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09/03/2018 09:00 EST | Actualisé 09/03/2018 10:16 EST

Rire du physique d’une personne transgenre est le résultat d’une réflexion pauvre

Comment pouvons-nous prétendre vouloir enrayer l'intimidation dans nos écoles, alors que l'intimidation et la discrimination la plus mesquine sont présentes dans nos médias?

mattjeacock via Getty Images

Monsieur Beaudry,

Journal de Montréal,

D'abord, l'ignorance est un problème grave de notre société, une infection dangereuse, qui est néanmoins curable. Malgré tout, l'ignorance n'est pas le réel problème, même si je trouve désolant, choquant et aberrant de lire un texte aussi inutile, honteux et rempli de propos discriminatoires, on ne peut déverser notre haine contre l'ignorant.

Par contre, il est légitime de se lever contre celui qui fait la promotion de l'ignorance dans le but de répandre la haine, puisque la haine fait monter les chiffres d'affaires. Un journal qui s'empresse de publier des histoires tristes d'adolescents s'étant suicidés, pour par la suite faire une série d'articles sur l'intimidation, mais qui étrangement décide de publier une opinion qui stigmatise un groupe déjà fragilisé par notre société.

Vous allez nous parler de liberté d'expression pour vous défendre, alors je vais vous parler de statistiques.

Dans la communauté transgenre, selon ATQ- Aide aux trans du Québec, 78% des trans rapportent avoir été victimes de harcèlement verbal, 48% victimes d'une agression armée ou sexuelle, 70% ont déjà pensés au suicide et 33.3% des jeunes trans ont fait une tentative de suicide.

Ces statistiques font peur, elles sont extrêmement tristes. Comment un Journal lu par autant de lecteurs peut-il acquiescer de publier un article qui fait la promotion de la haine et de la discrimination en se cachant derrière l'humour (pas drôle du tout), quand il devrait au contraire travailler à l'inclusion de cette magnifique communauté ?

Les transgenres sont des personnes dont le genre ne correspond pas à celui qui leur a été assigné à la naissance, pour arriver à se sentir bien et en accord avec leur physique, ils doivent passer par plusieurs étapes qui sont éprouvantes et difficiles.

Rire du physique d'une personne transgenre est le résultat d'une réflexion pauvre. Les transgenres sont des personnes dont le genre ne correspond pas à celui qui leur a été assigné à la naissance, pour arriver à se sentir bien et en accord avec leur physique, ils doivent passer par plusieurs étapes qui sont éprouvantes et difficiles. Souvent, la transition s'avère plus lente qu'espérée. L'attente pour avoir accès à un endocrinologue ou un médecin de famille qui se spécialise dans ce genre de transition est interminable. Cependant, quand ceux-ci font le choix de commencer cette transition, c'est qu'ils n'arrivent plus à vivre en harmonie avec ce corps biologique qui ne les représente à aucun niveau. De plus, les transitions sont couteuses et l'hormonothérapie pour ceux et celles qui vont vers cette option peut souvent s'avérer difficile avec ses effets secondaires et l'attente des résultats désirables de celle-ci dans le cheminement.

Alors quand on se permet de rire de ce parcours difficile physiquement et émotionnellement, on rend légitime que la population hétéronormative stigmate la communauté trans, on rend légitime que les employeurs refusent d'engager des personnes transgenres, que des personnes transsexuelles qui sont entrepreneur perdent des clients, des contrats, on rend légitime que notre société n'accepte pas la marginalité.

Le plus triste est que notre société ne veut pas le bien de chacun, que le bien-être légitime et respectueux de chaque être humain ne soit pas une priorité.

Le plus triste est que notre société ne veut pas le bien de chacun, que le bien-être légitime et respectueux de chaque être humain ne soit pas une priorité. Comment pouvons-nous prétendre vouloir enrayer l'intimidation dans nos écoles, alors que l'intimidation et la discrimination la plus mesquine sont présentes dans nos médias? Quel message envoyons-nous aux jeunes générations, mais aux plus vieilles également ?

Il est temps que nos institutions éduquent la population cisnormative.

Dans le cadre du reportage Trans.com, le HuffPost Québec a laissé la parole à trois personnes trans dans le but de comprendre leurs démarches, et plus précisément l'apport d'internet et des réseaux sociaux dans celles-ci.