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07/11/2013 12:09 EST | Actualisé 06/01/2014 05:12 EST

Pauvre Alphonse Desjardins, repose en paix!

Nous entendons de plus en plus fréquemment des commentaires voulant que les Caisses populaires fonctionnent de plus en plus comme les banques. Ce n'est pas faux et Alphonse Desjardins doit se retourner dans sa tombe en constatant ce que devient le mouvement coopératif qu'il a mis sur pied.

L'arrivée de Monique Leroux à la tête de Desjardins n'est pas étrangère à l'accélération de cette malheureuse métamorphose. Elle n'en est pas totalement responsable, puisque les changements avaient été amorcés avant son arrivée, mais son passage à la Banque Royale de 1995 à 2000 semble teinter de façon très marquée les décisions concernant Desjardins.

On est loin de l'époque où le directeur de la Caisse populaire était un notable de la place, connu de tous et dont la collaboration était sollicitée régulièrement pour toutes sortes de projets. À cette époque, les gens de Desjardins étaient enracinés dans leur région et contribuaient au succès de la communauté de plusieurs façons. D'ailleurs, des dirigeants locaux, élus parmi les membres, veillaient à ce que les intérêts des leurs soient pris en considération. C'était la coopération telle qu'imaginée par Alphonse Desjardins.

Puis sont apparus les guichets automatiques il y a environ trois décennies. Ceci a plu à certains qui souhaitaient des heures de services plus étendues, comme le faisaient les banques. À cette époque, il y eut aussi un bon nombre de fusions de caisses avec leurs voisines pour réduire les coûts.

Plus tard sont apparus les services financiers aux entreprises centralisés pour se doter d'une certaine expertise d'affaires et s'éloigner des décisions émotives ou perçues comme folkloriques par les fédérations et la confédération des caisses. Cependant, le service personnalisé et la coopération diminuaient graduellement.

En se servant de la disponibilité de la technologie comme prétexte, on a encouragé les membres à utiliser les guichets automatiques au lieu d'effectuer leurs transactions au comptoir. Cependant, la clientèle de longue date de Desjardins, souvent composée de gens plus âgés, s'est fait tirer l'oreille avant d'accepter d'utiliser les guichets automatiques.

Maintenant, Desjardins annonce l'élimination de nombreux guichets automatiques pour rationaliser ses frais d'exploitation, en plus de percevoir des frais pour l'utilisation d'un livret pour enregistrer ses transactions. Ceci vise à préparer l'élimination des livrets de caisse. En effet, on veut imposer à la clientèle l'utilisation du site Accès D pour effectuer ses transactions et mises à jour.

L'évolution de Desjardins se résume donc à moins de Caisses populaires, moins de guichets automatiques et la disparition imminente des livrets de caisse pour se concentrer sur Accès D. Youhou! Avez-vous oublié que pour encaisser des chèques ou effectuer un retrait, j'ai besoin d'un point de service, soit un guichet ou un comptoir avec une caissière? Les services en ligne ont des limites.

Dans tout cela, les gens qui sont sur la première ligne, nos contacts dans la vie de tous les jours, les employés et dirigeants locaux des caisses ont les mains liées. Les employés se doivent d'exécuter les directives et les élus locaux n'ont probablement pas beaucoup de latitude pour décider de l'avenir de leurs caisses puisque les directives à entériner viennent du siège social du Mouvement Desjardins où les orientations et stratégies de développement sont choisies.

Pauvre Alphonse, tes ex-caisses ne sont plus ce que tu avais rêvé qu'elles soient et même au niveau du service personnalisé, certaines banques les supplantent et sont plus attrayantes pour les clients. Il faut constater que la coopération avait bien meilleur goût. R.I.P.

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