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02/09/2013 06:00 EDT | Actualisé 02/11/2013 05:12 EDT

La controverse de la Charte ou le syndrome Miley Cyrus

Après le calme vient la tempête...

Comme si personne ne s'y attendait, le débat provoqué sur cette Chartre des valeurs québécoises vient soulever des passions enflammées comme on n'en a jamais vu depuis la grève étudiante de l'an dernier. Après une relative accalmie troublée seulement par la tragédie de Lac-Mégantic et les scandales financiers de nos élus municipaux et sénateurs, notre société est redevenue largement polarisée. D'un côté, nous avons les partisans de cette Chartre que sont les péquistes, les tenants d'une laïcité ferme et tous ceux qui veulent défendre farouchement leur héritage franco-catholique dont une bonne majorité de Francophones. De l'autre côté, nous avons les libéraux, les solidaires, les minorités que sont les Anglophones et les communautés culturelles ainsi qu'un grand nombre d'intellectuels qui, au contraire, dénoncent cette Chartre comme discriminatoire. D'un côté, on invoque le devoir de protéger sa culture contre ce qu'on appelle les «accommodements déraisonnables» des gens venus d'ailleurs. De l'autre, on qualifie cette Chartre de pure violation des droits et libertés causée par un Québec devenu trop sensible et «fermé» à la mondialisation. Bref, chaque camp accuse l'autre de tous les surnoms inimaginables et de tous les malheurs du monde.

Mais ce dont tant les partisans que les opposants ne se rendent pas compte, c'est que cette Charte n'est rien de moins qu'une pure stratégie électorale de la part du PQ dont l'objectif est de provoquer. Laissons de côté les cris de vierges offensées que sont Bernard Landry et Justin Trudeau et penchons-nous sur ce cirque médiatique digne d'une prestation de Miley Cyrus.

Ça fait maintenant un an que le PQ gouverne le Québec. Depuis leur élection le 4 septembre 2012, ils ont accumulé les promesses non tenues, trébuché sur des dossiers épineux et reculé sur des décisions controversées. La grogne populaire s'est manifestée lorsqu'ils ont coupé dans le bien-être social, les services et soins de santé ainsi que dans la recherche universitaire. Le pire, ils se sont attiré les moqueries à l'international à cause de la croisade anti-anglaise de l'OQLF. Tous ces zigzags improvisés ont fait augmenter leur cote d'impopularité auprès de la population qui sent que le parti qu'elle a porté au pouvoir pour nettoyer la corruption accumulée sous les libéraux ne sait vraiment pas où aller. Une situation grave qui pourrait facilement éjecter les péquistes de leur trône dans une hypothétique élection prochaine.

Et là soudainement surgit une idée qui va les sauver de la noyade. Puisque les Québécois doivent absolument oublier leurs gaffes et que la peur de l'anglais ne fonctionne plus aussi bien qu'auparavant, faisons-leur ressurgir le mauvais souvenir de la Commission Bouchard-Taylor. Répandons cette atmosphère de «crise» qui a tant profité à l'ADQ de Mario Dumont en 2007. Présentons-nous comme les seuls capables de «protéger» la laïcité québécoise et provoquons les minorités avec notre projet de Charte des «valeurs québécoises». Et hop! Le tour est joué. Notre cote de popularité remonte en flèche!

Ce dont la très grande majorité des partisans et opposants ne sont pas conscients - mais qu'une poignée d'intellectuels a très bien cerné - c'est qu'il est à 100% certain que ce projet de Charte sera rejeté par tous les tribunaux, tant par les cours provinciales au Québec que par la Cour Suprême du Canada. Je suis même sûre à 100% que les péquistes savent que la Chartre des valeurs québécoises n'existera jamais et que, si elle existe, aura des conséquences désastreuses à long terme comme la mise à pied de milliers de travailleurs ainsi que des pertes en millions de dollars de frais juridiques.

Alors pourquoi le PQ agit-il ainsi? Pour deux raisons, dont l'une à court terme et évidente et l'autre à long terme et à probabilité mitigée.

La première raison, je viens juste de la décrire : c'est de faire oublier aux Québécois les bourdes monumentales commises pendant leur première année au pouvoir et revenir à la première place dans les intentions de vote si une élection se prépare à l'horizon.

La deuxième raison, c'est de provoquer des réactions négatives de la part des minorités ethniques et du Canada anglais. C'est dans ce piège tendu par le PQ que la plupart des opposants sont tombés, dont particulièrement Justin Trudeau, un futur premier ministre du Canada idéal pour le défier lors d'un troisième référendum sur la souveraineté. Pourquoi donc pas Stephen Harper? Réfléchissez. À part l'électorat péquiste (et peut-être caquiste), le seul autre électorat d'accord avec ce projet de Charte est... conservateur! Comme quoi les prétendus «gardiens» de l'identité québécoise s'entendent très bien avec ceux de la monarchie britannique au détriment des éléments les plus progressistes de la société canadienne et de nos citoyens allophones qui, encore une fois, deviennent les boucs émissaires de leurs caprices.

Au final, personne ne gagnera dans cette crise créée de toute pièce. Les partisans verront leur Charte reléguée à la poubelle par les instances juridiques tandis que les opposants s'apercevront qu'ils ont, malgré eux, donné un quinze minutes de gloire à cette Miley Cyrus que représente le gouvernement. Un gouvernement qui vient, encore une fois, dresser des murs entre Québécois de toute langue, religion ou origine. Malheureusement, l'être humain n'apprend jamais et le cycle se répète...

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