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18/02/2018 08:00 EST | Actualisé 18/02/2018 08:00 EST

Le pipeline du bonheur

Les Québécois ne sont pas les seuls à s'opposer aux oléoducs qui favorisent les pétroles bitumineux

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CComme des milliers de Québécois, je me suis opposé au projet d'oléoduc Énergie Est malgré la prétention des promoteurs portant que ce projet était une infrastructure aussi importante pour le Canada que le chemin de fer au 19e siècle. J'ai applaudi lorsque ce projet a avorté à l'automne 2017. Je m'étais réjoui de la défaite du gouvernement pro-pétrole de M. Stephen Harper. Et j'ai levé mon verre quand le nouveau premier ministre Trudeau a ratifié l'Accord de Paris dans le cadre d'une nouvelle politique internationale axée sur le thème « Canada is back »!

Mais j'ai vite déchanté. Malgré de belles paroles au sujet de la réduction des gaz à effet de serre (GES), le gouvernement de M. Trudeau a maintenu les généreuses subventions du gouvernement fédéral aux pétrolières, puis il a approuvé la construction du gazoduc Pacific NorthWest LNGen septembre 2016, le remplacement de la ligne 3 d'Enbridge et le projet d'agrandissement de TransMountain de Kinder Morgan. Et il applaudit l'approbation donnée par le président Trump au projet Keystone XL. Selon les discours officiels, ces projets sont censés nous diriger vers une économie post-carbone! Est-ce qu'un chimpanzé interné dans une institution pour primates schizophrènes pourrait expliquer comment ces infrastructures favorisant une expansion exponentielle des sables bitumineux pourraient aider à réduire la production de GES?

Ah, j'oubliais! En mars 2017, M. Trudeau était l'invité vedette de l'industrie pétrolière lors de la conférence sur l'énergie Cera Week. Et un an plus tard, le Guardian ajoute : « des rencontres entre des hauts fonctionnaires et TransCanada et la Canadian Association of Petroleum Producers (CAPP) dénotent une approche biaisée qui rappelle davantage la promotion occulte du pétrole de l'ancien Premier ministre Harper que les promesses électorales vertes de Justin Trudeau. » En d'autres mots, la main droite doit ignorer ce que fait la main gauche!

Les Québécois ne sont pas les seuls à s'opposer aux oléoducs qui favorisent les pétroles bitumineux. Le maire de Vancouver, M. Gregor Robertson, est tout aussi opposé à ce genre de projet que l'ex-maire Denis Coderre. Aux États-Unis, des autochtones et de nombreux groupes dont Bold Nebraska s'opposent encore et toujours à Keystone XL. L'ex-première ministre Christy Clarke de la Colombie-Britannique trouvait que le projet d'oléoduc Northern Gateway en direction de Kitimat présentait trop de dangers pour les broutilles économiques que sa province pouvait en retirer. Et maintenant, la coalition NPD/Parti vert de M. Horgan veut bloquer TransMountain au grand dam du gouvernement NPD albertain de Mme Notley.

Tout comme M. Harper, M. Trudeau donne un appui indéfectible aux sables bitumineux albertains; pour ce faire, il promet que TransMountain sera construit puisque « la décision que nous avons prise était dans l'intérêt national. » Pire, lors d'un dialogue avec un groupe de Britanno-Colombiens, il pète une coche et fait expulser une personne qui s'opposait à TransMountain. La querelle entre les deux provinces voisines s'est tellement envenimée que l'Alberta boycotte le vin de la Colombie-Britannique comme mesure de représailles.

Comme tous ces oléoducs sont construits au nom de l'intérêt national, je propose la construction d'un oléoduc de Vancouver à Halifax pour transporter le vin de la Colombie-Britannique.

La guerre du vin! Alors, là, c'est sérieux! Je propose un moyen qui pourrait réconcilier tout ce beau monde. Comme tous ces oléoducs sont construits au nom de l'intérêt national, je propose la construction d'un oléoduc de Vancouver à Halifax pour transporter le vin de la Colombie-Britannique. Et cet oléoduc pourrait faire preuve d'avancées technologiques. Comme la marijuana doit obligatoirement devenir légale le 1er juillet, cet oléoduc pourrait transporter également l'autre trésor national. Au lieu de dilbit (bitume dilué), notre bel oléoduc transporterait du dilpot (pot dilué) avec le vin de C.-B. Plutôt que de transporter du dilbit avec sa pollution qui rend les gens malades, cet oléoduc du bonheur assurerait que tous les Canadiens soient joyeux.

Si c'est pour l'intérêt national, je suis prêt à me sacrifier : j'accepte que cet oléoduc du bonheur passe dans ma cour. De plus, pour le bien-être des citoyens de la région de Vancouver, je m'engage à boire un minimum quotidien de dix bouteilles de ce vin de l'Okanagan accompagné d'une demi-douzaine de joints. Après tout, c'est pour une bonne cause!

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