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16/03/2017 09:29 EDT | Actualisé 16/03/2017 09:29 EDT

L'Afrique dans les temps morts

Le développement de l'Afrique sera profitable à l'ensemble des autres espaces économiques évitant cette migration clandestine avec des milliers de morts. Dans le cas contraire, il est à craindre des crises politiques à répétition.

L'Union Africaine s'est réunie le 18 février 2017 pour présenter un plan de développement de l'Afrique à l'horizon 2063. Non, ce n'est pas une plaisanterie. Pourquoi 2063? L'Union africaine a élaboré un agenda décrivant les perspectives de développement jusqu'en 2063. Selon l'Institut africain de la gouvernance, «L'Agenda 2063 traduit la volonté de l'Afrique unie autour d'un programme de développement commun qu'elle se donne et parlant d'une seule voix, de se positionner comme nouvel acteur. L'Agenda 2063 est le fruit d'un effort collectif et d'un vaste processus consultatif entre les principales institutions et parties prenantes du développement de l'Afrique (y compris les organisations de la société civile, les jeunes et les femmes). L'Agenda offre à l'Afrique l'occasion de déterminer à nouveau son destin. Il s'inspire de la vision de l'Union africaine d'une Afrique intégrée, prospère, en paix avec elle-même, indépendante, conduite par ses citoyens et capable d'être une force dynamique sur la scène internationale».

Les problématiques géopolitiques, climatiques, politiques et géographiques sont en perpétuel mouvement, qu'il devient hasardeux, voire irrationnel, de se lancer dans des perspectives à très long terme.

Pourquoi tracer une perspective à 2063? Alors qu'aucun pays aussi développé ne soit-il, se hasarde plus à faire des perspectives à plus de 20 ans. En effet, les problématiques géopolitiques, climatiques, politiques et géographiques sont en perpétuel mouvement, qu'il devient hasardeux, voire irrationnel, de se lancer dans des perspectives à très long terme.

Comment l'Union africaine peut-elle financer ce Plan Marshall africain si elle n'est pas capable d'entretenir le siège de l'Union (offert à l'Éthiopie par les Chinois pour un montant de 200 millions de dollars). Ainsi actuellement, seule une poignée de pays, parmi lesquels l'Algérie, l'Afrique du Sud et le Nigeria, payent régulièrement leurs cotisations. L'UA est financée à plus de 73% par des donateurs étrangers au continent. Le sommet de l'UA de Kigali avait adopté le principe d'une taxe sur les importations pour financer l'Union. Cette nouvelle taxe de 0,2% doit s'appliquer à toutes les importations des 54 États de l'Union africaine. Si elle est appliquée, elle devrait rapporter 1,1 milliard d'euros par an. De quoi financer l'UA de manière sûre et régulière.

Qu'est-ce que l'Afrique?

C'est un immense continent qui sera le plus peuplé en 2050. L'Afrique couvre 30,353 millions de km2. La population de l'Afrique se situera entre 2,5 milliards. Selon l'Ires de Paris, l'Afrique représente seulement 1,5% du PIB mondial, 2% du commerce mondial et 2% à 3% des investissements directs étrangers. L'Afrique est le continent dont le taux d'échange intracommunautaire est le plus bas. Alors que le volume des échanges entre les pays asiatiques et pays européens se situe respectivement aux alentours de 52% et de 72%, celui des échanges interafricains peine à franchir la barre des15%, selon la Banque mondiale. Les raisons sont multiples: le manque de cohérence des politiques en Afrique renvoyant à la gouvernance, dont celles des politiques commerciales, industrielles ou agricoles qui doivent pouvoir réaliser l'objectif de faire du commerce intracommunautaire et de l'intégration de véritables leviers du développement. Enfin, l'Afrique voit s'échapper chaque année 192 milliards de dollars causés par des flux illicites contre seulement 30 à 40 milliards d'aide au développement.

Les dirigeants africains sont adeptes de la méthode Coué. Nous l'avons vu avec le Nepad annoncé en grande pompe il y a environ 15 ans pour un résultat négligeable. On l'aura compris, l'Afrique malgré les approbations occidentales qui sont là pour l'anesthésier, est plus que jamais installée dans les temps morts, pour le plus grand malheur des peuples africains qui subissent la damnation de leurs dirigeants- tyrans adoubés par les maîtres du monde.

Africain, je voudrais dire ma colère et beaucoup de faits la justifient: le milliard de gens qui s'endorment tous les soirs en ayant faim ; les deux milliards de personnes qui manquent d'eau ; les femmes violées, excisées, battues ; les jeunes au chômage, les richesses obscènes, les guerres injustes, les sans-abris, l'incompétence et la mauvaise foi de certains journalistes, la médiocrité et la malhonnêteté de tant d'hommes politiques, la procrastination des gouvernants qui ont laissé passer tant d'occasions de prendre des décisions courageuses et de réformer leurs pays. Ainsi, les dirigeants africains portent une lourde responsabilité devant leur population et doivent favoriser l'État de droit, la lutte contre la corruption et les mentalités tribales, la protection des droits de l'homme, changer la vie des Africains et des Africaines par des politiques audacieuses et courageuses et s'engager résolument dans la réforme globale, donc la démocratisation de leur société tenant compte de l'anthropologie culturelle évitant de plaquer des schémas déconnectés des réalités sociales. Le développement de l'Afrique sera profitable à l'ensemble des autres espaces économiques évitant cette migration clandestine avec des milliers de morts. Dans le cas contraire, il est à craindre des crises politiques à répétition.

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