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02/12/2018 06:00 EST | Actualisé 04/12/2018 10:02 EST

Une santé mentale à risque durant le temps des Fêtes?

Selon un un mythe populaire, cette fête tant attendue par les enfants serait, pour les adultes, une période de stress qui peut fragiliser l’équilibre mental. Qu'en est-il vraiment?

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Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les études indiquent que la fréquence des crises émotionnelles, des idéations et tentatives suicidaires sont moins fréquentes durant la période de Noël.

Le tapis est blanc, la musique m'emporte, les lumières décoratives scintillent! Pourtant, je ne me sens pas bien! Assurément, il n'est pas banal d'observer une augmentation du stress et de l'anxiété les semaines précédant Noël.

Il suffit d'entendre le discours de notre entourage pour observer que les inquiétudes semblent s'amplifier au même rythme que s'écoule le calendrier de l'avent: vais-je avoir suffisamment de temps, ou d'argent? Que penseront mes proches de mes cadeaux? Vais-je les décevoir? Ou pire, me jugeront-ils?

Pour d'autres, le temps des Fêtes semble également être un supplice infernal: des rencontres familiales indésirables, des déplacements, de la fatigue, des recettes à préparer, la course folle des cadeaux de dernières minutes, etc.

Malheureusement, il semble qu'un mythe populaire se soit installé, voulant que cette période tant désirée et attendue par la plupart des enfants soit, pour les adultes, une période de stress qui peut fragiliser l'équilibre mental.

Les Fêtes sont-elles réellement une période à risque pour la santé mentale?

La recherche indique que oui et non, car cela dépend de quelle fête dont il s'agit!

Plusieurs études ont démontré que la détresse psychologique tend à diminuer au cours de la période de Noël. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les études indiquent en effet que la fréquence des crises émotionnelles, des idéations et tentatives suicidaires sont moins fréquentes durant cette période. Le renforcement des liens interpersonnels et le soutien social seraient les principaux facteurs de protection impliqués.

Toutefois, si vous ressentez une augmentation du stress et des inquiétudes les jours précédant ce jour festif, voici quelques conseils pratiques qui vous permettront de diminuer la détresse ressentie:

1- Appliquez une résolution de problèmes orientée sur une difficulté précise

La résolution de problèmes peut aider à diminuer l'anxiété (comme les inquiétudes) et d'autres émotions négatives (exemple, la culpabilité ou la honte) reliées à un problème, tout en permettant d'adopter une stratégie active et plus fonctionnelle.

Cette méthode comprend généralement plusieurs étapes: définissez précisément le problème («je manque de temps pour tout préparer»), générez les solutions possibles (déléguez des tâches, préparez un agenda, engagez un assistant), et appliquez la solution choisie ou appliquez une autre au besoin.

2- Apprenez à relaxer physiquement

La littérature appuie l'efficacité de la relaxation musculaire progressive pour la gestion du stress. Elle consiste principalement à contracter et à relâcher des groupes de muscles spécifiques de manière séquentielle, afin d'induire une détente musculaire précise, progressive et profonde.

Afin d'obtenir un effet optimal, il est recommandé d'effectuer quotidiennement deux séances de 20 minutes. Cliquez ici pour avoir accès à un enregistrement audio guidé pour essayer la méthode.

3- Ne vous isolez pas!

Le soutien social et le renforcement des liens interpersonnels diminuent le risque de vivre de la détresse émotionnelle au cours de la période entourant Noël. N'évitez surtout pas la compagnie des autres, soyez actif socialement et demeurez bien entouré!

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Qu'en est-il pour le Nouvel An?

Cette fois-ci, la littérature va dans le sens des croyances populaires. En effet, les études indiquent la présence d'un effet rebond autour de la période du Nouvel An. Il se produit alors une exacerbation des problèmes liés à la santé mentale. Cet effet rebond serait lié à la réduction du soutien social, la consommation d'alcool et la création d'attentes difficilement atteignables.

Le Nouvel An est aussi généralement associé à des réflexions sur l'avenir, ce qui peut accroitre ou réactiver le désespoir et les inquiétudes chez les personnes plus à risque. Le Nouvel An est exceptionnel: il marque de manière explicite la transition entre une période ancienne et nouvelle. Il est aussi associé à un optimisme individuel ou collectif souvent irréaliste: «Demain, j'arrête de fumer!», «Je m'inscris au gym et j'irai tous les jours!» ou «Désormais, nous souperons toujours en famille!»

Or, les promesses non tenues peuvent par la suite contribuer au développement d'émotions négatives telles que la honte, la culpabilité et la colère.

Concrètement, que pouvez-vous faire pour éviter cet effet rebond?

Pour diminuer le risque lié à l'émergence d'un effet rebond après Noël, les recommandations cliniques sont de s'assurer de maintenir son réseau social et familial actif de même que d'éviter l'excès d'alcool.

Plus important, vous devriez élaborer des résolutions de la nouvelle année, tant qu'elles sont réalistes et réalisables. L'identification de vos valeurs (comme la santé, la famille, l'altruisme, le dépassement de soi, etc.) peut faciliter le choix de la direction vers laquelle vous orienterez vos buts de la nouvelle année (exemple: diminuer les collations le soir, visiter ma grand-mère une fois par mois, s'impliquer bénévolement pour un organisme, essayer un nouveau sport).


Références:

Bergen, H., & Hawton, K. (2007). «Variation in deliberate self-harm around Christmas and New Year». Social Science & Medicine, 65(5), 855-867.

Gabennesch, H. (1988). «When promises fail: a theory of temporal fluctuations in suicide». Social Forces, 67(1), 129-145.

Plöderl, M., Fartacek, C., Kunrath, S., Pichler, E. M., Fartacek, R., Datz, C., & Niederseer, D. (2014). «Nothing like Christmas—suicides during Christmas and other holidays in Austria». The European Journal of Public Health, 25(3), 410-413.

Sansone, R. A., & Sansone, L. A. (2011). «The christmas effect on psychopathology». Innovations in clinical neuroscience, 8(12), 10.

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