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09/02/2017 06:33 EST | Actualisé 09/02/2017 06:33 EST

Les échecs du ministère de l'Éducation

Des milliers de jeunes ont vu leur avenir compromis par le laxisme honteux du ministère de l'Éducation, je m'étonne de voir que ce sera ce même ministère qui rédigera la nouvelle politique éducative censée améliorer la réussite des élèves.

Récemment, j'ai aperçu un article partagé sur facebook et après l'avoir lu, j'ai eu de la misère à m'endormir.

L'article relate le fait que deux commissions scolaires de l'Estrie permettent à des élèves ayant coulé des matières de passer au niveau suivant. On y résume une situation qui existe depuis longtemps et qui fait froncer les sourcils. L'article met de l'avant le fait que cette pratique serait principalement mue par des problèmes d'organisation scolaire. Figurez-vous que jusque-là, pour moi, ça allait. Ça allait probablement parce que ce n'était pas surprenant, car encore une fois, on avait là un triste exemple d'une latitude pédagogique probablement créée pour les cas d'exceptions, utilisée pour les mauvaises raisons. Le meilleur était malheureusement à venir.

À la toute fin, écrit presque tout petit, la journaliste mentionne une vérité tellement virulente, que je ne conçois pas encore qu'elle soit vraie : «Ni le ministère de l'Éducation ni la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke ne collige de statistiques concernant les échecs scolaires et le doublement des élèves du secondaire.»

Pardon!?

On est en train de me dire, tout bonnement, qu'il n'existe aucun suivi des échecs scolaires au Ministère et dans cette commission scolaire? Rien? Je reste encore incrédule.

En excluant le fait que selon moi, des milliers de jeunes ont vu leur avenir compromis par son laxisme honteux, je m'étonne de voir que ce sera ce même ministère qui rédigera la nouvelle politique éducative censée améliorer la réussite des élèves.

Ceci est terriblement dérangeant, d'autant plus que pour affirmer ça, l'auteure a dû faire les vérifications requises.

Comment le système scolaire est-il censé fonctionner alors? Pourquoi, dans ce cas, s'étonner que la réussite des élèves du système public ne soit pas à la hauteur des attentes, si on ne daigne même pas surveiller et comprendre les échecs? Comment planifier les interventions pour y remédier, si on ne connait ni son ampleur ni son origine?

Tristement, cette affirmation confirme ce dont je me suis plaint à la Protectrice du citoyen en novembre dernier: le Ministère ne remplit pas son mandat, pour ne pas dire «ne fait pas son travail», et ce laxisme compromet le développement de milliers d'élèves en difficulté qui ne sont pas en mesure de déployer leur plein potentiel. Cela perdure même depuis 8 ans, au moins. Je parle sans mâcher mes mots, car ces faits, je les ai vérifiés avec le Ministère lui-même. Il disposait depuis toutes ces années de solutions concrètes pouvant améliorer la réussite de ces élèves, mais savait aussi que la diplomation des élèves en difficulté, soit le quart des élèves au public (250 000 élèves), n'atteignait même pas les 50%. Un plateau loin d'être reluisant, qui n'est toujours pas atteint d'ailleurs... Pire, cette donnée est truquée à un niveau dont seul le ministre connaît l'étendue, car on y inclut la certification de programmes d'insertion professionnelle qui équivalent à peu près à une 2e secondaire. Ça explique le nombre croissant d'analphabètes fonctionnels...

Quand je dis que le Ministère ne fait pas son travail, je prétends qu'il ne remplit pas l'une des missions dont il s'est investi, c'est-à-dire: favoriser l'accès aux formes les plus élevées du savoir à toute personne qui en a la volonté. Car en fin de compte, la seule action de taille du Ministère à cet égard date de 2008: un Plan d'action pour soutenir la réussite des élèves handicapés ou en difficulté d'apprentissage ou d'adaptation. Un plan rempli d'actions qu'il n'a jamais pris la peine de suivre rigoureusement ou même d'évaluer, question de se réajuster, un peu comme les échecs scolaires et le doublement au secondaire. Comment le savais-je? Le Ministère, ou plus précisément, la Direction de l'adaptation scolaire me l'a confirmé.

Alors qu'a-t-il fait depuis tant d'années là-haut dans ses bureaux? Que connait-il de la réussite puisqu'il ne s'est jamais intéressé à l'échec? Que fera-t-il une fois la nouvelle politique instaurée et sur quoi va-t-elle se baser?

En excluant le fait que selon moi, des milliers de jeunes ont vu leur avenir compromis par son laxisme honteux, je m'étonne de voir que ce sera ce même ministère qui rédigera la nouvelle politique éducative censée améliorer la réussite des élèves.

Celle-ci influencera probablement l'éducation durant les 5 prochaines années, ne serait-il pas alors plus judicieux d'en confier la rédaction à des personnes de différents horizons, déterminées par un consensus à l'Assemblée nationale? Cette nouvelle politique ne devrait-elle pas rendre un minimum de compte en respect avec la consultation publique qui s'est tenue cet automne?

Nous forgeons tous l'avenir du Québec et l'occasion est belle de changer notre manière d'aborder l'éducation, côté politique et citoyen. Je vous encourage donc à vous questionner et à vous impliquer comme moi, car c'est notre affaire à tous. La semaine est idéale pour remettre les pendules à l'heure, le contexte aussi d'ailleurs.

Si vous voulez consulter ma plainte, elle est ici et est présentement étudiée par la Protectrice du citoyen.

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