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11/06/2015 02:59 EDT | Actualisé 11/06/2016 05:12 EDT

Cher Richard Martineau, lâche les clowns, stp!

De nouveau, tu utilises le mot « clown » pour coiffer ton texte d'un titre dans un contexte péjoratif, cette fois pour illustrer que les policiers du SPVM ont fait preuve d'un manque flagrant de jugement lors des funérailles d'État de Monsieur Jacques Parizeau. Il va falloir que nous discutions afin de peaufiner ton vocabulaire.

« L'art du clown va bien au-delà de ce que l'on pense. Il n'est ni tragique ni comique ; il est le miroir comique de la tragédie et le miroir tragique de la comédie. » - André Suarès

En fait, je n'écris pas vraiment cette lettre à toi. Pas plus que tu n'as écrit ton texte pour moi, ni pour les clowns. En fait, je te soupçonne d'utiliser le mot « clown » comme un patois, voire même comme un piège à clics, tu sais, ces fameux mots-clés qui ne visent qu'à générer du trafic sur un site Internet. Bref, c'est juste pour vendre de la copie, et pourtant tu te plais à dire que tu n'aimes pas les clowns! Alors je fais la même chose en utilisant ton nom dans mon texte, puisque tu m'inspires. J'espère que tu me pardonneras.

De nouveau, tu utilises le mot « clown » pour coiffer ton texte d'un titre dans un contexte péjoratif, cette fois pour illustrer que les policiers du SPVM ont fait preuve d'un manque flagrant de jugement lors des funérailles d'État de Monsieur Jacques Parizeau. Il va falloir que nous discutions afin de peaufiner ton vocabulaire pourtant bien garni. À cet effet, il faudrait prendre note qu'un dictionnaire des clowns vient d'ailleurs d'être publié, Le Petit auguste alphabétique, qui contient un des lexiques les plus complets.

Le manque de classe des policiers

Tous conviennent qu'il était fort peu édifiant de voir avec quels irrespect et manque de civilité les constables ont impétueusement agi. Ces derniers semblent avoir oublié que leur employeur, ce n'est pas le chef du syndicat! Et qu'ils n'avaient pas besoin de recevoir une note de service, conjugué avec quelques cabrioles et autres courbettes afin qu'ils daignent acquiescer à une demande, qui va de soi. Il n'est pas nécessaire de leur faire parvenir une note de service pour dire de remonter une fermeture éclair, de nouer leurs lacets, de mettre du déodorant et de se laver plus de fois qu'un ado en rébellion. J'ose à peine imaginer la réaction des forces constabulaires si une horde de clowns professionnels osait se pointer le nez (rouge!) aux obsèques de leur mère ou d'un collègue tombé en service. Parce que cela ne se fait pas, qu'il y a certaines conventions sociales et règles de base élémentaires de savoir-vivre en société à respecter. Et que l'indéfendable ne s'explique pas.

Une loi pour l'uniforme?

Que notre maire Denis Coderre réclame des excuses pour la famille et demande que Québec légifère une loi sur l'uniforme, je suis tout à fait d'accord. Oserions-nous imaginer des soldats qui refusent de porter l'uniforme et qui obéissent à leur agent syndical plutôt qu'à leur supérieur hiérarchique? Pourquoi les policiers feraient-ils figurent d'exception ? Parce que les tribunaux leur donnent raison, en vertu du fait qu'ils n'ont pas le droit de grève ou d'autres moyens de pression?

Tout cela va toutefois au-delà de mes compétences clownesques. Et on s'éloigne de mon réel propos, soit celui de te demander bien poliment de cesser d'utiliser et d'associer le mot « clown »quand il est question des policiers. Il s'agit de deux fonctions bien distinctes, n'ayant aucunement rapport l'une à l'autre. D'ailleurs les policiers enfilent un pantalon de camouflage, et non pas un costume de clown! Tu insultes ma mama qui a fait tous les costumes de ma troupe! Et une mama de Verdun... je n'irai pas dans ses talles là. Bon ok, je rigole, et j'exagère (à peine)!

L'avis d'une experte clown, juste pour toi!

J'ai beaucoup de respect pour tes écrits et surtout pour notre filiation verdunoise, pas que j'adhère à tes thèses, mais elles sont drôlement divertissantes! Pour toi, j'ai donc pris la peine de consulter Delphine Cézard, docteure en science des arts et artiste de cirque, auteure de l'ouvrage Les nouveaux clowns, au sujet de l'utilisation péjorative du mot clown pour décrire les policiers montréalais.

« Aujourd'hui, c'est un véritable défi pour les clowns de trouver leur place dans la société. Les bouleversements qui sont survenus dans la définition et la conception de l'art, puis dans les pratiques comme le cirque ou la danse, ont engendré et engendrent encore de fortes mutations dans le milieu clownesque. Cela sans compter les nombreuses méprises face auxquelles ils sont confrontés depuis ces transformations de la part du grand public.

Si les clowns sont en cours de reconstruction ou du moins d'interrogation identitaire, il va sans dire que le regard néophyte posé sur eux n'en sera que plus erroné. Pour faire face à l'incompréhension ou à la méconnaissance, nous avons pour habitude de faire appel au sens commun, au savoir collectif. Malheureusement, ce dernier est souvent immédiat, suranné et préconçu. Aussi, lorsqu'il veut parler du clown, celui qui ne connaît pas le milieu va puiser dans ses références et expériences personnelles, mais aussi dans un savoir commun peu expert.

Concernant le clown, force est de s'apercevoir que son image populaire - probablement les expériences personnelles qui en ont découlé aussi - est basée sur un passé lié au cirque ainsi qu'à un traitement médiatique et artistique spécifique. En effet, qu'il s'agisse d'apparitions de personnages clownesques dans des émissions et séries télévisuelles pour enfants, de l'image véhiculée du clown clochard ou du clown triste dans les œuvres artistiques (cinématographiques aussi bien que musicales) pour les années 1960 à 1970 où des premiers clowns de l'horreur épeurants ou drôles dans les années 1980 et 1990, voire 2000, les clowns ont été stéréotypés sous des formes reconnaissables et faciles d'utilisation. Pour certains, comme les coulrophobes, ces stéréotypes sont devenus à travers le temps des sortes de coquilles vides que l'on peut « remplir » par analogie avec un contenu de valeurs associées.

Pour résumer, la figure du clown, c'est-à-dire son image, son aspect extérieur et caractéristique d'ensembles proposés par les groupes sociaux, a été typifiée, notamment à travers le costume et l'effet principal des fonctions sociales - soit le rire - du clown, jusqu'à devenir un stéréotype servant à de multiples détournements. C'est ce qui arrive quand des journalistes non experts et des personnes non initiées parlent des clowns ou plus simplement, font référence au terme « clown ». Si les stéréotypes sont nécessaires et utiles, voire avérés, les prendre au premier degré peut se révéler parfois violemment préjudiciable aux personnes qui sont en arrière-plan.

Le milieu clownesque n'étant pas une cible privilégiée, il arrive aussi régulièrement que d'autres groupes sociaux - des ethnies, des minorités ou encore certaines professions -fasse encore l'objet de typifications pour être rendus accessibles à la connaissance et en subissent des conséquences désastreuses. C'est peut-être précisément ici le cas des clowns, mais aussi des policiers. »

Merci Delphine de ces mots justes.

Voilà. Juste pour toi, Richard. J'espère que cela est à la hauteur de tes attentes en matière de réplique...

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