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30/08/2015 11:32 EDT | Actualisé 30/08/2016 05:12 EDT

Pape de gauche ou pape de droite?

L'arène politique est souvent le spectacle de contradictions flagrantes. Cela est d'autant plus vrai lorsque la religion y est invitée. Ainsi, pendant que certaines sociétés stigmatisent l'allégeance religieuse des politiciens, au même moment, d'autres sociétés cherchent à faire reconnaître la « pureté religieuse » de leurs politiques.

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Depuis le début de son pontificat, le pape François a toujours suscité un grand intérêt non seulement dans les médias, mais aussi auprès des gens ; les populations du monde entier lui vouant une sympathie spontanée. Cette popularité réelle, ses prises de position très fermes sur des questions d'actualité comme les migrants, la crise économique et écologique créent un environnement propice où certains partis politiques sont tentés de faire avec François l'un de leurs membres en règle. Les États-Unis sont souvent la scène où se joue cette pièce de théâtre. Ainsi, après Benoît XVI le républicain, on parle maintenant de François le démocrate. Le plus drôle c'est que souvent les deux partis ou certains candidats catholiques eux-mêmes jouent le jeu en combattant l'épouvantail d'un Pape partisan.

La question de l'environnement ne fait pas exception. En effet, aujourd'hui, la majorité des consciences sont sensibilisées à cette problématique, et ce, même à l'intérieur des partis. C'est dans ce climat politique où plus personne ne peut s'arroger le monopole de la vertu que le dialogue doit s'amorcer à la Conférence de Paris.

Trouver des solutions à la crise environnementale n'est toutefois pas aussi simple que le sont nos vœux pieux écologiques. Dans son encyclique Laudato Si, le Pape (dont l'approche holistique n'est malheureusement pas très fréquente) manifeste plusieurs exemples qui montrent la complexité des enjeux. En ce sens, il montre bien certains risques que peuvent présenter les éventuelles solutions apportées à la crise climatique. Un exemple a particulièrement retenu mon attention. Selon le Pape :

La stratégie d'achat et de vente de «crédits de carbone» peut donner lieu à une nouvelle forme de spéculation, et cela ne servirait pas à réduire l'émission globale des gaz polluants. Ce système semble être une solution rapide et facile, sous l'apparence d'un certain engagement pour l'environnement, mais qui n'implique, en aucune manière, de changement radical à la hauteur des circonstances. Au contraire, il peut devenir un expédient qui permet de soutenir la surconsommation de certains pays et secteurs. (no 170) .

Ce que le Pape souligne, c'est qu'une « bourse » du carbone aurait le désavantage de marginaliser encore les pays les plus pauvres qui pourraient être tenter de vendre leurs crédits pour subvenir à leurs besoins immédiats et, ainsi, freiner le populorum progressio de ces mêmes sociétés.

Pour concilier cette nécessité du développement des pays émergents avec une juste réduction des émissions de carbone une solution se trouve dans l'encyclique. Une idée qui pourrait faire son chemin à la Conférence de Paris. En effet, les souverains pontifes depuis Jean XXIII n'ont cessé de demander l'établissement d'une « véritable Autorité politique mondiale » (no 175). À ce point de vue, puisque « planifier, coordonner, veiller, et sanctionner sont des fonctions impératives de chaque État » (no 177), il est aussi de leur devoir d'élaborer de justes législations en matière d'écologie. En ce sens, d'un côté, certains États devront revaloriser leur régulation parce que « la protection de l'environnement ne peut pas être assurée uniquement en fonction du calcul financier des coûts et des bénéfices » (no 190). D'un autre côté, plusieurs pays devront « libéraliser » certaines de leurs règles pour laisser plus de place aux institutions de la société civile et ainsi, manifester un plus grand respect du « principe de subsidiarité qui donne la liberté au développement des capacités présentes à tous les niveaux, mais qui exige en même temps plus de responsabilités pour le bien commun de la part de celui qui détient plus de pouvoir » (no 196). Cette autorité pourrait jouer ce rôle de régulateur. Garantissant d'un côté, une plus grande liberté de mouvement des pays les plus pauvres dans leur marche vers le développement et, de l'autre, une plus grande régulation des « gros joueurs » qui ont dans le passé été tentés de se développer au détriment des autres.

L'arène politique est souvent le spectacle de contradictions flagrantes. Cela est d'autant plus vrai lorsque la religion y est invitée. Ainsi, pendant que certaines sociétés stigmatisent l'allégeance religieuse des politiciens, au même moment, d'autres sociétés cherchent à faire reconnaître la « pureté religieuse » de leurs politiques. D'un côté comme de l'autre, il me semble que les précieux conseils du pape François gagneraient en efficacité dans un milieu moins partisan. À quelques semaines de son voyage aux États-Unis, il sera intéressant de voir si le Pape réussira à élever le débat sur l'environnement pour qu'il s'inscrive plutôt dans le registre d'un véritable dialogue soucieux de développer cette écologie intégrale qui lui est si chère.

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