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04/02/2019 09:11 EST | Actualisé 04/02/2019 09:20 EST

Politique étrangère canadienne: l'image, ça compte aussi!

Force est de constater que les crises récentes avec l'Arabie saoudite et la Chine auront, bien involontairement sans doute, remis le Canada sur la carte.

Paul Chiasson/The Canadian Press via AP
Après plus de trois années de pouvoir libéral, beaucoup d'observateurs locaux cherchent encore une quelconque stratégie canadienne en matière de politique étrangère.

La déclaration du premier ministre Trudeau en début de mandat, voulant que le Canada soit de retour sur la scène internationale après les ternes années Harper, vient le hanter régulièrement.

En effet, après plus de trois années de pouvoir libéral, beaucoup d'observateurs locaux cherchent encore une quelconque stratégie canadienne en matière de politique étrangère. Il y a eu bien sûr la renégociation forcée de l'accord de libre-échange avec le Mexique et les États-Unis et d'autres textes à saveur commerciale. Le pays contribue, pour peu de temps, à la force de paix des Nations unies au Mali et nous menons une campagne plutôt discrète pour un siège au Conseil de sécurité. Mme Freeland, la ministre responsable, défend une diplomatie plus féminine et notre aide au développement est aussi davantage ciblée.

Ce bilan apparait cependant plutôt mince. Et c'est ce que retiennent en général ceux qui commentent la politique étrangère canadienne.

Ceci dit, il y a une autre dimension que l'on doit considérer.

En effet en y regardant de plus près, force est de constater que les crises bilatérales récentes avec l'Arabie saoudite et la Chine auront, bien involontairement sans doute, remis le Canada sur la carte et permis de conforter à l'échelle internationale notre image traditionnelle et sans doute celle qu'un grand nombre de Canadiens et Québécois veulent qu'elle soit: un pays ouvert, défenseur des droits de la personne, du multilatéralisme, de la démocratie libérale et de la règle de droit.

Dans un monde de plus en plus compétitif, les diplomates et autres praticiens des affaires internationales savent que la bonne réputation d'un pays contribue à aller chercher des investissements, de bons immigrants et des votes dans les forums mondiaux. Je n'aimerais pas être dans les souliers des diplomates américains ces temps-ci, par exemple...

En ce sens nous sommes de retour.

En quelques semaines seulement, l'actualité a fait sans doute davantage pour faire connaître positivement le Canada que des années de diplomatie publique et des millions de dollars donnés à des consultants!

Notre pays fait rarement les manchettes des médias internationaux, mais dernièrement on en parle plus et notre réputation est fort bonne. On le constate quand on voyage à l'étranger.

Alors que des nations se tournent vers le populisme et des dirigeants opportunistes et incompétents, le Canada est vu sur la scène mondiale comme étant un havre de décence et d'opportunités. Sans être parfait bien entendu.

Les suites du tweet demandant la libération de détenues en Arabie saoudite et l'accueil fait à la jeune réfugiée saoudienne Rahaf Mohammed ont permis de remettre en lumière la situation déplorable des femmes dans cette monarchie. Les autorités saoudiennes avaient jeté de la poudre aux yeux à l'Occident en leur donnant le droit de conduire, mais voilà que la réalité est toute autre. De plus, on apprenait en même temps que ces mêmes dirigeants n'hésitaient pas à assassiner un opposant, de manière barbare.

Il faudra du temps pour remettre la relation bilatérale sur les rails et des contrats auront été perdus, mais la vraie nature de l'Arabie saoudite est apparue et elle est révélatrice. Se voulant leader du monde arabe elle n'a que son argent et l'appui de l'administration Trump pour s'en prévaloir. Son comportement totalement inacceptable au Yémen est un autre cas d'espèce.

En ce qui concerne le dossier de la dirigeante de Huawei arrêtée à Vancouver, il a forcé Pékin de s'afficher comme une nation preneuse d'otages et de démontrer que sa gestion des relations internationales est troublante pour nos démocraties.

Tout cela justifiant les appréhensions avouées d'autres capitales et incitant des anciens ambassadeurs et experts sinologues à s'inquiéter publiquement dans une lettre aux dirigeants chinois.

Cette crise provoquée par une demande d'extradition américaine fait capoter des années d'efforts d'Ottawa pour cimenter les liens essentiels entre nos deux pays, mais elle permet de mettre en lumière les réalités d'un régime autoritaire et répressif qui, se servant de sa puissance économique, a des ambitions politiques globales. Or, il y trop d'intérêts en jeux entre nous pour que cet imbroglio soit irrémédiable. Il aura néanmoins servi de leçon, et pas seulement pour Ottawa.

Bien sûr, on pourra dire que réagir à des crises, souvent provoquées par d'autres, ne constituent pas une stratégie en soi, mais convenons que le Canada n'est pas le seul pays qui essaye de s'adapter aux nouvelles donnes créées par l'apparition du chaos washingtonien, le Brexit et la montée agressive de la Chine, notamment.

La diplomatie est aussi l'art de l'improvisation. Que dans ce contexte le Canada apparaisse comme le défenseur des valeurs humanitaires et d'accueil ainsi que de la démocratie libérale et d'une approche multilatérale sur la scène mondiale est une bonne nouvelle pour nous et ceux qui, à travers le monde, les partagent.

Elles ne sont peut-être plus à la mode, mais il faut les défendre pour assurer leur pérennité et notre avenir commun.

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