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21/10/2016 08:17 EDT | Actualisé 21/10/2016 08:18 EDT

Cuba: les risques et défis pour les gens d'affaires québécois

L'ouverture du pays après 50 ans d'un régime fermé au développement économique, génère nécessairement une explosion de besoins et d'opportunités. Les gens d'affaires ne devraient cependant pas être aveuglés par l'effervescence planétaire résultant de l'ouverture des relations diplomatiques avec les États-Unis.

Cy Tokmakjian est un homme d'affaires canadien. Pendant 20 ans, il a été apprécié par le gouvernement cubain pour avoir fourni des équipements de transport durant la période de crise économique suite à l'effondrement de l'Union soviétique. En 2011, il a été arrêté et condamné à 15 ans de prison pour subornation. Il aurait donné des pots de vin à des officiels cubains et leurs familles. Plusieurs observateurs ont qualifié de travesti de justice le procès qui a été suivi d'une saisie des actifs de la compagnie d'une valeur de 100 millions. Il fut soudainement libéré sans explication en 2015. L'opacité règne sur cette affaire.

Confusion entre raison politique et commerciale

Un évènement semblable soulève des inquiétudes légitimes pour les relations commerciales bilatérales, mais ne devrait pas constituer une fin de non-recevoir au développement du commerce avec Cuba. Il illustre cependant les défis des entrepreneurs faisant affaire dans un environnement où les différences entre la politique et le commerce sont floues. Cuba n'est pas le seul pays où les raisons politiques s'invitent dans les décisions commerciales de l'état et où les tribunaux sont au service des intérêts politiques. Il faut en comprendre les risques et prendre les mesures appropriées de mitigation.

Le pouvoir économique aux militaires

À Cuba, il n'existe pas de secteur privé en dehors des microentreprises. Chaque ministère comprend des grappes de sociétés d'État couvrant les secteurs industriels sous leur juridiction. Tous les secteurs stratégiques comptent une participation considérable des forces armées. Au pays des Castro, on fait affaire avec l'état et c'est l'armée qui détient les reines du pouvoir économique.

Un environnement d'affaires complexe

L'embargo est toujours en vigueur. Les chefs d'entreprises faisant affaire à Cuba risquent encore aujourd'hui de se voir refuser le droit de voyager aux États-Unis. C'est d'ailleurs le cas des directeurs de Sherritt International, une compagnie canadienne qui détient des intérêts dans des mines de nickel et de cobalt ainsi que la production et l'exploitation de gaz et pétrole. Il me semble cependant que les PME canadiennes soient moins à risque de voir compte tenu de la dynamique actuelle en faveur de la levée de l'embargo.

Nos entreprises devront faire face à un environnement d'affaires complexe: une bureaucratie néostalinienne, un double taux de change, une législation du travail augmentant artificiellement le coût de la main-d'œuvre.

Il ne fait aucun doute que la compétition est considérable dans ce petit pays de 11 millions d'habitants. Nos entrepreneurs y retrouveront Brésiliens, Mexicains, Chinois et Européens. Cuba est devenu une icône mondiale. Récemment, Chanel y a même tenu, dans le vieux La Havane, le défilé de sa collection croisière 2017. Aurions-nous pu imaginer une telle promotion d'une industrie phare de la France, il y a quelques années? Après l'embargo, la compétition américaine s'ajoutera avec en prime une diaspora cubaine pressée d'investir dans leur pays d'origine.

Nos entreprises devront faire face à un environnement d'affaires complexe : une bureaucratie néostalinienne, un double taux de change, une législation du travail augmentant artificiellement le coût de la main-d'œuvre.

Un partenariat entre les gouvernements et le secteur privé

Il faudra apprendre à faire affaire autrement. Un partenariat innovateur entre les gouvernements québécois, canadien et les entreprises devrait être mis en œuvre.

La ministre des Relations internationales a annoncé une présence québécoise pour supporter la relation avec le gouvernement cubain. La nature de cette représentation n'a pas encore été définie. Il devrait y avoir un délégué assigné d'une façon permanente à La Havane pour être efficace.

Sa tâche ne sera pas conventionnelle, car il devra ouvrir des portes dans les labyrinthes d'un état non transparent et assoiffé de contrôle, quel que soit le secteur d'activité. Il ne lui sera pas suffisant d'identifier des opportunités d'affaires et organiser des mises en contacts. Il devrait avoir le talent d'obtenir une information privilégiée sur les relations de pouvoir débouchant sur des décisions commerciales.

Le succès de la mission du premier ministre Couillard a démontré la volonté du gouvernement cubain de relancer les relations avec le Canada. Le Québec en partenariat avec le Canada aurait avantage à profiter de cet intérêt pour faire la promotion du Canada par la tenue d'un évènement à haute visibilité comme une partie de baseball des Blue Jays, un spectacle du Circle du Soleil ou une participation de premier plan au Festival de jazz de La Havane.

Commerce, culture et bureaucratie

Nos entrepreneurs devront faire face à des défis commerciaux, juridiques, financiers et culturels. Les différences culturelles représenteront un aspect majeur de leurs projets d'exportation ou d'investissement.

L'ouverture du pays après 50 ans d'un régime fermé au développement économique génère nécessairement une explosion de besoins et d'opportunités.

Au cours de ma carrière comme diplomate canadien et québécois, j'ai malheureusement été témoin d'entrepreneurs qui ont lamentablement échoué du simple fait d'une incompréhension culturelle. Pour les Latino-Américains dont font partie les Cubains, les relations humaines passent avant les négociations commerciales. Il faut prendre le temps de les développer en démontrant un intérêt pour leur manière de vivre, leur famille, leurs repères culturels et l'histoire de leur pays. Les entrepreneurs pressés d'arriver à la conclusion d'un contrat sont les plus susceptibles de ne jamais y arriver.

La bureaucratie extrême, la complexité et le manque de transparence des processus de décision exacerberont la patience de plusieurs gens d'affaires.

Les entreprises et en particulier les PME auraient avantage à collaborer entre elles dans le développement de leurs affaires à Cuba. Partager l'information et organiser des services en commun permettrait de réduire leurs coûts et améliorerait leur efficacité dans un environnement à haute compétitivité internationale.

L'ouverture du pays après 50 ans d'un régime fermé au développement économique génère nécessairement une explosion de besoins et d'opportunités spécialement dans le cadre des priorités cubaines. Les gens d'affaires ne devraient cependant pas être aveuglés par l'effervescence planétaire résultant de l'ouverture des relations diplomatiques avec les É.-U. et bien se préparer pour la conduite de leurs démarches commerciales.

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