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19/01/2016 09:53 EST | Actualisé 19/01/2017 05:12 EST

La menace nucléaire méconnue

Le Pakistan, puissance nucléaire depuis des décennies, a le potentiel de créer des scénarios cauchemardesques.

Parmi les dangers qui préoccupent les Israéliens, c'est la menace nucléaire iranienne qui est en tête de liste. Certes, il y avait des précédents mais plus à présent. Deux ont été éliminés il y a quelques années par la destruction des sites en construction en Irak et en Syrie, bombardés, selon des sources étrangères, par l'aviation israélienne. C'est une histoire connue.

En revanche, un troisième précédent est méconnu. En le divulguant, je tiens à souligner que je me réfère à des sources étrangères, telles des journaux spécialisés ou des livres.

Ce précédent méconnu concerne le Pakistan, puissance nucléaire depuis des décennies. «Elle a le potentiel de créer des scénarios cauchemardesques», avait dit Kevin Hulbert, ancien membre de la CIA.

Or, ce pays musulman au passé instable possède, selon le Washington Post, 120 missiles avec ogives nucléaires, et est capable d'en produire 20 supplémentaires chaque année.

Le Pakistan doit cet exploit à Abdul Qader Khan, à partir de 1976 chargé du programme nucléaire et responsable de la construction d'un site pour l'enrichissement d'uranium. En 1987, le Pakistan avait la capacité de produire une bombe, et en 1998 il a effectué son premier essai nucléaire.

Or, Israël craignait cette évolution bien plus tôt, dès le début des années 1980. Il s'est avéré en effet que Khan était un escroc international, disposé à commercialiser son savoir-faire ainsi que l'expérience acquise aux plus offrants, dont la Libye, la Corée du Nord et l'Iran. Jérusalem ne pouvait guère ignorer ce danger, et avait décidé d'agir en conséquence.

Selon le livre Deception, Tsahal préparait en mars 1984 une attaque aérienne contre un site nucléaire à Kahuta, contrôlé par Abdul Khan. Le plan visait comme point de départ la base aérienne indienne de Jammagar, dans la province de Gujarat. Certaines sources étrangères affirment en outre qu'en vue de l'attaque, Tsahal avait construit dans le Néguev un modèle identique au site de Kahuta afin de préparer les pilotes israéliens.

Ce plan, bien sûr, avait été annulé sous les pressions de Washington, le président Reagan étant soucieux des intérêts américains de l'époque en Afghanistan, soutenu par le Pakistan dans sa lutte contre l'invasion soviétique.

Cependant, Karachi était consciente d'une éventuelle action israélienne, notamment après la destruction du site nucléaire en Irak. D'où un engagement, par l'intermédiaire de Washington, de ne jamais attaquer Israël. Par la suite on a même vu - selon la revue spécialisée Israel Defense - une collaboration entre les deux pays, Tsahal ayant entraîné les gardes du corps personnels du président Muhammad Zia-ul-Haq et ayant vendu au Pakistan du matériel militaire.

Ceci dit, les Israéliens voulant s'en assurer ont agi par voies «diplomatiques» pour dissuader les membres du réseau de Khan. Ainsi, selon Deception, un Anglais du nom de Peter Griffin avait été prévenu de cesser sa collaboration avec le réseau. De même source, on apprend qu'un savant allemand, Heinz Mebus, avait reçu un colis piégé ayant causé la mort de son chien - mais le message était bien reçu.

Apparement donc, la menace pakistanaise n'est pas d'actualité. Une source du renseignement israélien affirme en effet que l'armée et les services de sécurité du Pakistan sont efficaces et de tendance pro-occidentale.

Ceci dit, du matériel nucléaire pourrait être dérobé ou vendu au marché noir à des organisations terroristes. Ce qui nous ramène à l'Iran, dont les sanctions internationales viennent d'être levées. En plus, Israël s'inquiète de la fourniture, promise à Téhéran par Moscou, de matériel militaire sophistiqué. Comme quoi la menace iranienne continue à pointer à l'horizon.

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