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09/12/2017 08:12 EST | Actualisé 09/12/2017 08:21 EST

«Occupation Double» et le contrôle des émotions

«C’est le contrôle qu’exerce OD sur les règles du jeu qui explique plusieurs des crises au cœur du spectacle.»

La nouvelle mouture d'Occupation Double Bali est un succès. Du choix de la destination à l'animation décontractée, du générique d'introduction à l'utilisation des réseaux sociaux, la stratégie de marketing vise juste. L'émission repose en bonne partie sur les candidats et les personnalités de certains d'entre eux ‒ Joanie étant de loin la plus célèbre ‒ sont assez intenses pour garder l'attention des spectateurs. Mais c'est le contrôle qu'exerce OD sur les règles du jeu qui explique plusieurs des crises au cœur du spectacle.

OD est un lieu de surveillance qui joue sur l'attachement des candidats. Un attachement sécure apporte une stabilité émotionnelle, tandis qu'un attachement insécure perturbe la communication et la capacité de gérer les conflits. En séparant les gars des filles et en décidant des rares moments où ils peuvent se voir, OD produit un climat imprévisible qui fait durer la phase de séduction et retarde la formation des couples. Cela maintient les candidats en état d'alerte, pour ainsi provoquer des réactions qui font mousser les cotes d'écoute.

Les candidates les plus populaires sont celles que l'on présente comme étant excessives, instables et impulsives. Or, leurs émotions sont amplifiées par de belles rencontres aussitôt menacées par la concurrence : on prive une candidate de moments de qualité avec le gars qui l'intéresse, on l'envoie sur un bateau avec son coup de foudre et une rivale, etc. Du côté des gars, plusieurs candidats abordent l'intimité comme une menace à leur autonomie. C'est le cas de l'un d'entre eux qui hésite entre plusieurs filles parce qu'« aucune ne ressemble à Jessica Alba ». Ces comportements n'attirent pas les foudres du public. Ils cadrent plutôt avec le stéréotype de l'homme « idéal », à la fois conquérant, autosuffisant et en contrôle de ses émotions.

Il est délicat de se prononcer sur la vraie personnalité de Joanie, car l'image de chaque participant repose sur des choix stratégiques.

OD agit comme un vecteur normatif qui confirme aux hommes et aux femmes ce qu'on attend d'eux en société. Les comportements jugés « féminins » et « masculins » atteignent leur sommet en milieu de saison quand ‒ coup de théâtre ! ‒ on offre aux gars la possibilité de choisir quatre nouvelles filles qui s'ajouteront à l'aventure. Ce déséquilibre entre l'offre et la demande bouleverse l'ordre social ainsi que l'état émotionnel des candidats. Les couples en formation sont ébranlés, sans parler des conflits que cela provoque entre les filles. Dans ce scénario déroutant, doit-on s'étonner qu'elles paraissent insécures et que les gars hésitent à s'engager ?

Il est délicat de se prononcer sur la vraie personnalité de Joanie (qui sert de bouc émissaire dans les maisons) car l'image de chaque participant repose sur des choix stratégiques : la sélection des séquences, l'ordre dans lequel elles sont présentées, la trame sonore qui les accompagne, etc. On y présente Joanie comme la femme séductrice, colérique, voire dangereuse. Chez une partie du public, il y a comme une envie irrésistible de la punir de ne pas avoir été en contrôle de ses émotions, de son corps, de sa sexualité. Bien au fait de l'intérêt qu'elle suscite, il arrive qu'OD jongle avec les règles d'élimination pour la garder dans la course. Les spectateurs qu'elle dérange se retrouvent donc en contradiction avec eux-mêmes : autant ils aiment la détester (allant jusqu'à signer une pétition pour qu'elle soit expulsée), autant leur intérêt pour l'émission repose précisément de sa présence.

Depuis la toute première saison en 2003, aucun des gagnants à OD ne sont encore ensemble. Les candidats forment des couples dans un environnement instable, compétitif et hautement contrôlé. Il faudrait des partenaires extrêmement compatibles pour sortir de là avec un sentiment de sécurité assez fort pour construire une relation à long terme.