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18/08/2016 10:36 EDT | Actualisé 18/08/2016 10:36 EDT

Mal parler en paix!

On semble vouloir renier nos racines québécoises, qui mettent pourtant du pimpant à nos discours. On peux-tu rester authentique sans avoir droit à un air méprisant et sans passer pour d'incultes malotrus?

Un écureuil a chié dans mon assiette ce midi. Dans mon restant de nouilles chinoises. Nouilles qui n'ont probablement rien de plus chinois que le pâté de même appellation, mais bon... j'aime cuisiner les classiques de mon enfance. Ça me rappelle la diversité culturelle dans laquelle je baignais. Régulièrement, on mangeait du pâté mexicain, des boulettes italiennes et de la fondue «swiss».

Évoquer mes origines me donne envie d'éclaircir quelque chose... Saviez-vous que Rivière-du-Loup est plus près de Montréal que de Gaspé? Alors je n'ai ni grandi sur un bateau de pêche, ni taquiné le Fou de Bassan en gambadant dans les battures. Et ô surprise, je n'ai pas vraiment d'accent distinctif! Ou à peine... quand je rentre chez moi. Dès lors, je ne vais plus chez McDonald, «j'va chez Mc Dônal». Pas de quoi embaucher une interprète, on s'entend. De la simple et bonne francisation.

En arrivant dans la grande métropole il y a une dizaine d'années, j'ai été surprise de constater le nombre de gens croyant que notre province comporte 5 régions: Montréal, la Rive-Nord de Montréal, la Rive-Sud de Montréal, le village de Québec, et le reste. Le nord... ou l'est... une vague impression de nulle part.

On semble vouloir renier nos racines québécoises, qui mettent pourtant du pimpant à nos discours.

Bref, je venais de m'attabler sur la terrasse avec mon portable et un verre de vin blanc de la veille, en espérant trouver l'inspiration nécessaire à mon actuel projet de roman, quand l'indésirable rongeur a décidé de se délester entre un champignon et une lanière de bœuf. Même pas eu le temps de prendre une seule bouchée! «Ah ben tabarnak!!! Tu me niaises-tu, toé là????» J'avais sans doute parlé à voix très haute, car ma voisine de cinq ans a mentionné à sa mère que j'avais pas l'air d'être contente. Me suis donc excusée pour mes gros mots. Après, en y réfléchissant, j'ai réalisé que bien que ce langage ne soit pas jugé acceptable en général, il l'avait en quelque sorte été, pour moi, à ce moment, et que ça aurait dû être parfait ainsi. Il y a des fois où je préfère «me l'ver d'boutte» ou «avoir frette» en sachant très bien que mes mots sont tout croches, mais tellement plus en accord avec le comment je me sens au moment où je les dis. Comme s'ils venaient conforter mon propos.

Mon fils d'à peine deux ans est une machine à paroles. Il parle, parle, parle sans arrêt! Mais parfois, «y jase» au lieu de parler. Et ça dérange. On me fait les gros yeux. On répète ce qu'il vient de dire sur un ton moqueur lorsqu'il laisse échapper un «chu» au lieu de «je suis», ou lorsqu'il décide qu'il reste «icitte» au lieu de «ici». C'est mal vu à l'ère où les parcs sont surpeuplés de parents s'adressant à leurs enfants avec un langage propre à une émission jeunesse éducative ou à un cours de diction! Ils donnent l'impression de s'adresser à des demeurés. Ç'a quelque chose de robotique. D'inhumain.

Le pire, c'est de les entendre parler «normalement» à un adulte la minute suivante. Peut-être que par crainte de voir la langue de Molière s'estomper au détriment de l'anglais, on met l'emphase inverse pour la prochaine génération? À moins que ce ne soit la honte ou le sentiment d'infériorité par rapport à nos cousins européens qui nous pousse à vouloir les imiter? Quête d'une nouvelle identité?

Qu'importe, ça m'attriste. On semble vouloir renier nos racines québécoises, qui mettent pourtant du pimpant à nos discours. De la bonne humeur. De la drôlerie. Parler Québécois donne une saveur différente. Ajoute de la passion! Je pense à Dédé Fortin. Il n'aurait sans doute pas eu le même succès s'il n'avait pas usé de «pantoute», de «y fait frette» ou de «passe moé a puck!» Tsé... Me semble que ça nous rapprochait de lui.

C'est important de connaître le français. Le bon, l'international. Même nécessaire. De savoir bien l'écrire aussi. Surtout. Mais on «peux-tu» aussi rester authentique et colorer nos discours sans avoir droit à un air méprisant? Sans passer pour d'incultes malotrus? On peut conserver un vocabulaire riche et une bonne culture en se permettant quelques délicieux écarts ici et là, non? Question de dosage. Comme dans toute chose. Une subtile touche de parfum ajoute au charme. L'«aspergement» de masse devient disgrâce...

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