LES BLOGUES
16/05/2016 10:05 EDT | Actualisé 18/05/2017 05:12 EDT

St'une fois un «humoriste», un «newfie», un «nègre», pis une «plotte»...

St'une fois un «humoriste», comprends-tu... Il a lancé un débat sur la qualité en humour, et sur les devoirs qui accompagnent ses droits. Faque, il a vendu moins de billets, pis il travaille maintenant chez Tim Hortons.

«St'une fois un newfie...»

Ah ben, comment ça se fait que ça fait un bout que j'entends plus de blagues de newfies?

«St'une fois un nègre...»

Ah ben, comment ça se fait que ça fait un bout que j'entends plus de joke de nègres?

«St'une fois une plotte...»

Et ainsi de suite.

C'est de la censure! Vraiment? Non.

C'est juste que les «faiseux de blagues» ont sûrement fini par se dire, par se rendre compte, que c'était usé à la corde.

À moins que cela ne s'appelle pas de l'humour, mais plutôt de l'intimidation, la ligne est mince.

Je suis totalement en faveur de la liberté d'expression. Le problème, c'est le public qui suit ce genre d'humour douteux. Mike Ward a un humour très douteux, c'est son droit, mais les esprits sots en profitent pour sortir de leurs trous et intimider ceux qui ont déjà de gros obstacles devant eux.

L'intimidation, c'est quand une personne utilise sa force pour blesser, faire peur, exclure ou insulter quelqu'un. Il s'agit toujours d'un acte délibéré et généralement répété... On dit également que l'intimidation n'est jamais acceptable, même si l'auteur peut penser ou dire que c'est une blague.

J'espère que non, parce que là, ce serait moins drôle. J'ai vu une affiche qui disait que l'intimidation ce n'était pas bien. Ça me prend une affiche, un hashtag, une application pour modifier pendant quelques jours ma photo de profil sur Facebook pour m'assurer de faire partie de la gang. Sinon, j'aurais dû utiliser mon libre arbitre, je me serais questionné sur la pertinence et la conséquence de mes choix de mots. Ce n'est pas agréable de réfléchir, ça fait mal.

Tiens. Comme le «tarla» dans le vestiaire de gym au secondaire qui tordait sa serviette pour fouetter le moins populaire de la classe, pour ensuite éructer son cri primal de candidat soufflé et tatoué d'Occupation Double. Tout le monde riait. Parce que c'est tellement plus drôle de faire partie de la masse, question de ne pas être le prochain ciblé. Parce que si c'était le cas, soudainement, la même supposée blague ne serait plus aussi drôle.

Non seulement la soi-disant liberté d'expression bafouée ne s'applique plus s'il s'agit de moi, mais elle est à deux vitesses. Le critère est très scientifique: soit on fait partie du groupe, soit on en est exclus. Les mêmes qui s'indignent de la soi-disant censure des pauvres «humoristes» sautent à pieds joints pour interdire cette même liberté à un Dieudonné, sur les réseaux sociaux. Eh oui, je le sais que Guy Nantel (un «humoriste» que je respecte et que j'adore) a défendu Dieudonné.

À titre de comparaison, il y a des artistes musicaux francophones qui n'auraient pas vu le jour et survécu sur les ondes radiophoniques, n'eût été le quota imposé par le CRTC. C'est bien, la protection de la culture et de la langue, c'est essentiel même. Toutefois, j'offre 10 $, à celui qui est capable de me donner une troisième «toune» du groupe Nuance, sans googler.

Il en va de même pour plusieurs «humoristes». S'il y avait des groupes ou des chanteurs de «quotas», il y a des humoristes de forfaits d'abonnement de programmation en salle. S'ils étaient de réels électrons libres dans un marché plus que saturé des spectacles d'humour, leur seule valeur serait presque le coût d'impression du billet. Les forfaits, ça contrecarre la sélection naturelle. Ça permet aussi les découvertes, certes.

Est-ce méchant? Non. St'une joke. Capote pas. T'es ben moumoune, «l'humoriste».

Parce que ta soi-disant soif de liberté d'expression est trop soudaine et mise en scène à mon goût. C'est la nouvelle expression à la mode, comme les mots malbouffe, selfies et #JesuisCharlie.

Parce qu'elle affecte ton portefeuille. Sinon, tu aurais sûrement eût l'occasion d'être réellement de ces divers débats d'opinions, tel que décrit dans le texte de Natasha Tutino: J'ai un sale motton sur le coeur. Il est temps de dire les choses.

St'une fois un «humoriste», comprends-tu...

Il a lancé un débat sur la qualité en humour, et sur les devoirs qui accompagnent ses droits.

Faque, il a vendu moins de billets, pis il travaille maintenant chez Tim Hortons.

Soudainement, c'est moins drôle. Tout simplement parce que ma liberté s'arrête là où tu commences ton intimidation.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Galerie photo Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost Voyez les images

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter