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07/12/2016 08:22 EST | Actualisé 07/12/2016 09:55 EST

Brexit et Trump : un tsunami politique

Les élites politiques, universitaires et journalistiques anglaises et américaines ont soit diabolisé, ignoré ou sous-estimé les griefs que les mouvements citoyens ont exprimés avec force. En bref, la grogne citoyenne a rendu responsable les pouvoirs établis de la détérioration de leurs conditions de vie ainsi que de leur perception d'être marginalisée dans leur propre pays.

L'année 2016 passera à l'histoire pour un tsunami politique qui a envahi le Royaume-Uni et les États-Unis. Il ne s'agit pas d'un accident de l'Histoire. C'est une transformation fondamentale du paradigme démocratique dans le monde occidental. Ni les experts, ni les élites n'avaient vu venir ce bouleversement pourtant en préparation depuis plusieurs années. Il n'y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, dit-on.

Aux États unis, le Parti républicain a depuis plusieurs années pavé la voie au populiste Donald Trump. Le « Tea Party », cette version radicale du républicanisme a surfé sur la vague contre l'ordre établi qui a aujourd'hui porté Trump au pouvoir.

On se rappellera de cette fameuse phrase de Margaret Thatcher, « Je veux récupérer mon argent ». Du fameux « rabais britannique» à la clause d'exception concernant la Charte sociale jusqu'à la montée du parti anti européen, UKIP, les relations entre la Grande-Bretagne et l'UE représentent plus de trente ans de prises de bec.

La popularité des leaders populistes a monté en flèche dans plusieurs pays. Ils ont réussis à remporter de nombreux sièges dans leurs parlements, des portefeuilles ministériels et ont même accédé au pouvoir. La liste est impressionnante : le Front national (France), les Démocrates suédois, le Parti de la Liberté autrichienne, Podemos (Espagne), UKIP (Grande Bretagne), la Coalition de la Gauche radicale (Grèce), le Mouvement 5 étoiles (Italie), pour n'en nommer qu'une partie. Il faudrait y ajouter le Parti des Pirates en Islande, expérience politique non traditionnelle que l'on pourrait qualifier de futuriste. Plusieurs de ces partis européens émergent de l'extrême droite, mais aussi de la gauche radicale ou de mouvements alternatifs à la polarisation droite-gauche.

Pourquoi cette révolte citoyenne?

Les élites politiques, universitaires et journalistiques anglaises et américaines ont soit diabolisé, ignoré ou sous-estimé les griefs que ces mouvements citoyens ont exprimés avec force. En bref, la grogne citoyenne a rendu responsable les pouvoirs établis, de la détérioration de leurs conditions de vie ainsi que de leur perception d'être marginalisée dans leur propre pays.

Les raisons d'être de cette remise en question du modèle politique dominant du monde occidental et de la montée en flèche du populisme politique sont variées.

Une immigration perçue comme une menace

La croissance de l'immigration constitue de toute évidence un facteur. Aux États-Unis, le pourcentage des citoyens nés à l'extérieur du pays est passé de 5% en 1970 à 13% en 2014 soit le niveau d'il y a un siècle, au temps des grandes migrations américaines. Le vote favorable à Brexit est aussi devenu un référendum sur l'immigration. Les Anglais ont fermement manifesté leur colère du fait que le contrôle de leur frontière leur échappait en ce qui concerne l'important des migrants en provenance des pays de l'Union européenne. De plus entre 1990 et 2015, environ cinq millions d'immigrants sont venus de l'extérieur de l'Europe. Enfin, la crise des réfugiés de 2015 qui a permis à plus de 1,3 million de réfugiés d'entrer sur le territoire européen a exacerbé leur anxiété. Ce n'est pas un jugement de valeur, c'est un fait.

Les laissés pour compte de la globalisation

La croissance des inégalités et la détérioration des conditions de vie des perdants de la globalisation constituent un second facteur important. La victoire du Brexit est en grande partie le résultat de la révolte des citoyens financièrement désavantagés, peu instruits et plus âgés, fortement vulnérable à la moindre crise financière. Ce sont les citoyens des bastions industriels traditionnels comme Mansfield, Barnsley et Doncaster.

Aux États-Unis, ce fût la révolte des états industriels en déclin comme le Michigan, le Wisconsin et la Pennsylvanie qui ont donné la victoire à Trump. Les classes moyennes bénéficiant des industries traditionnelles ont vu leur niveau de vie chuter en flèche par l'érosion au fil des ans des emplois traditionnels vers les états du sud, le Mexique, la Chine et finalement la robotisation.

« C'est la faute aux institutions »

Les Américains n'ont plus confiance dans leurs institutions. Un sondage gallup de 2016 démontre une chute drastique de leur niveau de confiance envers les banques, la Cour Suprême, le Congrès, les grandes entreprises et les médias. Un nombre considérable d'Américains sont convaincus de l'existence d'une relation corrompue entre les institutions politiques, les grandes entreprises et les médias. De la même manière, la majorité des Anglais avaient perdu confiance dans les institutions de l'Union européenne. Ils y voyaient une masse de fonctionnaires grassement payés, bardés de privilèges leur imposant des réglementations pour lesquelles ils n'avaient rien à dire.

Repli identitaire vs citoyen du monde

La question identitaire s'est invitée dans ce grand bouleversement. La globalisation comporte de nouvelles valeurs de diversité culturelle et de tolérance. Le contrecoup, c'est le repli identitaire. C'est la première ministre du Royaume-Uni qui a dit : « Si vous êtes citoyens du monde, vous êtes citoyens de nulle part ». On voit donc se profiler la globalisation des tensions entre le repli identitaire et le multiculturalisme

Quel futur pour la démocratie occidentale?

La globalisation du populisme en devenir est en voie de bousculer la démocratie occidentale. Depuis 1945, la gauche et la droite ont encadré le débat politique au sein des démocraties occidentales. Les luttes politiques se faisaient sur la répartition de la richesse résultant de l'industrialisation. Ce monde n'existe plus. La globalisation nous a fait entrer dans la société post-industrielle. Les bénéfices de la société industrielle ont disparu avec les emplois. La polarisation gauche droite n'a plus sa raison d'être.

La démocratie même entre dans une zone à risque. Populisme et autoritarisme vont main dans la main. Le leader devient rapidement le sauveur qui seul pour renverser le système perçu comme vicié. La démocratie pour les perdants n'est plus synonyme de développement et de richesse. D'ailleurs, la Chine est devenue un modèle d'un régime autoritaire qui a tout de même augmenté le niveau de vie de millions de chinois.

Les déviances identitaires deviendront le grand danger de la globalisation du populisme. L'élection de Trump supporté par les mouvements de suprématie blanche est un exemple qui donne froid dans le dos. Il en est de même des mouvements néonazis en Allemagne.

Brexit et l'élection de Trump ont créé un tsunami politique et fait la lumière sur la situation critique qui divise le monde occidental. Les masses ouvrières marginalisées par la globalisation, les personnes âgées vulnérabilisées, les citoyens des zones rurales de plus en plus déconnectées de la culture urbaine libérale ont des griefs légitimes. Le déni n'est pas une option, car la globalisation du populisme risque de mener à une catastrophe.

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