPD et le peu d’attrait du parti conservateur au Québec.

THE CANADIAN PRESS

En tant qu'ancien candidat du Bloc à l'élection de 2015, je suis à la fois fier de mon parti et inquiet pour son avenir à la suite de vos démissions. Je suis fier de ce que le parti a accompli depuis la défaite de 2011 pour redevenir un instrument politique présent et efficace au service du Québec. Je suis fier des prises de position des députés et de la cheffe du parti sur la place publique. En même temps, je suis inquiet des divergences qui jettent de l'ombre sur les positions du parti. Je vous supplie de résoudre démocratiquement vos divergences au sein des instances du parti plutôt que sur la place publique. On dit que certains députés veulent défendre les intérêts du Québec à Ottawa et que la cheffe veut d'abord et avant tout travailler à promouvoir l'indépendance. Est-ce vraiment nécessaire de dire qu'il faut faire les deux ?

Nous sommes en train de gaspiller une conjoncture extrêmement favorable à la suite de la dégringolade du NPD et le peu d'attrait du parti conservateur au Québec. Pour gagner au Québec, pour faire avancer l'idée d'indépendance, les indépendantistes ont besoin d'un Bloc québécois uni.

La cheffe, les députés et le parti

Nous avons besoin d'une cheffe de la trempe de Martine Ouellet comme porte-parole du Bloc Québécois. Comme le soulignait Michel David il y a quelque temps, Martine Ouellet « redonnera au Bloc une visibilité médiatique qu'il n'a pas eue depuis l'époque de Gilles Duceppe ». Cela était visible mardi lors de la critique du budget Morneau. Personne dans la classe politique ne remet en doute l'impulsion que la députée de Vachon a commencé à donner à un parti déjà doté d'une solide équipe de 10 députés et d'un membership de 20 000 membres qui dépasse au Québec ceux du NPD et du Parti conservateur réunis.

Nous avons tout aussi besoin des sept députés qui font un travail extraordinaire à Ottawa et sur le terrain à Québec.

Nous avons tout aussi besoin des sept députés qui font un travail extraordinaire à Ottawa et sur le terrain à Québec. J'en suis témoin dans ma région. Mon député est Gabriel Ste-Marie et j'ai souligné à plusieurs reprises son magnifique travail, notamment sur la question des paradis fiscaux, où il faut d'ailleurs être un pays pour agir. J'ai aussi travaillé de près avec Monique Pauzé lors des États généraux sur la souveraineté, qui fait un solide travail sur la lutte pour l'environnement et le climat. Puis-je vous supplier de reconsidérer votre décision ou au moins d'en discuter avec moi à titre de président des Oui Québec dans votre région. Ces démissions vont démobiliser les indépendantistes dans la région et au Québec à un moment critique où il faut que le Bloc récupère tous les moyens d'un parti reconnu à Ottawa pour soutenir son action.

Les objectifs et l'action du Parti

Vous devez pourtant être convaincus comme moi qu'il n'y a pas d'opposition entre la défense des intérêts du Québec à Ottawa et la promotion d'un programme indépendantiste. Au contraire. Un projet de pays du Québec est nécessaire à la promotion de l'indépendance par le parti et fournit également un cadre nécessaire pour la critique du régime et la défense des intérêts du Québec à Ottawa.

Prenons l'exemple de la récente mesure d'équité salariale du budget Morneau. Le rôle du Bloc est bien sûr d'en faire la critique tout en soulignant que, si le Québec était un pays, la « nouvelle » mesure fédérale serait en application depuis longtemps. Tous les employés de la fonction publique et du secteur privé fédéral, soit quelques 300 000 salariés au Québec, auraient bénéficié de la politique d'équité salariale du Québec qui a fait en sorte que dans la fonction publique québécoise le salaire des femmes atteint 98% de celui des hommes.

Sur tous les plans, territoire, langue et culture, environnement, économie, justice sociale, démocratie, relations internationales, des orientations indépendantistes claires fournissent un cadre à l'action politique de notre parti à Ottawa jusqu'à ce que le Québec devienne un pays. Le lien doit être fait constamment entre ce cadre indépendantiste et la défense des intérêts du Québec. L'absence de ce lien dans le discours indépendantiste s'est faite rare depuis trop longtemps, faisant le jeu de nos adversaires fédéralistes.

Est-ce « changement » d'orientation dont parle Martine Ouellet qui est mal accepté ou mal compris ? Il s'agit pourtant d'un changement que souhaite la grande majorité des militantes et des militants du Bloc. Après deux ans, êtes vous déjà habitués au rôle plus traditionnel d'opposition à Ottawa. Bon gouvernement à Québec, bonne opposition à Ottawa.

Contrairement à 2011, le Bloc doit pouvoir faire le plein des votes indépendantistes du Québec. Cette victoire possible en 2019 doit en effet être la préoccupation principale de tous les indépendantistes et, plus largement, de tous ceux qui ont à cœur les intérêts du Québec et son avenir politique.