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16/02/2018 09:00 EST | Actualisé 16/02/2018 09:00 EST

Les cégeps sont une richesse!

La volonté d'arrimer l'éducation aux changements dans l'économie a démocratisé l'accès à la culture.

jakkaje808 via Getty Images

Il y a 50 ans, la nécessité d'adapter le système d'éducation québécois au marché de l'emploi transformé par l'industrialisation du Québec a conduit à la création des cégeps et à la démocratisation de l'accès à la culture. Les cours de philosophie et de littérature, qui font partie de la formation générale, servent à ouvrir les élèves sur le monde de la vie intellectuelle et littéraire.

Mais on s'éduque avant tout pour pouvoir bien gagner sa vie. Le rapport Parent, qui a recommandé la création des cégeps au gouvernement québécois et qui est encensé par ceux qui s'opposent à l'adaptation des programmes d'enseignement au marché de l'emploi, parle constamment d'adaptation du système d'éducation à l'industrie. C'est le but premier de la création des cégeps : former les travailleurs qui manquaient en très grand nombre à l'époque, afin de rattraper le retard industriel du Québec.

Avant le rapport Parent, nous avions les collèges classiques, qui offraient surtout une formation générale (lettres, rhétorique, philosophie théologie, etc.) et des écoles de métiers. Avec l'industrialisation, l'économie québécoise avait besoin de techniciens spécialisés, plus formés que ce que pouvaient produire les traditionnelles écoles de métier.

Avec l'industrialisation, l'économie québécoise avait besoin de techniciens spécialisés, plus formés que ce que pouvaient produire les traditionnelles écoles de métier.

C'était une façon d'améliorer les conditions de vie des gens, car les employés d'usines étaient souvent exposés aux aléas du marché, tandis que les techniciens obtenaient des emplois généralement plus stables.

Il fallait aussi combler les demandes d'emploi du secteur tertiaire pour que le Québec ne sombre pas dans la pauvreté. Le Québec était en retard, pensons seulement à la ruine de l'économie de la ville de Saint-Jérôme dans les années 1970.

Parent avait anticipé qu'on aurait 80 % d'emplois dans le secteur tertiaire, d'ici la fin du 20e siècle, or nous étions à environ 75 % en 2001.

Le rapport Parent avait anticipé le développement économique du Québec en se basant sur les analyses des économistes. Une approche qui ferait sortir les syndicats de leurs gonds aujourd'hui.

Heureusement que des économistes ont été consultés lors de la rédaction du rapport Parent, car sinon le Québec serait aujourd'hui encore plus en retard par rapport aux autres provinces.

Il a donc été décidé d'abolir les collèges classiques. Pour que l'Église catholique accepte, on a créé quatre cours de philosophie obligatoires (ainsi que des cours de littérature, notamment) pour que les professeurs des collèges classiques puissent continuer d'enseigner. C'était presque l'affaire du XXe siècle dans le domaine de l'éducation au Québec.

Ce compromis avec l'Église fût très avantageux : grâce aux cégeps, les gens du secteur technique ont accès à une culture qui était réservée, à l'époque des collèges classique, qu'à une élite très privilégiée. La volonté d'arrimer l'éducation aux changements dans l'économie a démocratisé l'accès à la culture.

À l'époque, la gauche avait décrié les cours de philosophie, les accusant de promouvoir la pensée unique. Aujourd'hui, les enseignants de gauche qui défendent la formation générale ne formulent aucune critique substantielle de la formation générale actuelle et plaident généralement pour le statu quo, comme s'il était dangereux pour leurs emplois de proposer des améliorations. Mon hypothèse est qu'ils ne veulent pas qu'on modifie la formation générale, car cela pourrait modifier le marché de l'emploi en enseignement. Il semble que, pour eux, arrimer la formation générale au marché de l'emploi est inacceptable, sauf s'il s'agit d'emplois en enseignement.