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28/02/2015 08:21 EST | Actualisé 30/04/2015 05:12 EDT

Le ministre Blais doit s'engager pour les cégeps

Contrairement au rapport Demers qui veut arrimer davantage l'éducation collégiale au marché du travail, les cégeps constituent un acquis démocratique, une originalité qui nous permet de surclasser les autres provinces. Leur philosophie humaniste doit continuer d'animer nos questionnements.

La remise en question de l'existence des cégeps est devenue habituelle pour notre gouvernement, comme si leur caractère unique était suspect. L'aile jeunesse du Parti libéral proposait récemment de les abolir tout court. Le nouveau ministre de l'Éducation, François Blais, hérite d'une année de compressions couronnée par le spectre du rapport Demers. On ne se rappellera pas de la grande préoccupation d'Yves Bolduc pour le réseau collégial, bien au contraire! En cette année de négociations dans le secteur public, M. Blais doit se distinguer de son prédécesseur et arrêter l'entreprise de démolition d'un succès bien québécois.

Tour d'horizon du cégep d'aujourd'hui

Créés en 1967 suite aux recommandations du rapport Parent, les premiers cégeps avaient pour objectif la démocratisation de l'enseignement supérieur.

À ce jour, la présence des 48 cégeps sur l'ensemble du territoire québécois, dont la moitié sont dans des villes où il n'y a pas d'université, contribue à l'accessibilité économique et géographique des études postsecondaires. Lieux d'échanges, de partage et de diffusion culturelle et des savoirs, ils contribuent au développement local et régional. Par leur gratuité, ils ont rendu l'éducation postsecondaire accessible. Aujourd'hui, le Québec peut se féliciter d'avoir le plus haut taux de scolarisation postsecondaire à travers le Canada, et ce, grâce aux cégeps.

Leviers de justice et de développement social, les cégeps sont des lieux où les jeunes peuvent explorer différentes avenues et découvrir ce qui les intéresse. La formation générale commune aux formations techniques et préuniversitaires facilite les transferts entre les cheminements, fréquents chez les jeunes, et le retour aux études d'adultes en réorientation. En plus de protéger contre la spécialisation hâtive et l'orientation forcée, elle développe le sens critique. Former des citoyens et des citoyennes aptes à participer activement à la démocratie, n'est-ce pas ça ce que nous désirons ?

La formation collégiale actuelle forme des travailleurs aux compétences variées qui sont partie prenante du développement de leur région. Au contraire, une formation axée sur une demande ponctuelle des entreprises, ou pour des projets comme le Plan Nord, laisse plusieurs diplômés sans travail une fois les emplois comblés. Pourquoi offrir des formations à la carte, alors que les employeurs sont satisfaits à plus de 90 % de la formation des diplômés de programmes techniques ?

Le rapport Demers: un odieux détournement de mandat

Célébré par Yves Bolduc lors de son dépôt cet automne, le rapport Demers devait mener à des « recommandations sur le déploiement de l'offre de formation collégiale au Québec; la définition des créneaux régionaux de formation et l'optimisation de la formation continue en vue de favoriser l'accès à la formation collégiale partout au Québec; une complémentarité de l'offre de formation dans les régions et finalement, la viabilité des programmes en région ». Au lieu de cela, on assiste à une remise en question déguisée des orientations et des principes qui définissent l'enseignement collégial. La réforme implantée à partir de 1993 dans le réseau collégial est-elle si dépassée ? Il faudrait rappeler au nouveau ministre de l'Éducation que l'éducation, ce n'est pas comme une maison: il n'est pas judicieux de changer systématiquement les fenêtres tous les 20 ans!

La plupart des mesures proposées transmettent une vision commerciale de l'éducation. Par exemple, la multiplication des types de diplômes et la remise en question de la formation générale compromettent le caractère national du diplôme et la mission même des cégeps. Certaines mesures répondent effectivement à des problématiques du milieu, mais elles sont noyées dans un ensemble marqué par une conception marchande de l'éducation. Ce détournement de mandat nous empêche d'aborder collectivement les véritables enjeux autour du maintien d'une offre de formation de qualité dans les cégeps en région.

De nos jours, rares sont les personnes qui occupent le même emploi durant toute leur vie. Les changements de carrière accompagnés d'un retour aux études sont courants. À ces personnes en réorientation s'ajoutent entre autres celles désireuses de terminer leur scolarité pour obtenir un DEC, les adultes en perfectionnement, les immigrants dont les diplômes et expériences ne sont pas reconnus ou partiellement.

Devant cette demande accrue, le milieu collégial réclame depuis des années que le financement de la formation continue collégiale ne soit pas limité par une enveloppe fermée alors que ce n'est pas le cas au niveau secondaire et universitaire. Il est prioritaire de s'intéresser à la formation continue. Elle permet de répondre à des nouveaux besoins de la société et cela ne doit pas s'effectuer à coût zéro.

Assurer l'avenir du collégial

Pour Québec solidaire, l'État doit garantir à chaque personne l'accès à une éducation de qualité. L'enseignement collégial est un acteur essentiel de la démocratisation de l'éducation. C'est pourquoi nous devons maintenir un réseau collégial gratuit, public et présent dans l'ensemble du territoire. D'autant plus que, selon une étude réalisée pour la Fédération des cégeps en 2004, les cégeps contribuent à une moins grande polarisation des revenus et à une meilleure justice sociale compte tenu de la relation vérifiée entre niveau de diplôme, emploi et salaire.

Contrairement au rapport Demers, qui déploie sa vision commerciale en voulant arrimer davantage l'éducation collégiale au marché du travail, les cégeps constituent un acquis démocratique, une originalité qui nous permet de surclasser les autres provinces. Leur philosophie humaniste doit continuer d'animer nos questionnements.

Les cégeps sont un succès, car ils permettent à tous les citoyens et toutes les citoyennes de s'améliorer, de devenir actifs économiquement, culturellement et personnellement. Ils sont une composante du filet social québécois, un trampoline pour une multitude de personnes qui autrement ne trouveraient pas leur place dans notre société. Voilà pourquoi nous devrions poser les bonnes questions. À quand des mesures concrètes pour soutenir la mission première de l'enseignement collégial ? À quand une enveloppe ouverte pour la formation continue ?

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