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29/12/2016 08:41 EST | Actualisé 29/12/2016 09:23 EST

Vivre sa retraite autrement, au Mexique ou ailleurs dans le monde

En 2017, pour la première fois le nombre de retraités au Québec dépassera le nombre de jeunes entrants sur le marché du travail. C'est la vague des baby-boomers à la retraite qui commence à se faire sentir. Nombreux sont ceux de ma génération qui chercheront à vivre leur retraite autrement.

Hans, Dominique et Mary

Hans est allemand, marié à une Mexicaine. Durant sa vie active, il a été professeur de musique et virtuose du clavecin en Allemagne et ailleurs dans le monde. Aujourd'hui retraité, il a construit sur son terrain une petite salle de musique où il partage sa passion avec d'autres musiciens mexicains ou d'ailleurs. Dominique est français, sa femme belge. Récemment retraité, il a travaillé 30 ans en Arabie saoudite comme architecte intérieur. Il a choisi de vivre une nouvelle expérience culturelle. Mary est américaine originaire de l'État de Washington. À 75 ans, elle habite une jolie maison coloniale avec un grand jardin autour duquel elle a aménagé deux appartements qu'elle loue à des retraités comme elle.

Une retraite d'un autre type

Tous ces gens ont en commun d'avoir choisi de vivre leur retraite, dans un petit village mexicain qui porte le nom d'Ajijic, situé sur la rive du Lac Chapala, à 5000 pieds d'altitude. C'est le printemps éternel. Ajijic n'est pas la seule communauté de retraités expatriés, mais ce petit village témoigne d'un phénomène différent de celui des snowbirds. Ces retraités font partie d'une communauté plus large d'étrangers comprenant des artistes, intellectuels et ex-militaires qui ont choisi d'y vivre. On y retrouve même des Américains qui ont quitté leur pays parce qu'ils sont en désaccord avec l'évolution de la société et de la politique chez eux.

Bref, il s'agit de l'émergence d'un nouveau mode de vie et d'une culture idoine qui naît de la mixité entre retraités internationaux, entre eux et avec la société locale.

Ajijic et ses environs sur la rive du Lac Chapala comptent plus de 15 000 retraités expatriés soit environ 40 % de la population. La plupart sont américains et canadiens et on y dénombre de plus en plus d'Européens. On pourrait croire que la mixité a élu domicile dans ce village mexicain. On peut y trouver une pâtisserie française à côté d'une tortilleria. Le mardi, au marché bio, on peut y rencontrer ce vieil Américain devenu aviculteur, cette jeune chocolatière mexicaine ou même ce couple de Japonais ayant jadis parcouru le monde qui se dédient maintenant à la culture de légumes asiatiques biologiques.

Que cherchent donc ces retraités non conventionnels?

On choisit d'émigrer à Ajijic pour son climat printanier, le coût de vie raisonnable, l'offre importante de services, la proximité d'un grand centre comme Guadalajara, l'accessibilité à des services médicaux de haute qualité, la beauté de l'environnement naturel, la diversité des activités sociales et évidemment tous les avantages accordés par le Mexique.

Une société qui s'organise

Il aura fallu qu'un groupe de résidents étrangers se réunissent en 1955 pour créer la Société Chapala, une société d'entraide pour retraités expatriés et la communauté mexicaine locale. Aujourd'hui connue comme la Société du Lac Chapala, à Ajijic, elle constitue une institution qui n'a pas son pareil au sein des communautés de retraités internationaux.

Le bénévolat se trouve au sein de cette institution alors que plus de 250 bénévoles, la majorité retraitée, réalisent une multitude d'activités et services pour les milliers membres. Qu'il s'agissent des services d'information, d'activités culturelles et d'éducation, de Yoga, de la bibliothèque ou des services de santé, la Société a réussi à créer un tissu social au sein d'une communauté de retraités expatriés provenant de tous les horizons.

C'est aussi l'entraide qui lie les retraités avec la communauté mexicaine locale. Les étrangers, à travers la Société du Lac Chapala, sont engagés dans de nombreuses activités philanthropiques comme l'aide financière aux jeunes mexicains démunis pour les aider à accéder à l'université, la formation des artistes locaux en développement ou la mise en œuvre d'un programme d'éducation communautaire et une bibliothèque pour les enfants de la région.

Un laboratoire de diversité culturelle

On pourrait croire que cette communauté d'avant-garde serait devenue multiculturelle. Ce n'est pas le cas. Diversité, oui; multiculturalisme, non.

On n'y retrouve pas de tension et de rejet des Mexicains vis-à-vis un nombre si important d'étrangers au sein de leur communauté. Le réflexe mexicain anti-gringo n'est pas perceptible. Même si plusieurs retraités vivent dans un ensemble résidentiel protégé, la ghettoïsation n'existe pas.

L'éloignement de sa famille et de son pays d'origine génère une mixité sociale. Qu'ils soient Mexicains ou étrangers, ils se retrouvent au tsianguis hebdomadaire, partagent les mêmes activités culturelles, s'adressent spontanément la parole ou fraternisent sur les terrasses des places publiques.

Pourtant la fibre identitaire ne disparaît pas. Elle prend la forme d'un club de pétanque suivi du pastis pour les quelques Français ou du réseau de câble Shaw, cordon ombilical pour plusieurs Canadiens toujours attachés à leurs parties de hockey ou leurs téléromans.

Vers une fin de vie dans leur pays d'adoption

Il n'est pas rare maintenant que les plus âgés décident de passer leur fin de vie sur les rives du Lac Chapala plutôt que de retourner dans leur pays d'origine. De plus en plus d'Américains, en particulier, choisissent même d'y venir exclusivement pour y terminer leurs jours. Plusieurs résidences pour étrangers en perte d'autonomie y ont vu le jour offrant des soins infirmiers et médicaux de haute qualité, des services personnalisés dans un environnement agréable, sécurisé et de bon niveau, et ce à un coût raisonnable.

Qui aurait dit que nos CHSLD où nos vieillards peinent à avoir deux bains par semaine et dont on questionne la qualité de la nourriture, ferait face à la compétition des résidences de soins prolongés au pays de Zapata et de Pancho Villa?

L'ère de la globalisation des choix de vie à la retraite

L'ère de la globalisation des choix de vie pour les retraités est arrivée. Devenir snowbird n'est pas la seule option. Les pays se font concurrence pour attirer les baby-boomers du monde occidental. Le Panama, l'Équateur, le Mexique, le Costa Rica, l'Espagne, le Portugal, la Malaisie, Malte, l'Uruguay et plus encore se concurrencent pour le coût de la vie, les services de santé abordables et de qualité, les activités culturelles et de loisir, les avantages fiscaux, le prix du logement. Des revues comme Forbes et International Living leur accordent une classification annuelle.

Avec le goût de vivre des expériences nouvelles, un monde nouveau se trouve à la portée du troisième âge. Bonne année à ceux de ma génération qui débutent cette nouvelle vie.

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