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01/11/2016 10:21 EDT | Actualisé 01/11/2016 10:21 EDT

Entre le marteau et l'enclume

Un jour on demanda à Justin Trudeau quel gouvernement d'un autre pays il admirait le plus. Il répondit qu'il avait une certaine admiration pour le régime dictatorial de la Chine. Aujourd'hui, il est premier ministre.

L'aigle et le dragon

Récemment les premiers ministres canadien et chinois se sont rendus visite mutuellement à l'intérieur d'une période d'un mois. Un partenariat stratégique en est résulté couvrant la coopération en matière politique, économique, commerciale, sécuritaire et judiciaire. Il s'agit d'un précédent dans l'histoire de la diplomatie canadienne, car il engage le Canada sur une voie qui pourrait mener à un réalignement de ses alliances traditionnelles. Cette danse avec le dragon ne se fera pas sans causer des remous chez notre voisin l'aigle américain.

Les contrastes parlent souvent par eux-mêmes.

Pour les chinois, c'est par le protocole que les messages sont clairs. Des pourparlers tenus à la Cité interdite, à Beijing, au dîner de famille au lac Harrington à Gatineau en passant par la mise au jeu en chandails du Canadien au Forum, on a voulu démontrer le caractère historique de cette nouvelle alliance en allant bien au-delà du protocole des visites de chefs d'État. En septembre, la Chine accueille le G-20 à Hangzhou. Le Président Obama n'a pas eu droit au traditionnel tapis rouge à sa descente de l'avion contrairement à tous les autres chefs d'État. Les observateurs ont conclu avec justesse que c'était délibéré pour faire paraître les Américains diminués et faibles.

Bras de fer géostratégique États-Unis - Chine

Les États-Unis et la Chine sont au cœur d'un bras de fer géostratégique à l'échelle de la planète. Le monde est témoin des tensions grandissantes et des luttes de pouvoir titanesques entre les deux pays. La puissance américaine est en voie de s'effriter au profit de la Chine. L'année dernière, l'ambassadeur de Chine déclara qu'il souhaitait que le Canada cesse de se concentrer sur les États Unis et porte son regard sur la zone Asie-Pacifique. En d'autres termes, la Chine souhaite que le Canada réduise sa dépendance vis-à-vis des États-Unis pour être entrainé de plus en plus sous l'influence de la Chine.

Une nouvelle menace venue du nord?

Le premier ministre Trudeau s'est engagé dans une coopération tous azimuts avec la Chine. La déclaration conjointe lors de la visite du premier ministre chinois contient 29 initiatives pour lesquelles des ententes ont été signées. En matière économique la Chine s'intéresse principalement à nos ressources naturelles, nos produits agricoles, notre technologie, en particulier dans les secteurs stratégiques, et par-dessus tout à notre accès au marché américain. Les Chinois ne se limitent pas à importer nos ressources, mais ils sont hautement intéressés à investir dans nos entreprises, spécialement celles représentant un intérêt stratégique.

Or le peuple américain considère comme une menace sérieuse la montée en puissance de la Chine. Une étude récente du PEW Research Center a démontré que plus de 85% des Américains sont préoccupés des emplois perdus aux mains de la Chine, du déficit commercial américain, du cyber espionnage chinois et de leurs violations des droits de la personne. Peu importe le résultat des élections présidentielles, les Américains ressentiront comme un danger imminent l'influence croissante du dragon chinois chez leur voisin du nord.

Le territoire d'un pays s'impose à sa politique internationale. Demandez-le aux Ukrainiens, voisins de la Russie. Demandez-le aux Japonais voisins de la Chine. L'histoire du Canada a démontré l'impact sur nos choix de politique extérieure de notre proximité territoriale avec les États Unis.

Un accord de libre-échange Canada-Chine soulèvera des inquiétudes aux États-Unis. Il existe des risques importants que la Chine puisse utiliser l'effet combiné d'un éventuel accord de libre-échange avec le Canada et de l'ALENA pour exporter aux États Unis des biens exempts de droits de douane. Cet accès privilégié au marché américain leur est impossible actuellement. Or, l'opinion américaine est déjà défavorable à l'ALENA et plus de 75 % des exportations de marchandises canadiennes sont destinées à nos voisins américains. La table est mise pour des tensions à venir.

Récemment le club des milliardaires chinois a visité le Canada. Les membres n'ont pas caché leur intérêt à investir dans les industries technologiques. Qu'ils s'agissent des technologies environnementales, de l'énergie propre, de la robotique, les États-Unis au même titre que le Canada n'a pas intérêt à ce que la Chine s'empare des secrets industriels d'importance pour la conquête des marchés mondiaux.

Les intérêts sécuritaires canadiens et américains sont intrinsèquement liés. L'espionnage stratégique et industriel chinois constitue une préoccupation majeure pour les Américains. Le gouvernement et les entreprises canadiennes sont aussi victimes du cyberespionnage chinois. Les services d'intelligence canadiens et américains collaborent étroitement sur la question sécuritaire à travers le monde incluant les risques émanant de la Chine. Il existe un partenariat stratégique très étroit entre la Chine et la Russie qui est trop souvent sous-estimé. Au mois de juillet dernier, Poutine effectuait sa 15e visite en Chine. Ce partenariat stratégique est clairement dirigé contre les États Unis et leurs alliés, en particulier l'OTAN .

L'intensification radicale des relations avec la Chine finira-t-elle par miner la collaboration stratégique en matière de sécurité du Canada avec les États-Unis et ses alliés de l'OTAN? Nul doute qu'il s'agit d'un objectif à long terme de la Chine.

La naïveté n'a pas droit de cité

La Chine est la deuxième puissance mondiale. Ottawa a évidemment intérêt à conserver de bonnes relations et accroître son commerce bilatéral. Par ailleurs, le régime chinois est brutal et impitoyable. Il considère la nouvelle relation avec le Canada comme une opportunité en or dans la partie d'échecs avec les États-Unis pour la primauté universelle. Le gouvernement Trudeau n'a entrepris aucune consultation et débat public avant de s'engager dans cette nouvelle alliance comportant autant de dangers que de bénéfices. Elle compte aussi des risques considérables pour notre relation bilatérale avec les États-Unis et notre relation multilatérale avec le monde occidental. La naïveté n'a pas droit de cité dans ce contexte.

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