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04/04/2018 09:00 EDT | Actualisé 04/04/2018 09:00 EDT

Politique étrangère canadienne: image ou substance?

Les prochains mois devraient permettre au premier ministre d'imposer une autre image.

On dit parfois que ce sont les chaussettes colorées ou thématiques du premier ministre qui attirent l'attention davantage que la substance de ses propos lorsqu'il est en visite hors du pays.
Chris Wattie / Reuters
On dit parfois que ce sont les chaussettes colorées ou thématiques du premier ministre qui attirent l'attention davantage que la substance de ses propos lorsqu'il est en visite hors du pays.

Beaucoup de commentaires négatifs ont été faits sur l'approche peu orthodoxe du premier ministre Trudeau lors de son récent séjour en Inde. Ce sont surtout les costumes que lui et sa famille ont portés qui ont fait tiquer les observateurs. On l'a accusé de faire de la politique ethnique et de chercher à obtenir le vote de la communauté indienne avant tout.

On dit parfois que ce sont les chaussettes colorées ou thématiques du premier ministre qui attirent l'attention davantage que la substance de ses propos lorsqu'il est en visite hors du pays.

Et si finalement Trudeau n'était simplement qu'en symbiose avec la société des médias sociaux et du manque de concentration de nos contemporains constamment bombardés de vraies et de fausses nouvelles?

Quel poids possède un programme politique et des idées réfléchies face aux émissions de télé-réalité?

Nos politiciens comme d'autres personnalités publiques doivent trouver un moyen d'attirer l'attention. La compétition est forte. Quel poids possède un programme politique et des idées réfléchies face aux émissions de télé-réalité?

Comment a été prise la décision de porter des vêtements à la mode indienne? Je ne saurais le dire. Je doute fort que nos services diplomatiques aient appuyé cette vision. Ce n'est pas une pratique usuelle et c'est le moins que l'on puisse dire... Elle aura cependant fait l'objet de nombreux reportages dans les médias canadiens et étrangers. Qu'on en parle en bien ou en mal, mais qu'on en parle?

Le président américain Donald Trump est un maître dans ce domaine. Il passe son temps à tweeter ou à faire des déclarations pour atteindre cet objectif. Quitte à mentir grossièrement et même de s'en vanter! Avec lui, pas d'autocensure. Il n'a aucune vergogne à attaquer de front ses opposants ou même des dirigeants de pays. Et il obtient autour de 40% de l'appui des Américains après un peu plus d'une année au pouvoir. Il faut le faire.

Loin de moi, l'idée que nos politiciens suivent cette voie. Il est réconfortant de constater que jusqu'à maintenant Trump ne semble pas faire d'émules. Il est à souhaiter que le phénomène reste à Washington, mais on peut craindre le contraire si jamais ce comportement lui apportait des succès électoraux. On trouve pas mal de politiciens démagogues dans des démocraties européennes ou ailleurs qui pourraient être tentés d'adopter ce type de stratégie pour garder ou prendre le pouvoir.

Au Canada, la visite en Inde restera sans doute dans les esprits et lors des prochaines élections les partis d'opposition s'en serviront contre le chef du parti libéral. Mais entre temps, ce dernier devrait avoir fait le plein de votes de la communauté indienne, importante pour des sièges en Colombie-Britannique, mais aussi dans la région de Toronto.

Il serait surprenant cependant de revoir la famille Trudeau s'habiller avec d'autres costumes nationaux...

Le premier ministre aura bientôt l'opportunité de se montrer sous un jour plus positif alors que le Canada présidera le sommet du G7 à Charlevoix les 8 et 9 juin prochain.

Le premier ministre aura bientôt l'opportunité de se montrer sous un jour plus positif alors que le Canada présidera le sommet du G7 à Charlevoix les 8 et 9 juin prochain. Il pourra porter les habits d'un dirigeant international sérieux et prendre de la hauteur.

Le défi ne sera pas facile alors que plusieurs thèmes à l'ordre du jour comme le libre-échange ou le changement climatique ne sont pas très populaires à Washington par les temps qui courent. M. Trudeau et son équipe devront faire preuve de doigté et de diplomatie pour éviter que le G7 projette une image de division et ne devienne un G7 moins 1.

Il ne faut pas non plus oublier notre campagne pour obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies en 2021. Pour y arriver, notre premier ministre devra proposer sur la scène internationale d'autres éléments de politique étrangère allant au-delà de la gestion de notre relation avec les États-Unis ou la question autochtone. L'annonce d'une participation canadienne à la force de paix des Nations Unies au Mali est un premier pas dans ce sens. Elle devra être suivie d'autres initiatives plus globales.

Les prochains mois devraient permettre au premier ministre d'imposer une autre image. Plus de substance et moins de superficialité. Il est à espérer qu'il profitera de ces occasions.

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