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05/11/2018 15:57 EST | Actualisé 05/11/2018 16:18 EST

Quand les chiens aboient et que la caravane passe....

Dans les situations de crises actuelles, plusieurs dirigeants du Moyen-Orient et d'autres voudront cadenasser leur pouvoir, sous prétexte de stabilité et du bien public.

«Le Yémen est aujourd'hui un enfer sur Terre, non pas pour 50 à 60% des enfants, c'est un enfer sur Terre pour chaque garçon et fille au Yémen», a déclaré récemment le directeur de l'Unicef pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, Geert Cappelaere.
Hani Mohammed / ASSOCIATED PRESS
«Le Yémen est aujourd'hui un enfer sur Terre, non pas pour 50 à 60% des enfants, c'est un enfer sur Terre pour chaque garçon et fille au Yémen», a déclaré récemment le directeur de l'Unicef pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, Geert Cappelaere.

Les chiens aboient, la caravane passe. Ce vieil adage s'applique à plusieurs dirigeants actuels au Moyen-Orient. Le cas le plus récent est celui du prince héritier d'Arabie saoudite Mohamed Bin Salman, dit MBS, qui, presque certainement derrière l'assassinat crapuleux de l'opposant Jamal Khashoggi, ne semble ni menacé de l'intérieur du royaume, du moins pour l'instant, et fort peu de l'extérieur.

Bien sûr, plusieurs dirigeants internationaux, y compris Justin Trudeau, ont exprimé leur condamnation de façade, mais sans véritables répercussions jusqu'à maintenant, y compris sur les ventes d'armes.

Pour détourner l'attention et lancer une bouée de sauvetage à leur protégé, les États-Unis appellent à des négociations dans un délai d'un mois pour mettre un terme au tragique conflit au Yémen, mené par l'Arabie saoudite. Les Nations Unies ont fait de même, après avoir tenté sans succès en septembre dernier d'organiser des pourparlers de paix à Genève.

«Le Yémen est aujourd'hui un enfer sur Terre, non pas pour 50 à 60% des enfants, c'est un enfer sur Terre pour chaque garçon et fille au Yémen», a déclaré récemment le directeur de l'Unicef pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, Geert Cappelaere. Selon ce responsable, 1,8 million d'enfants âgés de moins de 5 ans sont en situation de «malnutrition aiguë».

«Toutes les dix minutes, un enfant meurt en raison de maladies qui pourraient être évitées»Geert Cappelaere

On ne peut que saluer ce récent sursaut humanitaire de l'administration Trump, mais cette dernière est-elle vraiment disposée ou même capable d'exercer les pressions nécessaires sur Riyad? Et si l'Iran est derrière la rébellion houthiste, comme Washington le prétend, quel intérêt le régime des mollahs aurait-il à aider les Américains et l'Arabie saoudite, alors que Washington réimpose une batterie de sanctions contre Téhéran? Un autre dossier plein de contradictions qui n'ira sans doute nulle part pour un bon bout de temps et qui continuera de faire son lot de victimes civiles innocentes et de destructions.

Le dicton mentionné plus haut concerne aussi les potentats à Damas et au Caire. En Syrie, Bashar al Assad a complètement détruit son pays et tué un demi-million de ses propres citoyens jusqu'à maintenant. Il a repris le contrôle d'une bonne partie du territoire, mais il règne désormais sur un amas de ruines. Il dépend totalement de ses alliés russes, iraniens et le Hezbollah libanais, mais il est toujours à la tête du pays.

Encore là, la communauté internationale s'est égosillée au cours des dernières années, mais les massacres et le gazage des populations se sont accumulés.

On peut bien sûr accuser la Russie d'avoir bousillé les efforts des Nations Unies en exerçant son droit de veto au Conseil de sécurité, mais encore.... Les Américains ne seraient pas intervenus de toute façon pour renverser le régime. Quant aux autres pays occidentaux, ils se sont joints à une coalition contre le groupe État islamique, en Iraq et en Syrie, en grande partie parce qu'il s'attaquait directement à eux en multipliant les attentats ou en les inspirant en France, Royaume-Uni ou ailleurs.

En ce qui concerne le président al Sissi en Égypte, il emprisonne et censure à tour de bras. La répression est plus dure qu'à l'époque de son prédécesseur, Hosni Moubarak. Il semble avoir carte blanche et les capitales occidentales préfèrent regarder ailleurs. La France et d'autres pays ne se gênent pas pour engranger les fruits de ventes d'armes. En retour de l'aide financière saoudienne à son pays, le «raïs» égyptien appuie sans réserve MBS dans ses décisions internationales et l'Égypte participe à la «coalition» militaire aux côtés de l'Arabie saoudite, au Yémen.

Le dicton mentionné plus haut correspond bien à d'autres dirigeants de la région, le président turc, le premier ministre israélien Netanyahu, etc. Tout ce beau monde a fait le constat que, dans la période actuelle, avec certains dirigeants de pays majeurs pour qui la défense des droits de la personne ne veut plus dire grand-chose ou qui en font une interprétation flexible, les chiens aboient de moins en moins...

S'ajouteront au chaos actuel les conséquences calamiteuses liées aux changements climatiques, l'augmentation des populations et de la pauvreté.

Au Moyen-Orient, les appels des Nations Unies et d'organisations internationales pour l'application des règles élémentaires du droit humanitaire international restent lettre morte. On bombarde les hôpitaux, les ambulances, les écoles. Les enfants sont torturés. On viole les femmes. Cette tendance ne devrait pas se résorber de sitôt, malheureusement.

S'ajouteront au chaos actuel les conséquences calamiteuses liées aux changements climatiques, l'augmentation des populations et de la pauvreté. Sans oublier la diminution ou la fin de la manne pétrolière qui laissera d'importantes séquelles.

Avec pareil scénario ces dirigeants et d'autres voudront cadenasser leur pouvoir, sous prétexte de stabilité et du bien public. Et ce ne sont pas les dirigeants nationalistes à la sauce Trump qui leur en tiendront rigueur, alors qu'ils font la même chose à coups de mensonges et de manœuvres politiques.

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