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02/12/2015 09:32 EST | Actualisé 02/12/2016 05:12 EST

TransCanada, le chant des sirènes

Les propositions de TransCanada Énergie Est ressemblent aux chants envoûtants d'une sirène.

Dans un blogue sur le Huffington Post et repris dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe [1], Mme Chantal Soucy, députée de la CAQ et porte-parole de son parti en matière d'énergie, s'insurge contre la position du parti Québécois : «TransCanada : cessons la démagogie et travaillons». Et, plus loin, elle ajoute « je martèle que des retombées économiques pour le Québec doivent être au rendez-vous et que les plus hauts standards de protection de l'environnement devront être assurés.» Mme Soucy serait-elle attirée par le chant des sirènes pétrolières?

Les légendes anciennes nous disent que les sirènes sont des êtres mythiques, femmes à queue de poisson, dont le chant mélodieux attirait les navigateurs sur les écueils. En ce sens, les propositions de TransCanada Énergie Est ressemblent aux chants envoûtants d'une sirène.

Mme Soucy martèle l'« aspect économique indéniable ». Alors regardons les faits de façon objective. Les promoteurs du pétrole des sables bitumineux de l'Alberta ont désespérément besoin de désenclaver leur production et de l'acheminer sur les marchés mondiaux. Leur objectif est de tripler leur rendement d'ici 2030. Leur plan A est bloqué vers l'ouest et les lucratifs marchés asiatiques parce que les citoyens, les Premières Nations et la Colombie-Britannique s'opposent aux pipelines Northern Gateway et Kinder-Morgan. Le plan B vers le sud (Keystone XL) est refusé par l'administration Obama. Donc le seul choix qu'il leur reste, c'est le plan C vers l'Atlantique; en d'autres mots, les bouche-trous! Pour livrer leur pétrole, à travers notre territoire, ils pourront utiliser le pipeline 9B d'Enbridge et le pipeline Énergie Est de TransCanada, sans oublier les convois ferroviaires.

TransCanada moussait Keystone XL en offrant l'alléchante proposition de 20 000 emplois aux Américains. Mais le Président Obama a pété la balloune en ramenant la réalité à 50 emplois permanents. Toute une différence! Et le leurre de tous les emplois que TransCanada nous promet? Même distance entre les mythes et les écueils de la réalité?

« Est-ce que le Parti Québécois préfère favoriser le marché international plutôt que le marché canadien? » En chiffres ronds, l'inversion de la ligne 9B d'Enbridge peut fournir le marché québécois. Donc, Énergie Est a un seul but : exporter son pétrole tout en piétinant notre sol! Et sans le port à Cacouna, le pipeline de TransCanada n'a aucun intérêt économique pour le Québec sauf durant la construction. Au contraire! Nous avons tous les inconvénients, tous les dangers et aucun avantage.

Si « la protection de notre environnement est au cœur de notre démarche », je rappellerai à Mme Soucy qu'un litre de pétrole rend 1 million de litres d'eau impropres à la consommation. Au mois de janvier, quelques centaines de litres de diesel ont obligé 300 000 citoyens de Longueuil à vivre sans eau pendant deux jours. Pour aider Mme Soucy à maîtriser son dossier, je mets un lien vers tous les déversements.

Comme un baril contient 159 litres, une calculatrice révélera qu'un débit de 1 100 000 barils par jour, ça fait 2024 litres à la seconde. Les capteurs et autres appareils de détection des fuites, dont TransCanada nous vante les avantages, sont incapables de détecter une « fuite lente » inférieure à 1,5% du débit total. Ça veut dire que les systèmes de détection n'allumeraient pas le feu rouge alors que jusqu'à 2 623 499 litres par jour de pétrole se retrouveraient dans la nature.

Quant à ces appareils de détection, s'ils réussissent à fonctionner correctement et à fermer les vannes en seulement quelques minutes, à 2024 litres/sec, ça fait combien de litres pour contaminer les prises d'eau municipales situées dans nos rivières?

Mme Soucy se targue de rencontrer« les gens du milieu énergétique »; pour avoir un point de vue plus équilibré, pourquoi ne pas rencontrer également les groupes écologiques? TransCanada préfère engager des simulacres de dialogue avec les citoyens plutôt que de répondre à des intervenants qui connaissent leurs dossiers. Est-ce la raison pour laquelle elle refuse de répondre aux questions sérieuses de la CUM et des villes? Le chef de la CAQ, un ex-homme d'affaires tout comme le chef du PQ, devrait comprendre que ce dossier n'est qu'un leurre économique qui vise à nous attirer vers les écueils d'un désastre écologique inévitable. Jusqu'à maintenant, Mme Soucy, sa porte-parole en matière d'énergie, avait été silencieuse ; elle aurait eu avantage à prolonger ce silence pour faire correctement ses devoirs.

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