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16/06/2015 08:56 EDT | Actualisé 16/06/2016 05:12 EDT

Distances séparatrices

La sagesse exige d'appliquer le principe de précaution et de fixer des distances séparatrices adéquates entre un forage pour des hydrocarbures et les sources d'eau potable de nos municipalités.

Le 11 juin dernier, des édiles municipaux (parlant au nom de 165 municipalités et représentant une population totale de 365 000 citoyens), accompagnés par divers experts, ont annoncé en conférence de presse qu'ils demandent au ministre du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte aux changements climatiques le droit «d'améliorer» dans leurs municipalités respectives le RPEP (Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection), règlement provincial entré en vigueur le 14 août 2014.

Depuis décembre 2011, divers ministres de l'Environnement ont formulé des projets de règlement visant la protection des sources d'eau potable. Le hic, c'est qu'aucun de ces projets de règlement n'exigeait une distance séparatrice adéquate entre un forage pour des hydrocarbures et une source d'eau potable. De nombreuses municipalités ont alors adopté des règlements fixant à 2 kilomètres la distance horizontale entre forage et source d'eau potable, distance ramenée à 500 mètres par le RPEP.

C'est encore plus grave dans le cas d'une fracturation hydraulique horizontale sous une nappe phréatique: l'industrie respecte généralement une distance de 1000 mètres sous une nappe d'eau, alors que le nouveau règlement du Québec n'exige qu'un minable 400 mètres. Selon plusieurs experts, ces distances séparatrices sont totalement insuffisantes. Dans les faits, la fixation de telles distances protégerait les intérêts des pétrolières plutôt que le droit des citoyens d'avoir accès à une eau propre.

N'oublions pas qu'un litre de pétrole rend un million de litres d'eau impropres à la consommation. En janvier dernier, une petite quantité de carburant diesel a fui d'une citerne de 28 000 litres et s'est infiltrée dans le réservoir de l'aqueduc de Longueuil. Pendant deux jours, 300 000 Longueuillois ont été soumis à un «interdit d'utilisation». Pendant deux jours, l'eau de l'aqueduc ne devait pas venir en contact avec le corps d'un être humain: ne pas boire, ne pas se brosser les dents, ne pas laver les aliments ni les cuire, pas de bain, pas de douche. Ils pouvaient seulement «flusher» la toilette avec le liquide douteux qui sortait du robinet.

On a vu un phénomène semblable dans la région de Mercier, où des hydrocarbures ont contaminé la nappe phréatique voilà quatre décennies. Ou à Shannon, près de la base de Valcartier; là, une contamination par des produits chimiques a causé de nombreux problèmes de santé. Si on pense aux problèmes liés à l'eau, on pourrait également mentionner l'avis d'ébullition qui a frappé les utilisateurs de l'aqueduc de Montréal en mai 2013. Un autre incident qui a fait les manchettes pour les mauvaises raisons!

Voilà le genre de problèmes que ces élus municipaux veulent éviter. Même si les risques de contamination étaient seulement de un pour cent, les conséquences seraient trop graves; la sagesse et le gros bon sens exigent d'appliquer le principe de précaution et de fixer des distances séparatrices adéquates! Ces élus municipaux veulent améliorer le très imparfait règlement provincial sur la protection des sources d'eau potable. Bravo!

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