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15/06/2015 10:32 EDT | Actualisé 15/06/2016 05:12 EDT

La privatisation par procuration

Je décèle dans la réforme actuelle une tendance vers la mise en place d'une privatisation insidieuse et graduelle des services de santé.

Le chamboulement de la situation actuelle au niveau des dépenses en santé par le gouvernement québécois était prévisible. Plusieurs facteurs, contrôlables (désinstutionnalisation des clientèles psychiatrisées, surprescription, surmédicalisation, attentes de la patientèle, etc.) et incontrôlables (vieillissement de la population, complexification des traitements, technologisation des médicaments, etc.), ont mis une pression énorme sur le budget québécois.

Les gouvernements précédents ont par électoralisme tardés à réagir devant l'appétit gargantuesque de ce ministère accaparant la moitié du budget de l'État. Il fallait donc quelqu'un de culotté pour s'attaquer à ce problème hors de contrôle.

Le problème, c'est l'on se retrouve souvent à devoir gérer les défauts de nos qualités.

Les culottes gouvernementales semblent s'accompagner d'une façon de faire autocratique et ne s'attardent pas aux méthodes reconnues pour favoriser une transition optimisée intégrative dans le cadre d'une réforme aussi profonde.

Plusieurs tirent la sonnette d'alarme, avec raison, devant ce qui est en train de se réaliser en opposition avec les acteurs actuels du système. Pourtant, l'histoire relativement récente du virage ambulatoire effectué avec précipitation (pour ne pas dire improvisation) à la fin des années 1990 par le ministre Jean Rochon et le gouvernement péquiste devrait être citée en exemple.

Certes, l'intention n'est pas la même. Le virage ambulatoire visait avant tout à dégraisser un système perçu comme trop imposant et la réforme fut menée au rythme des compressions budgétaires, encourageant la fusion des hôpitaux et les départs prématurés à la retraite. Toutefois, il s'est plutôt traduit par l'allongement des listes d'attente, une pénurie du personnel soignant et, au final, par un effritement de la confiance de la population à l'égard du système de santé. La leçon devrait certainement être prise en considération!

Je décèle toutefois dans la réforme actuelle une tendance vers la mise en place d'une privatisation insidieuse et graduelle des services en santé. Destruction des milieux de travail par un sous-financement chronique, retrait des avantages sociaux aux employés déjà débordés... De très bonnes façons pour «prouver» l'inefficacité et la désuétude du système public de santé.

Pourtant, le problème n'est abordé que sous l'angle de l'austérité sélective! En effet, la croissance du nombre de malades, le bassin toujours plus large de pathologies prises en charge et la complexité des traitements dus à l'âge amènent inévitablement un gonflement de l'enveloppe budgétaire associée aux soins.

La réflexion gouvernementale s'arrêtant à cette étape, il fait le choix idéologique de limiter la progression des budgets à des niveaux de non-fonctionnalité qui encourageront nécessairement l'apparition de services payants. Quand le malade aura besoin de soins, il n'aura d'autre choix que de sortir à nouveau son portefeuille pour recourir à des soins privés qu'il aura déjà souvent déjà couvert par les impôts qu'il a payé au gouvernement.

En guise d'exemple plus précis, le projet de loi 28 permet au gouvernement de limiter le remboursement du service de mise sous pilulier à un certain nombre de patients considérés comme faisant partie d'une clientèle fragile. Les pharmaciens communautaires, limités à un honoraire professionnel fixé par le gouvernement, n'aura d'autre choix que de facturer ce service (et même plusieurs autres) pour arriver à clore son budget. Ce sont donc les patients, souvent âgés, psychiatrisés ou très malades, qui hériteront de la pénalité au final.

Pourtant, l'augmentation des besoins de biens et de services a nécessairement bénéficié à une partie de l'industrie. Le gouvernement doit le savoir, car il a déjà encadré sévèrement la pharmacie communautaire pour éviter le dérapage et les abus. Mais cette dernière est-elle vraiment la seule impliquée dans la chaîne de distribution pharmaceutique?

Qu'en est-il des bannières et franchises qui interviennent avec leurs contrats auprès des pharmaciens propriétaires? Dans le cas des grossistes pharmaceutiques par qui transite la majorité des médicaments? Et des profitables compagnies pharmaceutiques qui vendent au Canada leurs médicaments au deuxième prix le plus cher dans le monde? Force est de constater que d'habiles lobbyistes ont réussi à occulter leurs interventions auprès des attentions gouvernementales...

À quel moment le citoyen a-t-il donné au gouvernement la responsabilité de contrôler la quantité de biens et de services qui lui est requis plutôt que de contrôler la qualité et le coût des biens et services offerts pour répondre aux besoins des citoyens?

Il est facile de mettre ses culottes devant les plus petits de la cour d'école pour leur faire peur... Mais il est nettement plus courageux de le faire auprès des plus grands qui viennent voler le lunch des plus petits quand vient le temps de manger le midi...

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