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12/06/2017 10:44 EDT | Actualisé 12/06/2017 10:45 EDT

Convergence: pour un front commun indépendantiste dès 2018

La démarche proposée par le gouvernement Couillard annonce des années d'humiliants palabres dans tout le Canada, où le Québec quémande des miettes, en supposant même que les discussions puissent même commencer.

Contrairement à ce que pensent beaucoup de commentateurs et de militants indépendantistes, la convergence des indépendantistes n'est pas enterrée. Il faut distinguer deux questions: celle des alliances partisanes en vue de 2018 pour éviter la division du vote et celle d'une feuille de route commune des mouvements et des partis indépendantistes concernant l'accession à l'indépendance.

L'alliance électorale entre les partis, écartée par QS pour le moment, est souvent qualifiée de « convergence ». Cela crée de la confusion. Le but de la « convergence » est l'adoption d'une feuille de route commune qui permettra aux partis indépendantistes d'offrir un front commun lors de l'élection de 2018 quant à l'avenir du peuple québécois. Alliance électorale ou pas, un tel front commun augmentera les chances d'élire une majorité de députés indépendantistes à Québec, car tous les partis pourront ensemble proposer une alternative au surplace constitutionnel dans le Canada. La fin des tensions entre les partis indépendantistes sur cette question est également favorable à un appui de la population. Elle doit se réaliser le plus rapidement possible.

Des divergences conciliables

La feuille de route élaborée par la table de concertation des OUI Québec avec les partis politiques indépendantistes fait l'objet d'un large consensus dans la vaste famille souverainiste, même chez les membres et sympathisants de Québec solidaire. Une analyse des programmes des quatre principaux partis indépendantistes l'indique clairement. Il reste cependant deux questions à clarifier.

La première concerne le mandat de l'Assemblée constituante. Deux choix sont proposés dans les programmes des partis actuellement. Un premier choix, affirmé dans les programmes du PQ, d'Option nationale et du Bloc québécois, est un mandat (fermé) donné à la Constituante pour élaborer la Constitution d'un Québec indépendant. L'autre choix, énoncé dans le programme de Québec solidaire, consiste à confier un mandat ouvert par lequel la Constituante définirait librement une Constitution en dehors (indépendance) ou dans (autonomie accrue) le cadre canadien. Cette proposition n'est pas sans mérite, mais elle doit être revue pour rejoindre le consensus des autres partis. Comme l'ont souligné la présidente et le vice-président des OUI Québec dans Le Devoir du 30 mai dernier, il faut éviter que l'Assemblée constituante ne propose une voie sans issue comme celles proposées par la CAQ et le parti libéral, dont le seul résultat sera inévitablement un autre refus de rouvrir la Constitution canadienne. Par ailleurs, sur le strict plan électoral, on ne voit pas comment une alliance de QS avec ON, encore moins une fusion, pourrait se faire si la Constituante avait un tel mandat « ouvert ».

L'autre question concerne le moment où la démarche constituante sera proposée à la population. QS et Option nationale veulent le faire dès l'élection de 2018. Cela ne signifie pas qu'il y aurait un référendum au cours du premier mandat, comme pourraient le craindre certains membres du PQ ayant rejeté cette option lors de la récente course à la chefferie de ce parti. La démarche constituante pourrait très bien se réaliser au cours du premier mandat jusqu'au rapport de l'Assemblée constituante. Elle pourrait se conclure par un référendum peu après l'élection suivante de 2022 où la population aura à en décider. Sur cette question, les représentants du Parti québécois ont fait un compromis puisqu'ils ont signé le projet de feuille de route. En effet, la nouvelle politique constitutionnelle des libéraux nécessitera une position claire des partis indépendantistes à l'élection de 2018. Il faut que tous les partis forment un front commun d'ici et pendant l'élection.

Les militants indépendantistes sont en droit d'exiger des directions des partis un engagement à présenter la feuille de route et à faire les débats démocratiques dans leurs congrès respectifs pour que celle-ci soit adoptée.

Le Parti québécois et Québec Solidaire tiendront leur prochain Congrès national dès l'automne prochain, moment où l'adoption de la feuille de route par ces deux partis peut et doit se faire, car elle leur donnera une position électorale forte en 2018 sur la question de l'indépendance, sans interdire à ces partis indépendantistes de véhiculer les éléments distinctifs (ou consensuels) de leurs programmes respectifs. Les militants indépendantistes sont en droit d'exiger des directions des partis un engagement à présenter la feuille de route et à faire les débats démocratiques dans leurs congrès respectifs pour que celle-ci soit adoptée.

La vraie question

Philippe Couillard vient de remettre la question nationale à l'ordre du jour en publiant sa proposition Québécois, notre façon d'être canadiens. Cela lui permettra d'agiter à nouveau «la peur» du référendum. Surprenons-le par une démarche nouvelle, consensuelle des indépendantistes. D'ailleurs, à la page 131 du document libéral, on retrouve une définition de « ce que nous sommes comme Québécois ». On y énonce notamment : « Le Québec est libre de ses choix et capable d'assumer son destin et son développement. Le Québec possède toutes les caractéristiques d'une nation et se reconnait comme telle ».

On ne peut être plus d'accord, pour une fois ! Mais pourquoi diable alors remettre notre destin et notre développement entre les mains d'une autre nation qui s'est donné sans nous, en 1982, une Constitution en fonction de ses valeurs, de ses besoins et de ses projets souvent opposés aux nôtres et, qui plus est, refuse même de discuter de tout changement constitutionnel même minimal. La démarche proposée par le gouvernement Couillard annonce des années d'humiliants palabres dans tout le Canada, où le Québec quémande des miettes, en supposant même que les discussions puissent même commencer. Nous méritons mieux que cela.

Au contraire, c'est à nous, et à nous seuls, qu'il revient de définir notre avenir. Nous sommes une nation disposant d'un pouvoir constituant, lequel nous autorise, pour la première fois de notre histoire, à définir nous-mêmes notre propre loi fondamentale qui remplacera la Constitution canadienne sur le territoire du Québec.

C'est de cela qu'il faut débattre au Québec, d'ici, pendant et après la prochaine élection.

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