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01/03/2016 02:35 EST | Actualisé 02/03/2017 05:12 EST

Mythes et réalités sur les reconstructions dans la LNH

Dans ce billet, j'explore les notions de tankage et de «reconstruction» afin de donner un portrait sur les succès et les échecs de ces types de stratégies dans la LNH.

Le milieu de saison catastrophique des Canadiens de Montréal a été dévastateur pour notre équipe qui avait si bien débuté. Cette situation à amener son lot de débats au cours des dernières semaines concernant la meilleure stratégie à adopter par l'équipe dans le futur.

Plusieurs partisans et commentateurs ont suggéré que le directeur général en profite pour rebâtir sa formation alors que d'autres semblent plutôt penser que le retour en santé de notre gardien étoile nous permettra de revenir en force l'an prochain. Dans ce billet, j'explore les notions de tankage et de «reconstruction» afin de donner un portrait sur les succès et les échecs de ces types de stratégies dans la LNH.

D'abord, il est important de spécifier la différence entre le tankage et la «reconstruction». Il s'agit d'une définition bien personnelle sujette à débat. D'abord, je qualifierais le terme anglais tanker comme étant la stratégie de perdre volontairement dans le but d'obtenir le meilleur choix possible au repêchage.

De son côté, la «reconstruction» serait plutôt une stratégie délibérée ou non qui consiste à reconstruire son équipe par les choix au repêchage. Évidemment, la limite entre les deux concepts est très floue, il est possible de tanker à l'intérieur d'une reconstruction.

Plusieurs commentateurs et partisans ont, à juste titre, un dédain pour le principe du tankage pour plusieurs raisons justifiées notamment le caractère méprisant pour les partisans qui payent pour voir leur équipe essayer de gagner.

La reconstruction amène également plusieurs désagréments pour les partisans. Il faut accepter que notre équipe soit exclue des séries pendant plusieurs saisons consécutives et il faut accepter que des joueurs de qualités soient échangés contre des choix au repêchage qui contribueront au spectacle dans plusieurs années.

En regardant les données des repêchages dans la LNH de 2001 à 2015, j'ai tenté de déterminer quelles équipes avaient effectivement utilisé une stratégie de reconstruction. Mes critères pour une reconstruction sont les suivant: 3 années consécutives ou 4 années sur 5 avec au moins un de ces éléments:

  • un choix parmi les 10 premiers
  • deux choix parmi les 20 premiers
  • trois choix parmi les 30 premiers

Les critères utilisés sont uniquement basés sur les choix de premières rondes de repêchage et excluent les choix de tour plus élevé. Ce choix est délibéré, car il est basé sur les taux de réussites des choix au repêchage. Dans un billet de blogue produit l'an dernier, le journaliste Guy Daoust avait analysé la carrière de l'ensemble des joueurs repêchés de 2001 à 2010 dans la Ligue nationale de hockey. Il avait souligné que 45% des choix de premiers tours devenaient des joueurs de carrière et 20 % devenaient des joueurs d'appoint dans la Ligue nationale. Au second tour du repêchage, le taux passait à 14,5 % de joueurs de carrière et 10,6 % de joueurs d'appoint.

Résultat:

  • Il y a eu 18 reconstructions entre les saisons 2001 à 2015.
  • 15 équipes ont eu au moins une reconstruction et trois équipes en ont eu deux.
  • Des 10 coupes Stanley gagnées depuis le lock-out, 8 l'ont été par des équipes qui ont reconstruit (Caroline 2006, Anaheim 2007, Pittsburgh 2009, Chicago 2010-2013-2015, Los Angeles 2012-2014)
  • Deux coupes Stanley ont été gagnées par des équipes qui n'ont pas reconstruit (Detroit 2008 et Boston 2011)
  • Sur les 15 années enregistrées, Columbus a été 12 fois en situation de reconstruction annuelle alors que Detroit l'a été 0 fois. Montréal a été dans pareille situation pendant quatre années au cours de la période.
  • Il y a 3 reconstructions en cours: Buffalo, Caroline et Edmonton
  • Il y a 5 reconstructions terminées depuis moins de 3 ans: Islanders, Minnesota, Floride, Tampa Bay et Winnipeg.

Pour déterminer s'il s'agit d'une reconstruction réussie ou ratée, j'ai utilisé un seul critère: l'équipe doit gagner une coupe Stanley dans les trois années suivant la fin de la reconstruction.

Évidemment, on pourrait ajouter un second critère qui serait celui de la durée de la reconstruction. Par exemple, Edmonton a été en reconstruction pendant 8 des 9 dernières années. Il est très difficile de dire qu'il ne s'agit pas d'un échec.

Si nous éliminons les 3 équipes en reconstruction et les 5 équipes ayant terminé leur reconstruction, il y a donc eu un total de 5 reconstructions ratées et 5 reconstructions réussies ayant rapporté un total de 8 coupes Stanley pour un ratio de 0,8 par équipe. Évidemment, le ratio diminuera grandement au cours des prochaines années, car plusieurs équipes ont terminé leur reconstruction et passeront inévitablement du côté des reconstructions ratées.

15 équipes n'ont pas fait de reconstruction et ont gagné 2 coupes Stanley pour un ratio de 0,13 par équipe.

Le tableau précédent permet d'avoir un portrait des reconstructions dans la Ligue nationale.

Évidemment, l'échantillon est très restreint et la méthodologie de sélection et d'exclusion est sujette à discussion. Également, il y a plusieurs limites à cette analyse, car il y a un très grand nombre d'autres paramètres à prendre en considération. La capacité à bien entourer les jeunes, la chance lors du repêchage, la qualité du repêchage, la capacité à développer les jeunes, les transactions, etc.

Que faut-il conclure?

D'abord, Detroit est une anomalie complète. Il n'y a aucun autre exemple qui s'approche le moindrement de la situation de Detroit. Force est d'admettre que Ken Holland a réussi à faire des miracles.

Pour en revenir aux Canadiens, je pense que ce tableau permet de comprendre qu'il n'y a pas de choix facile. Il semble que le tableau amène de l'eau au moulin à ceux qui mentionnent que les équipes qui ne font pas de reconstruction seront d'éternelles équipes de milieu de peloton. Sur les 15 équipes qui n'ont pas reconstruit, deux sont des prétendants sérieux à la coupe cette année: Washington et Dallas.

Toutes les autres équipes sont, au mieux, dans le milieu de peloton. À l'opposé, plusieurs des équipes ayant terminé leur reconstruction sont et seront des puissances dans les années à venir notamment Tampa Bay, Islanders et la Floride.

La situation idéale est une équipe qui ne reconstruit pas et qui réussit tout de même à rester compétitive. Plusieurs équipes ont réussi à très bien s'en tirer sans reconstruction sans toutefois arriver à gagner la coupe notamment les Rangers de New York. Cependant, le scénario le plus catastrophique est de terminer régulièrement en queue de peloton sans reconstruire, comme l'a démontré Toronto.

La reconstruction n'est pas gage de succès et peut devenir une catastrophe à long terme comme l'ont bien démontré des équipes comme Winnipeg et Colombus. Cependant, il semble qu'il s'agisse d'un mal nécessaire en cette ère de plafond salariale.

La prochaine fois qu'un amateur vous dira que les reconstructions ne fonctionnent pas en vous citant le cas d'Edmonton ou qu'il est possible de gagner sans reconstruire en vous citant le cas de Detroit, vous aurez quelques arguments supplémentaires à mentionner.

L'objectif du billet était de susciter la discussion. Alors, reconstruction ou pas?

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