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17/03/2018 08:00 EDT | Actualisé 22/03/2018 14:43 EDT

La CAQ et son candidat vedette

Si vous avez apprécié Leitao et Coîteux, vous adorerez Youri Chassin. Mais si vous en avez marre des politiques régressives des Libéraux, prenez garde au chant des sirènes.

Comstock Images

Selon les derniers sondages, le long règne du Parti libéral du Québec tirerait à sa fin. Et l'opinion publique, qui exprime une déception à l'endroit des politiques libérales ainsi qu'un désir de changement, semble pour le moment placer ses espoirs dans la Coalition Avenir Québec dirigée par François Legault.

Bien que le terme néo-libéral ait été trop galvaudé par une certaine gauche, les influents ultralibéraux Carlos Leitao et Martin Coîteux ont fait du parti libéral celui qui a le plus adhéré à cette philosophie économique qui prône l'hégémonie des forces du marché à travers des politiques de privatisation, de dérèglementation et de diminution du rôle de l'État dans toutes les sphères d'activité. Or, puisque nous en sommes à nous interroger sur les orientations politiques que nous réservera un nouveau gouvernement, nous sommes tentés d'imaginer ce qu'il en serait avec un gouvernement dirigé par la CAQ.

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Mais rappelons d'abord certains faits démontrant que ce gouvernement libéral a sérieusement mis à mal, au cours de ses deux derniers mandats, le modèle qui a fait du Québec la société la plus égalitaire et la plus progressiste d'Amérique.

Les nombreuses compressions budgétaires ont mené à de tels dysfonctionnements dans les réseaux de l'éducation, de la santé et des services sociaux que l'on trouve aujourd'hui un personnel enseignant, intervenant, soignant et administratif débordé et épuisé. Le mal-financement a également engendré une détérioration avancée de nos infrastructures en santé et en éducation.

Le mal-financement a également engendré une détérioration avancée de nos infrastructures en santé et en éducation.

Deux faits en matière de politique sociale sont à retenir: le refus obstiné de l'actuel gouvernement d'augmenter le salaire minimum à un niveau qui permettrait aux travailleuses et aux travailleurs au bas de l'échelle de sortir de la pauvreté; la réforme de l'aide sociale qui maintient des dizaines de milliers de citoyennes et de citoyens dans une situation de grande pauvreté en contenant leurs prestations à un niveau représentant à peine 50% du seuil de pauvreté.

Dans le domaine de la petite enfance, l'augmentation des tarifs et la multiplication des services de garde commerciaux au détriment du réseau des CPE ont fortement érodé la qualité de ces services.

Alors qu'une des grandes caractéristiques du modèle québécois est de reconnaitre l'apport de la société civile dans l'élaboration des politiques publiques au sein de divers lieux et instances de concertation, le gouvernement libéral a déployé beaucoup d'énergie afin de centraliser le pouvoir entre les mains des élus, tant au niveau régional que national. Ils ont ainsi éliminé un très grand nombre de structures de concertation et de dialogue social, tels les conseils régionaux de développement, les régies régionales de santé et de services sociaux, entre autres.

C'est dans ce contexte politique que François Legault aime bien présenter son parti comme une alternative crédible au Parti libéral. Fort de sa popularité nouvelle, il se plaît aussi à tarder de dévoiler ses intentions sur plusieurs grands enjeux qui seront débattus lors de la prochaine élection.

Fort de sa popularité nouvelle, il se plaît aussi à tarder de dévoiler ses intentions sur plusieurs grands enjeux qui seront débattus lors de la prochaine élection.

On peut cependant se faire une idée assez précise de ce qui nous attend en examinant les positions défendues par les personnes qui se présenteront sous la bannière de la CAQ en octobre prochain. À ce jour, l'économiste Youri Chassin est sans aucun doute le candidat-vedette de la CAQ. Celui-ci sera appelé à jouer un rôle clé au sein d'un gouvernement caquiste éventuel, soit à titre de ministre des Finances, soit comme président du Conseil du trésor. En fait, monsieur Chassin sera dans une position à vocation économique semblable à celle qu'auront tenue messieurs Coîteux et Leitao dans l'actuel gouvernement libéral. On ne réussit pas à recruter un tel candidat sans qu'il n'y ait une importante concordance de vue entre celui-ci et le chef tout-puissant qu'est François Legault au sein de son parti.

C'est donc à travers les orientations que prône Youri Chassin que nous tenterons d'entrevoir les orientations économiques et sociales d'un hypothétique gouvernement caquiste. Et puisque monsieur Chassin a toujours été très présent dans les médias avec plusieurs centaines de chroniques et d'entrevues, il est relativement facile de connaître ses positions sur plusieurs grands enjeux qui retiendront l'attention au cours de la prochaine élection.

Youri Chassin est un économiste à très forte tendance néolibérale. Après avoir occupé le poste d'analyste économique au Conseil du patronat du Québec, celui-ci a joint l'Institut économique de Montréal pour en être le directeur de la recherche jusqu'à son recrutement récent par la CAQ.

L'économiste a défini on ne peut plus clairement les grands principes qui devraient guider l'action gouvernementale :

« Les réformes nécessaires doivent passer par une révision complète du rôle de l'État, par une ouverture accrue envers les solutions du marché, la liberté de choix et la responsabilisation individuelle. Les demi-mesures ne feront que ralentir notre processus d'appauvrissement collectif. »

Or, les demi-mesures dont il est ici question concernent justement plusieurs politiques à caractère néo-libéral mises en place par le gouvernement libéral. On entrevoit aisément que, pour celui qui pourrait devenir le ministre des Finances d'un éventuel gouvernement caquiste, elles seraient assurément insuffisantes à long terme.

« Parfois, écrit le candidat-vedette, la solution peut s'avérer positive, mais insuffisante. Hausser les tarifs des garderies, ou d'Hydro-Québec est en soi une mesure sensée. Si l'augmentation desdits tarifs vise à les rapprocher du prix plus réaliste qui devrait être payé pour ces services, on peut difficilement être contre, en termes de logique économique. Par contre (...), taxer ou tarifer davantage ne règlera pas nos problèmes à moyen ou long terme. C'est d'autant plus inefficace lorsque l'État ne fait aucun effort de son côté. »

Voyons quelques exemples d'efforts supplémentaires recommandés par monsieur Chassin.

  • Privatisation partielle de la société Hydro-Québec;
  • Remplacement des contributions de l'État aux services de garde par une subvention directe aux parents afin que ceux-ci puissent acheter sur le marché les services qu'ils préfèrent;
  • Réduire significativement les effectifs de l'État;
  • Privatisation de la SAQ;
  • Ouverture d'une partie du secteur de la santé et de l'éducation à la concurrence et aux entrepreneurs privés;
  • Augmentation des frais de scolarité.

Si vous avez apprécié Leitao et Coîteux, vous adorerez Youri Chassin. Mais si vous en avez marre des politiques régressives des Libéraux, prenez garde au chant des sirènes.

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