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17/05/2016 10:05 EDT | Actualisé 18/05/2017 05:12 EDT

La stratégie Lisée: l'indépendance le plus vite possible... en 2022?

Il fallait bien que l'un des candidats présente la position traditionnelle du Parti québécois à l'égard de son option, soit sa mise en veilleuse au profit de la logique du «bon gouvernement».

Jean-François Lisée, en présentant sa candidature à la direction du parti québécois, apporte une contribution au débat qui devait être faite. Après tout, il fallait bien que l'un des candidats présente la position traditionnelle du Parti québécois à l'égard de son option, soit sa mise en veilleuse au profit de la logique du «bon gouvernement».

La position traditionnelle du Parti québécois avait été qualifiée en 2013 «d'attentiste» par l'ancienne première ministre, Pauline Marois, ce qui ne l'a pas empêché, elle-même, de proposer cette approche de «gouvernance souverainiste»... pour la province de Québec, dans le cadre du régime fédéral. Le député de Rosemont lui, a le mérite d'être beaucoup plus clair sur le rôle provincialiste qu'il destine à son parti.

La proposition Lisée rappelle celle de François Legault qui, en fondant la CAQ, déclarait la question nationale hors d'ordre pour dix ans. Le député de Rosemont, lui, ne la déclare pas hors d'ordre, mais dans les faits, cela revient au même. Il est prêt à attendre six ans, auxquels il faut ajouter de 1 à 4 ans de plus au cours d'un deuxième mandat pour remettre l'indépendance de l'avant. Cela nous mène quelque part entre 2023 et 2026.

À cette date lointaine, il est probable que la «veilleuse» sera éteinte ou que le flambeau aura été repris par d'autres que le Parti québécois.

Tâche essentielle et tâche immédiate

Fort en sémantique, le candidat à la direction distingue entre tâche «essentielle» et «immédiate». La tâche essentielle, affirme-t-il, est de «faire l'indépendance du Québec. Quand? Le plus vite possible», répond-il. Trouvez l'erreur.

En fait le député de Rosemont «rage de voir le Québec gouverné par des libéraux qui l'affaiblissent» bien davantage que de le voir soumis aux dictats du Canada pétrolier. Citant Jacques Parizeau, qui toute sa vie s'est opposé à la mise en veilleuse de l'option, il développe la thèse du «on n'est pas prêt». C'est le cercle vicieux parfait qui condamne à l'impuissance depuis 20 ans. Comme on n'a rien préparé, on n'est pas prêt ; et comme on n'est pas prêt, on fait des élections comme un parti provincial traditionnel.

Donc la tâche immédiate est de «débarrasser le Québec du gouvernement Couillard». Si le PQ mettait l'accent sur l'indépendance, le candidat à la direction craint une nouvelle défaite électorale, car le parti québécois serait devant un blocus, les Québécois étant très «majoritairement réfractaires à la tenue d'un référendum» et il ajoute «ou de toute démarche vers la souveraineté». Il en conclut logiquement qu'avec lui à la tête du PQ, il sera «clair pour tous qu'un gouvernement du Parti québécois élu en octobre 2018 ne tiendra pas de référendum, n'enclenchera aucune démarche souverainiste de gouvernement, ne dépensera pas un sou de fond public pour son option pendant ce mandat». Il ajoute: «cet engagement doit être en fer forgé. La porte fermée à double tour».

S'imaginer qu'avec une telle position il lui sera possible d'animer un débat sur l'indépendance, et surtout de maintenir une forme de convergence avec les autres partis et mouvements indépendantistes, relève du plus pur fantasme. Les partisans de l'indépendance vont rester chez eux ou appuyer d'autres partis, en attendant que quelque chose se passe, et les indécis vont conclure qu'ils avaient raison de ne rien décider et de ne pas faire confiance à ce parti si peu déterminé à l'égard de son option fondamentale.

L'indépendance n'est pas un boulet

Il est remarquable que malgré 20 années de mise en veilleuse par son principal véhicule, l'indépendance recueille toujours autour de 40% d'appui. Par contre de moins en moins d'indépendantistes sont prêts à appuyer le Parti québécois. À cause de cela, la stratégie Lisée est vouée à l'échec. Elle encourage la division entre plusieurs partis d'opposition et l'absentéisme. En réalité, elle ne pourra lui permettre de réaliser son objectif premier de gagner la prochaine élection et nous offrir un «bon gouvernement».

La meilleure façon pour le Parti québécois de gagner les prochaines élections consiste à faire le plein des indépendantistes et à rallier davantage d'indécis par des projets de développement de l'emploi, de protection du climat, d'essor culturel, que nous pourrons réaliser à l'aide de l'indépendance. La meilleure façon de sortir les libéraux du pouvoir est de rallier partis et mouvements pour élire une majorité d'indépendantistes à l'Assemblée nationale.

Il reste à espérer que les autres candidats à la direction du PQ, reprendront à leur compte la déclaration de Pierre-Karl Péladeau de février 2015: «un gouvernement du parti québécois élu en 2018, aura le mandat de réaliser l'indépendance», ainsi que son ouverture à la convergence. La démarche pour y arriver doit être établie en concertation avec les autres partis et mouvements, dans le cadre d'une feuille de route commune comme cela est solidement engagé sous la direction des OUI Québec.

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