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01/03/2018 09:00 EST | Actualisé 01/03/2018 09:30 EST

Le Québec, le Chili et la poutine

Et si la poutine ne provenait-elle pas en fait d'un autre pays: le Chili?

Getty Images

Régulièrement le Québec se déchire sur ce grand débat de fond identitaire qui accapare les médias sociaux et autres. La poutine provient-elle de Victoriaville ou de Drummondville? Les discussions sont âpres et les défenseurs de l'une ou l'autre ville apportent leur lot de preuves, d'archives et de témoignages dignes d'un tribunal.

Plus récemment, le tout s'est élevé d'un cran. Le Canada peut-il revendiquer la poutine comme plat national? Même le prestigieux quotidien Globe and Mail en a traité dans ses pages. Certains commentateurs d'ici ont accusé le Canada anglais de faire du recel culturel. On reprenait presque la bataille des plaines d'Abraham...

On peut même se demander si le Parti québécois ne s'emparera pas de cette «patate chaude» (excusez le jeu de mots facile!) lors de la prochaine campagne électorale. Qui sait si la flamme nationaliste ne pourrait se ranimer grâce à notre fière poutine!

Au lieu de faire sauter les crêpes en tournée électorale verra-t-on peut-être les Lisée et autres distribuer notre saint plat national avec un petit drapeau québécois sur un morceau de fromage qui fait «skwish »? Et pour attirer le vote des diverses communautés, pourquoi pas de la poutine halal, kascher ou grecque?

Mais je m'apprête à jeter un pavé dans la mare... Et si la poutine ne provenait-elle pas en fait d'un autre pays: le Chili? Connaissez-vous la chorrillana ?

Et bien, c'est un plat fort populaire dans plusieurs régions de ce pays d'Amérique du Sud. Il ressemble à s'y méprendre à notre poutine. Et je suis sérieux. Sur une montagne de frites, on met de la viande (boeuf, poulet, rondelles de saucisse) avec un peu de fromage fondu sur le dessus et une couche d'oignons caramélisés. J'en ai dégusté une où l'on trouvait aussi deux œufs frits. Ce qui le distingue de notre version est l'absence de sauce et que les frites sont à la belge et non pas mollassonnes comme ici.

Loin de moi l'idée de dire que les Incas ou autres peuplades andines mangeaient une version plus simple de la poutine, mais encore?

Sachant que la pomme de terre n'était pas connue des conquistadores et qu'elle fut importée en Europe, du Pérou, je me suis alors demandé si en fait la poutine venait d'ailleurs qu'originalement penser. Loin de moi l'idée de dire que les Incas ou autres peuplades andines mangeaient une version plus simple de la poutine, mais encore? Même au Chili on se dispute le lieu d'origine de cette nourriture conviviale. Né à Valparaiso? Dans la capitale Santiago?

Évidemment, la question demeure: comment s'est-elle retrouvée ici?

Un immigrant français déçu de son séjour au Chili qui remonta vers une terre francophone? On retrouve en effet de nombreux Chiliens dont les origines sont françaises. L'ex-présidente Bachelet par exemple.

Un réfugié chilien fuyant la dictature de Pinochet et emportant dans ses valises la recette pour garder le lien avec la mère patrie? Et la partageant à Victoriaville ou Drummondville?

Évidemment d'aucuns revendiqueront que la poutine a fait le chemin inverse. Au Québec d'abord, puis au sud...

En voilà de belles questions pour un étudiant en thèse de doctorat... Le secret des Pyramides fait piètre figure avec celui de la poutine désormais.

Il y aurait, parait-il, une journée de la chorrillana à Santiago. Pourquoi pas une journée nationale de la poutine ici? En février ou mars pour remonter le moral de nos concitoyens déprimés par les hivers trop longs et les nids de poule montréalais? Fériée évidemment!

Une promesse électorale de plus?

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