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19/10/2015 12:29 EDT | Actualisé 18/10/2016 05:12 EDT

Laxisme environnemental

Comme gardienne de l'environnement en période électorale, Leona Aglukkaq est aussi crédible que Ti-Mé pourrait l'être avec son sac de poubelles!

Depuis 10 jours, un flot d'encre et de salive a coulé au sujet du projet de déverser huit milliards de litres d'eaux usées pendant une reconstruction d'une chute à neige du chantier d'une autoroute urbaine. Ce projet a fait ressortir le laxisme systémique des ministères de l'Environnement au palier provincial et fédéral. Ceux-ci semblent fonctionner sur le principe que l'ignorance du public leur permet d'en passer des «p'tites vites». Le tout s'est immiscé dans la campagne électorale comme un éléphant paniqué dans une boutique de porcelaine. Pour dénoncer ce gâchis, une pétition en ligne a recueilli quelque 88 000 signatures en quelques jours seulement.

Irrité, M. le maire Coderre «... a souligné le fait que certaines municipalités n'ont même pas d'usine d'épuration et qu'il se trouverait « 90 milliards d'eaux non traitées » dans les Grands Lacs sans que personne n'ait à redire à ce sujet...». Aurait-il oublié que le comportement inacceptable des autres ne justifie pas le sien? À cette liste de villes «merdiques», on pourrait ajouter la coquette et très fleurie ville de Victoria. Quotidiennement, cette capitale de la Colombie-Britannique déverse 80 millions de litres d'eaux usées non traitées dans le détroit Juan de Fuca.

Les lacunes des trois paliers de gouvernement sont mises à nue de façon flagrante. Il est évident que la ville de Montréal n'avait pas de plan pour les eaux usées durant la période de construction. Je n'ai pas vu les plans et devis pour être en mesure de me prononcer. Mais à première vue, le montant d'un milliard pour une voie de détournement temporaire des égouts semble exagéré.

Le ministère de l'Environnement de Québec avait approuvé ces plans de façon machinale voilà des lustres. Pour les fonctionnaires, ce déversement est «business as usual». Quant au ministre Heurtel, il s'est enfargé dans les fleurs du tapis, en répétant, quatre fois plutôt qu'une, que cela mettait la prise d'eau potable en péril. Un ministre de l'environnant qui ne fait pas la différence entre eau potable et eau usée!

Et voilà que le gouvernement fédéral joue soudainement à la vierge offensée et refuse ce déversement alors que ses fonctionnaires avaient en main tous les documents depuis un an. Cette interdiction est faite parce que Pêche et Océan Canada est sensé être responsable des cours d'eau navigables et des poissons. Pourtant, c'est 99% des lacs et rivières du Canada qui ne sont plus protégés suite aux politiques du gouvernement de Stephen Harper. Il a charcuté les budgets dans le domaine de l'environnement avec ses lois mammouths C-38 et C-45. Il pousse la machine administrative pour faciliter la construction de quatre oléoducs majeurs qui mettront en péril des centaines de prises d'eau municipales. Comme gardienne de l'environnement en période électorale, Leona Aglukkaq est aussi crédible que Ti-Mé pourrait l'être avec son sac de poubelles!

Pour les autorités du niveau municipal, provincial et fédéral, ce déversement était une affaire de routine qui se réglait discrètement entre fonctionnaires. En période électorale, ce laxisme chronique de nos pseudo-ministères de l'Environnement a agi comme un laxatif pour les citoyens qui en ont ras le pompon de cette hypocrisie institutionnelle. Le seul avantage de ce «flushgate», c'est que la tempête médiatique obligera désormais les autorités à régler le problème des 45 000 déversements d'eaux usées.

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