LES BLOGUES
23/11/2016 05:47 EST | Actualisé 23/11/2016 05:47 EST

On marche sur la tête ? Non, vous êtes sur la planète Éducation...

Dans le système actuel où l'on constate que les enfants reconnus comme handicapés peinent à recevoir des services, imaginez à quels services ont droit les enfants qu'on vient de repérer en difficulté?

Eh oui, l'automne est arrivé après un bel été passé trop vite! Qui dit automne, rentrée scolaire, dit changement de classe... Et dit aussi source d'inquiétude pour certains parents d'enfants en difficulté.

Je pense par exemple aux enfants ayant un trouble du langage, du spectre de l'autisme, à ceux affectés par une déficience intellectuelle, des problèmes de santé mentale, des troubles du comportement, des troubles d'apprentissage ou tout autre problème qui les empêche d'apprendre à lire, écrire, compter, communiquer et participer à la vie sociale aussi vite et facilement que les autres.

Les parents de ces enfants se posent chaque année la question suivante : à quels services mon enfant aura-t-il droit? Du soutien pour l'intégration en classe régulière? Une scolarisation en classe spéciale? Des services d'orthophonie, de psychoéducation, de psychologie? Le soutien d'un TES (éducateur)? De l'orthopédagogie? Autant de questions que de réponses diverses et variées selon la commission scolaire, voire même l'école!

Pourtant, en 2000, le Ministère de l'Éducation a adopté une politique de l'adaptation scolaire (Une école adaptée à tous les élèves), puis en 2007, est parue une mise à jour concernant L'organisation des services éducatifs aux élèves à risques ou aux élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage pour permettre «d'intervenir rapidement dès les premières manifestations des difficultés». En bref, ce document explique quelles sont les règles auxquelles les écoles et commissions scolaires sont soumises par la Loi, les différentes politiques concernant l'éducation de ces élèves différents, et brièvement comment le Ministère de l'Éducation finance leur scolarisation.

Première chose à savoir, tous les codes de difficulté ou handicap ne se valent pas, ce qui semble logique, mais certains ne «rapportent» rien de plus. Ce qui est tout de même étrange! Certains enfants sont reconnus comme ayant une difficulté freinant leurs apprentissages et comme ayant besoin de soutien pour réussir, mais la commission scolaire ne reçoit pas de financement supplémentaire spécifique du Ministère. C'est le cas pour les élèves ayant une déficience intellectuelle légère, un trouble du comportement ou la catégorie fourre-tout de prédilection : difficulté d'apprentissage. Pour ces élèves, la commission scolaire reçoit un montant équivalent à un pourcentage des élèves, quel que soit le nombre réel d'élèves en difficulté. Même si ces enfants ont pour la plupart des besoins de services professionnels, les sommes reçues par les commissions scolaires sont insuffisantes et celles-ci doivent piger dans certains budgets généraux pour offrir ces services, si elles le peuvent... Car ces dernières années, ces budgets ont grandement écopé de l'austérité imposée par le gouvernement.

Comble de l'ironie, dans le document de 2007, il est mentionné que «le Ministère a introduit la notion d'élèves à risques et aboli la déclaration des élèves en difficulté, afin de s'assurer que tout élève rencontrant certaines difficultés dans son parcours scolaire fera l'objet d'une attention particulière, sans qu'il soit nécessaire de le reconnaître comme un élève handicapé ou en difficulté.»

Dans le système actuel où l'on constate que les enfants reconnus comme handicapés peinent à recevoir des services, imaginez à quels services ont droit les enfants qu'on vient de repérer en difficulté? Eh bien, généralement pas grand-chose mis à part le droit d'attendre pour obtenir une évaluation professionnelle, selon les difficultés.

Difficile à dire de façon précise tant les disparités sont grandes à travers le Québec, mais généralement, les temps d'attente sont longs pour obtenir des évaluations à l'école faute d'y avoir assez de professionnels...

«Dommage, on aurait bien aimé aider votre enfant, mais les budgets sont de plus en plus serrés...» Vous comprenez ? Moi non !

De plus, pour que le Ministère distribue adéquatement l'argent aux commissions scolaires selon leurs élèves, il y a évidemment des procédures. La première est ce qu'on appelle «la déclaration de la clientèle». Au 30 septembre, chaque commission scolaire envoie au Ministère le nombre d'élèves scolarisés et ceux ayant des codes de difficulté ou handicap, les systèmes étant informatisés, cette opération est relativement simple.

Mais puisque le mieux est l'ennemi du bien, il y a ensuite la procédure de «validation de la clientèle» visant à valider la déclaration. Chaque commission scolaire doit justifier pour chaque élève handicapé admissible que l'argent est perçu, car l'élève est en situation de handicap et qu'il bénéficie de mesures d'appui. Cela demande aux professionnels concernés de remplir des formulaires, d'avoir des rapports récents, de décrire les incapacités et limitations, ainsi que les mesures d'appui offertes. Chaque dossier prend de longues heures à remplir, demande aux professionnels de consulter les intervenants (enseignants, éducateurs) etc. Vous savez désormais pourquoi votre enfant ne reçoit pas de services professionnels tout de suite dès la rentrée ! L'automne est consacré au montage des dossiers, envoyés au Ministère, puis ce dernier les analyse et rend une réponse en avril. Ensuite, il pourra dire combien il allouera à chaque commission scolaire.

Ne pourrions-nous pas demander au Ministère d'alléger la procédure de validation? Par exemple, en tirant au hasard les noms d'élèves handicapés et demander à la commission scolaire de justifier les conditions de ces élèves? Le Ministère attribuant les codes des enfants handicapés, n'a-t-il pas déjà accès à ces informations?

En plus de libérer du temps d'intervention aux professionnels dans les écoles, cela permettrait aussi d'alléger les procédures du Ministère et de faire quelques économies qu'on pourrait reverser aux écoles? La FPPE (Fédération des Professionnels de l'Éducation) remet en cause cette procédure administrative qu'elle qualifie «d'étape à éliminer».

De plus, les commissions scolaires, étranglées par les réformes budgétaires successives des dix dernières années, dénoncent souvent un manque de moyens financiers pour les élèves EHDAA et les sommes versées par le Ministère comme étant insuffisantes pour offrir les prises en charge nécessaires. Comment se fait-il que le Ministère soit si exigeant sur les critères d'obtention des fonds et la nécessité de mesures d'appui, sans pour autant permettre que celles-ci soient réellement mises en place?

Vous croyez que l'on marche sur la tête? C'est malheureusement bien souvent le cas sur la planète Éducation au Québec. Effectivement, ça ne va pas la tête.

Nous avons créé une pétition pour changer l'éducation, pour changer notre vision de la situation, pour que le Ministère rende des comptes sur sa gestion, pour permettre aux élèves une meilleure accessibilité aux services dont ils ont besoin pour réussir.

Avez-vous une minute pour montrer que l'avenir de ces enfants vous concerne? Car, définitivement, quelque chose ne tourne pas rond en éducation: www.cavapaslatete.ca

Ce billet de blogue est cosigné par Anne-Laure Gille, orthophoniste scolaire et François-Olivier Pinard-Herkel.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Galerie photo15 photos d'école ratées, mais totalement hilarantes Voyez les images

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter