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12/01/2018 09:00 EST | Actualisé 12/01/2018 09:00 EST

L’islamophobie est-elle vraiment une phobie?

La critique de l'islam n'est pas une phobie.

Getty Images
C'est précisément le caractère de danger irréel qui distingue cliniquement la phobie de la peur.

Des musulmans demandent au gouvernement du Québec de créer une journée nationale contre l'islamophobie. Cette proposition suscite un vif débat au Québec.

Avant même d'attendre l'issue du procès de l'accusé, des personnes affirment que la tuerie du 29 janvier 2017 est liée à l'islam.

Et c'est là qu'un double discours apparaît.

Quand un musulman est l'auteur d'un massacre, des personnes nous disent: « Attention, ce n'est pas nécessairement lié à l'islam ». Quand des musulmans sont victimes d'un massacre, les mêmes personnes disent « Ces personnes ont été tuées fort probablement à cause de leur religion ».

Cela dit, je m'oppose à cette journée, car comme le dit Mathieu Bock-Côté, « le concept d'islamophobie est bancal et ne doit pas être consacré officiellement. »

Le suffixe « phobie » est utilisé pour former des mots servant à faire taire toute critique sur un sujet en associant la critique à un trouble de santé mentale, la phobie.

Le suffixe « phobie » est utilisé pour former des mots servant à faire taire toute critique sur un sujet en associant la critique à un trouble de santé mentale, la phobie. Pour la gauche, « phobie » ne désigne plus une aversion irrationnelle, mais le fait de critiquer leurs victimes fétiches.

Le terme « islamophobie » est le meilleur exemple de cette stratégie de bâillonnement (mais on pourrait aussi parler de la transphobie ou de la grossophobie, deux autres créations de la gauche cléricale). La gauche répète ad nauseam que les musulmans sont victimes d'islamophobie, ceux qui critiquent l'islam se font traiter systématiquement d'islamophobes, peu importe la rigueur de leur critique.

La gauche va aussi comparer la pseudo phobie de l'islam à une phobie qui a créé et qui crée encore des milliers de victimes : l'homophobie. C'est une imposture intellectuelle d'une profonde perversité.

La critique de l'islam n'est pas une phobie. Même l'hostilité à l'islam n'est pas une phobie. Selon Paul Denis, auteur de Les phobies (Presses universitaires de France, 2011), la phobie est une peur irraisonnée, irrationnelle, déclenchée par une circonstance sans danger. C'est précisément le caractère de danger irréel qui distingue cliniquement la phobie de la peur.

C'est précisément le caractère de danger irréel qui distingue cliniquement la phobie de la peur.

La peur de l'homosexualité et la haine des homosexuels sont intrinsèquement irrationnelles. Les homophobes ressentent du dégoût en voyant deux hommes s'embrasser, par exemple. L'homophobie est souvent accompagnée d'une hantise de contamination. Les psychologues peuvent expliquer ce dégoût en invoquant l'hypothèse que les homophobes sont des personnes à la masculinité peu assurée et qu'ils ont peur de leurs propres désirs homosexuels.

Je me souviens de cette scène du film Total Eclipse où l'on voit Arthur Rimbaud, personnifié par le jeune Leonardo DiCaprio, sodomiser vigoureusement Verlaine. C'était vers le milieu de ma vingtaine, avant que j'accepte ma propre homosexualité : je m'étais couvert les yeux pour ne pas voir. La scène m'avait dégoûté comme elle avait dégoûté le reste de ma famille. C'était une réaction homophobe, complètement irrationnelle. J'étais encore vierge et je fantasmais sur DiCaprio depuis des années.

Lorsqu'on parle d'homophobie, nous sommes bien dans le registre de l'irrationnel. Il y avait naguère des arguments religieux ou métaphysiques pour condamner l'homosexualité, mais leur nature religieuse ou métaphysique les discrédite sur le plan de la rationalité et on peut y voir une tentative de rationalisation du sentiment de dégoût irrationnel de leur auteur.

Aucune religion ne semble susciter une réaction de dégoût comme celle que certaines personnes peuvent éprouver face à l'homosexualité, les araignées ou les oiseaux.

Aucune religion ne semble susciter une réaction de dégoût comme celle que certaines personnes peuvent éprouver face à l'homosexualité, les araignées ou les oiseaux. Les réactions phobiques face à l'homosexualité, les araignées ou les oiseaux existent et sont documentées.

Mais la critique, voire la haine d'une religion, n'est pas une réaction nécessairement irrationnelle. Les arguments contre les religions peuvent respecter les plus hauts critères de la rationalité. Craindre la religion n'est pas plus irrationnel que de craindre les produits toxiques que l'on absorbe quand on respire un air pollué. Ce n'est pas une phobie, c'est l'émotion suscitée par un constat lucide et nécessaire.

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