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27/05/2015 11:32 EDT | Actualisé 27/05/2016 05:12 EDT

La transparence boueuse

Dans un article du Devoir, on lit que le gouvernement provincial lance un chantier sur l'acceptabilité sociale des projets miniers et énergétiques mais que des «discussions [qui] portent sur des questions d'intérêt public âprement débattues [vont se tenir] à huis clos.» Wow! Toute une contradiction! Comme les audiences du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), les évaluations environnementales stratégiques (ÉES) et la Commission sur les enjeux énergétiques ne donnaient pas les résultats recherchés pour pouvoir claironner «nous avons l'acceptabilité sociale», le ministère a décidé de «sélectionner» les intervenants; en autres mots, si on n'aime pas ton opinion, on te fout à la porte! C'est ce qui est arrivé au journaliste Alexandre Shields. Comme tous les autres journalistes,il n'a pas été admis à la rencontre.

Dans un document de réflexion du chantier qui s'intitule pompeusement Favoriser l'acceptabilité sociale des projets de mise en valeur du territoire public ainsi que des ressources énergétiques et minérales, le ministère affirme, pince-sans-rire, qu'il «a comme objectif de convenir d'une méthode pour se parler, pour se comprendre, pour désamorcer les différends». Les lobbyistes des minières et des pétrolières sont-ils admis? En excluant les citoyens et les journalistes qui veulent comprendre la politique du ministère des Ressources naturelles (MRN), celui-ci met en pratique une politique de transparence boueuse qui pourrait se formuler ainsi: «toi t'as rien, faqu' farm' ta yeule!».

Belle façon de «se comprendre»! Est-ce qu'on pourrait rappeler aux bonzes du MRN que les ressources naturelles ne sont pas leur propriété privée?

En septembre 2010, le journaliste Charles Côté de La Presse avait fait ressortir que ce cher MRN avait cédé les «claims» gaziers de la vallée du Saint-Laurent à 0,10 $ l'hectare alors que la Colombie-Britannique avait vendu les siens à 1000 $/ha et plus. Dans le rapport du BAPE de 2011, on lit ceci à la page 201: «En se référant au prix moyen de 500 $/ha de l'Alberta, le Québec aurait pu percevoir environ 5 milliards de dollars pour les dix millions d'hectares sous permis».

Alors, si le ministère avait géré nos ressources naturelles en «bon père de famille», est-ce que le gouvernement serait obligé d'appliquer sa politique d'austérité?

En choisissant qui pourra être admis et qui sera exclu des discussions, le ministère des Ressources naturelles fait preuve d'une transparence aussi boueuse que la rivière Yamaska qui déverse plus de 300 000 tonnes de sédiments par année dans le lac Saint-Pierre.

De plus, étant donné qu'il exclut délibérément des discussions des personnes qui connaissent le dossier et qu'il tablette les recherches faites par le BAPE, les ÉES et la Commission sur les enjeux énergétiques, certains pourraient s'interroger sur la pertinence de demander la tenue d'une «Commission Charbonneau» sur l'octroi des permis pour exploiter des ressources, tant minières que pétrolières, qui sont la propriété de tous les Québécois!

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