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Cauchemar électoral

Est-ce qu'il serait temps pour le Canada de faire un acte de foi en allouant pour une première occasion le pouvoir à un autre parti?

Je viens de me réveiller et je suis épuisé. J'ai fait un très mauvais rêve, un cauchemar terrible. C'est ce qui explique mon sommeil mouvementé et non réparateur.

Maintenant que je suis totalement revenu à la réalité, je réalise que c'était un cauchemar, et tout un. Dans un premier temps, nous nous retrouvions à la fin octobre 2015 avec un gouvernement du Parti conservateur réélu majoritaire au Canada malgré son absence quasi-totale au Québec. En effet, les Québécois, eux, avaient compris et n'avaient pas voté pour le gouvernement en place. Seuls les Beaucerons s'en étaient tenus à leurs habitudes et avaient réélu Maxime Bernier.

Stephen Harper se disait très fier d'avoir reçu comme premier appel téléphonique pour le féliciter de sa réélection, un appel de son voisin et nouvel ami, Donald Trump, candidat républicain à la présidence des États-Unis, qui lui avait conseillé d'expatrier tous les ressortissants issus de pays où foisonnent les terroristes, en plus d'empêcher les Canadiens de voyager vers ces destinations.

Harper, qui a mené le pays en guerre, continuait à mettre beaucoup d'emphase sur la sécurité des Canadiens, et ajoutait que la suggestion de monsieur Trump méritait d'être analysée.

Il n'avait pas nommé Maxime Bernier ministre et gouvernait dorénavant le pays sans s'occuper du Québec. Dans mon rêve, je lisais avec effroi, comme plusieurs autres Québécois, cette lettre envoyée au premier ministre Couillard et au maire Coderre par le ministre des Finances du Canada, les informant que la province et la ville de Montréal devraient contribuer de façon plus importante au financement des travaux de construction du nouveau pont Champlain. Il précisait que le pays avait maintenant d'autres priorités économiques qui l'obligeaient à attribuer une partie des sommes promises à d'autres projets ailleurs au Canada. C'est le maire Coderre qui avait rendu publique cette lettre que Philiipe Couillard aurait préféré garder secrète, croyant pouvoir négocier un arrangement avec Ottawa.

Cet affront m'a possiblement créé un inconfort puisque je crois que c'est à ce moment que je me suis levé sans vraiment me réveiller, pour aller aux toilettes, me soulager en évacuant.

Cependant, de retour au lit, mon mauvais rêve s'est poursuivi.

La situation n'était pas plus rose. C'est le Parti libéral du Canada qui avait été élu majoritaire pour conduire les destinées du pays. Justin Trudeau continuait à se prononcer sur tous les sujets en énonçant des idées farfelues qu'il devait contredire rapidement par la suite.

Habituée du pouvoir à Ottawa, la vieille garde du parti était sortie de sa retraite pour encadrer et guider le jeune chef, qui s'avérait incapable d'assumer le pouvoir. Le Canada effectuait donc un retour en arrière et les petits amis libéraux avaient recommencé à s'attribuer des faveurs entre eux.

J'ai probablement dû, même si je ne m'en souviens pas, effectuer un autre passage à la salle de bain pour me soulager encore une fois, puisque le dernier segment de ma nuit m'a fait vivre un autre chapitre de mon cauchemar.

La situation était différente, mais tout aussi pénible. Le NPD de Thomas Mulcair devançait ses rivaux avec une très faible avance, mais le Canada se retrouvait dans une impasse. La répartition des sièges était la suivante: Nouveau Parti démocratique 114 élus, Parti libéral 112, Parti conservateur 111 et Parti vert du Canada une députée, sa chef Elizabeth May. Mais ce n'est pas tout, les libéraux n'avaient aucun élu à l'ouest de l'Ontario et recueillaient un pourcentage de votes plus faible que le Parti conservateur qui, lui, se retrouvait sans candidat élu au Québec et au Nouveau-Brunswick.

Comme le NPD avait besoin d'appuis pour gouverner, Thomas Mulcair et son entourage avaient entrepris une réflexion, mais les conservateurs exprimaient déjà publiquement leur intention de continuer à gouverner, eux qui avaient l'expérience du pouvoir depuis une décennie. Ils admettaient qu'ils pourraient concéder à l'équipe Mulcair quelques rôles secondaires. Stephen Harper se disait déjà prêt à rencontrer le Gouverneur général pour officialiser le tout.

Du côté des libéraux, Justin Trudeau faisait la démonstration d'une arrogance que son père avait manifestée pendant ses années au pouvoir. Il se montrait hautain envers Thomas Mulcair et mentionnait que seul le Parti libéral du Canada pouvait remplacer les conservateurs au pouvoir, grâce à son expérience passée à la tête du pays.

Ce rêve m'amène à me demander pourquoi les Canadiens hésiteraient à élire majoritairement le NPD à Ottawa. Doit-on vraiment craindre à cause de son inexpérience au pouvoir? Après tout, Thomas Mulcair a été un excellent ministre de l'Environnement au Québec et son équipe est certainement composée de gens de grande valeur qui ne sont pas encore tous connus, mais qui ont le goût de servir la population et de changer des choses que réclame la population en général.

Rappelons-nous la première élection du Parti québécois en 1976, alors que René Lévesque avait composé un conseil des ministres exceptionnel avec des gens peu ou pas connus. Seule Lise Payette jouissait alors d'une certaine notoriété, mais nous avons découvert alors des ministres qui ont fait progresser notre société. Pensons à Jacques Parizeau, Camille Laurin, Jacques-Yvan Morin, Bernard Landry, Robert Burns, Marcel Léger, Yves Duhaime, et cet avocat inconnu qui est devenu le meilleur ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation de l'histoire du Québec, Jean Garon.

Est-ce qu'il serait temps pour le Canada de faire un acte de foi en allouant pour une première occasion le pouvoir à un autre parti, au Nouveau Parti démocratique et à son chef Thomas Mulcair?

Qui sait? Cela mettrait probablement fin à mes cauchemars électoraux.

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