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03/01/2015 09:07 EST | Actualisé 05/03/2015 05:12 EST

Il paraît que la vérité sort de la bouche des enfants

« Quand les sages sont au bout de leur sagesse, il convient d'écouter les enfants. » - Georges Bernanos

En 1999, se tenait ce qui s'est finalement avéré être la dernière édition du très fabuleux Rendez-vous mondial du cerf-volant dans la municipalité de Verdun, devenue depuis un arrondissement. Le maire et la directrice générale m'avaient demandé d'être le porte-parole de cet événement des plus magiques et familial. D'entrée de jeu, ce festival m'apparaissait quelque peu banal, du moins sur papier, puisque je n'y avais jamais mis les pieds. Quelques appels téléphoniques à mes amis ont suffi pour me faire comprendre que j'avais passé à côté de soirées féériques, ne serait-ce que pour voir les vols de nuit, les combats de cerfs-volants et la multitude d'activités, de spectacles et autres animations proposées. J'étais donc honoré, fier et ravi d'être partie prenante et, surtout, de profiter de l'occasion pour effectuer le lancement de la première grande production du Cirque national des clowns : Anthologie. Toutefois, je n'imaginais pas que j'allais y faire la rencontre du plus redoutable critique de spectacles clownesques, LE grand expert en la matière, Monsieur Lyes.

Toute la troupe d'alors, laquelle comprenait 18 clowns, dont 7 musiciens, en plus de techniciens et de multiples collaborateurs, avait réussi à monter un spectacle en à peine 3 mois; un spectacle qui a par la suite visité le Québec et accueilli plus de 250 000 spectateurs pendant ses 3 années de tournée. Une aventure clownesque s'amorçait! Nous avons parfois appris sur le tas avec l'infaillible méthode de l'essai-erreur. Nous avons été accueillis dans les plus grands festivals d'humour et remplis de grands amphithéâtres de la province. La production était artisanale. Notre grand chapiteau de location avait été installé sur le site du parc Arthur-Therrien, qui a depuis été rognépar le boulevard Gaétan-Laberge et un développement immobilier. L'école secondaire Monseigneur-Richard est située à proximité et l'ancien directeur nous a autorisés à utiliser ses ateliers d'ébénisterie afin que l'ami Serge Ricard y construise nos décors, dont la fameuse piste de cirque dont le bois devant être courbé... Il fut trempé dans la piscine de l'établissement! Le directeur n'en croyait pas ses oreilles ni ses yeux...On a bien rigolé. Quelle chance de bénéficier de certains privilèges locaux, ça permet d'éviter d'avoir à fournir trop d'explications.

Tout de suite après la première représentation de la série de spectacles, nous sommes allés à la rencontre de nos spectateurs, afin de les remercier, de recueillir leurs commentaires et de prendre quelques photos. C'est laque j'ai eu ma rencontre avec le plus assidu, le plus attentif analyste de la comédie clownesque, l'implacable critique Monsieur Lyes. Un petit bonhomme de 3½ ans issu d'une famille algérienne installée au Québec depuis avril 1996 qui était accompagnée de sa maman Aldja. Il m'avait déjà vu jouer et n'était pas du tout satisfait de ce qu'il avait vu. « Fredolini, je n'ai pas aimé le spectacle. Tu n'étais pas drôle aujourd'hui ! » D'instinct, j'ai donc confronté le virulent spécialiste, en lui disant qu'il devrait aller au-delà des « je n'aime pas » et qu'il fallait développer davantage ses commentaires pour que je le prenne au sérieux. Après des mois de préparation, j'ai un mécontent ? Non, mais... Vous savez, il y a de ces enfants qui comprennent vite et vont donc avoir rapidement un avis, une pertinence de raisonnement et un sens critique très développé... Cela peut toutefois gêner, voire agacer, l'artiste-clown-producteur pas très-humble qui vient de sortir de scène. Par contre, si le clown n'écoute pas le public qui est son plus important partenaire de jeu, il n'a tout simplement pas de raison d'exister.

J'ai donc pris l'expert en herbe dans mes bras, afin d'entamer une grande et importante discussion philosophique avec lui. Sa maman et quelques autres collègues ont écouté notre conversation. Parce que je prends très au sérieux ses commentaires des jeunes spectateurs pour qui les filtre et les faux-fuyants n'existent pas. Il faut se mettre dans la peau de l'interlocuteur; être enfant pour savoir parler au cœur d'enfant. Mon ami Lyes, un peu las tel un Claude Gingras, redoutable et respecté critique de musique classique du quotidien La Presse, a justifié chacune de ses affirmations. Il avait vu que j'étais des plus nerveux, que je jouais mes numéros avec empressement et, surtout, que je ne l'avais pas regardé, donc le lien et le contact avec le public étaient rompus. J'étais dans ma tête, plus préoccupé par tout l'aspect commercial et la gestion du spectacle que par l'incarnation de mon personnage.

Je l'ai écouté attentivement jusqu'à la fin, touché et ému qu'un spectateur prenne le temps de m'expliquer son insatisfaction. De plus, il avait absolument raison! Je lui ai souri et j'ai admis humblement que j'avais oublié que mon rôle sur scène est d'être Fredolini. Je lui ai donc fait une proposition, soit celle d'avoir un laissez-passer pour revenir chaque jour et me faire un compte-rendu... bref de me donner ses indications scéniques. À l'ultime représentation, Monsieur Lyes s'est finalement exclamé en me disant : « Bravo Fredolini, tu es un clown, et aujourd'hui tu m'as fait rire! » C'était la consécration, rien de moins!

Il paraît que la vérité sort de la bouche des enfants. Je peux vous le confirmer.« Qui n'a pas d'enfant n'a pas de lumière dans les yeux. » dit un magnifique proverbe persan qui signifie que les enfants sont source de bonheur dans la vie de tout un chacun. Et des clowns... également.

Aujourd'hui, Lyes est en 2e année au cégep André-Laurendeau, en sciences humaines. Il a toujours l'intention de devenir avocat. Tous auraient pu le prédire; et je suis fier de lui.

Note de l'auteur Je me lance dans un projet particulier, lequel nécessite le plus grand investissement qui soit dans mon cas, celui de l'humilité. Chaque dimanche, je publierai sur mon blogue au Huffington Post Québec un texte autobiographique. Parfois, les récits et les anecdotes pourront paraître invraisemblables. Mes histoires choisies, elles, seront vraies. En fait, tout sera dans la manière que j'aurai de vous raconter ces petits bouts d'existences, d'observations et de perceptions. En les écrivant, c'est un peu comme si je les conservais dans une capsule temporelle, afin de ne rien oublier. Juste au cas. Traduites dans plus d'une vingtaine de langues grâce à des collaborateurs, elles seront également diffusées via mon site fredolini.com et sur ma page Facebook. Ensuite, ces textes seront regroupés et publiés sous forme de livre. C'est donc une fabuleuse aventure toute en écriture que j'entreprends. J'espère qu'elle saura toucher le cœur des gens, surtout le vôtre. C'est donc un rendez-vous!

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