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08/07/2015 10:28 EDT | Actualisé 08/07/2016 05:12 EDT

Si vous aviez la chance de sauver la vie d'une personne, vous le feriez?

Quiconque a le privilège de se servir d'une carte d'assurance-maladie devrait se sentir obligé de signer l'autorisation du prélèvement des organes. Faut-il carrément imposer le don d'organes?

Une question qui peut sembler bien banale, mais qui ne l'est pas du tout: si vous aviez la chance de sauver la vie d'une personne, est-ce que vous le feriez? La Charte des droits et libertés du Québec est claire à ce sujet: «Toute personne doit porter secours à celui dont la vie est en péril.» (Chapitre 1, article 2)

Dans l'éventualité où vraisemblablement vous avez répondu que vous sauveriez la vie d'une personne et que vous savez que la Charte l'exige, pouvez-vous m'expliquer pourquoi tant de gens hésitent encore à signer leur carte de don d'organes ou hésitent encore à autoriser le prélèvement des organes d'un proche lorsque celui-ci n'a pas signé sa carte?

Refuser de sauver une ou plusieurs personnes pour des raisons de convictions religieuses, morales ou simplement personnelles, est-ce un crime? Poser la question, c'est un peu y répondre, non?

Vous trouvez que je vais loin dans mes affirmations?

Au cours des dernières années, j'ai été confrontée de très près à des situations qui m'ont fait cheminer vers une telle conclusion...

Il y a quelques années, nous avons eu la douleur de vivre la fameuse scène du policier qui frappe à la porte à 23h30 et qui annonce à ma sœur et son conjoint: «Monsieur, madame, vous êtes bien les parents de Karl? Je suis désolé de devoir vous apprendre qu'il a eu un accident de voiture et qu'il n'a pas survécu.»

Karl et trois autres personnes sont morts au cours de cette nuit que nous n'oublierons jamais. Le choc d'une vie: les cris, les larmes, le mauvais rêve, l'incrédulité... Une fois à l'hôpital, alors que tout était si confus dans la tête de ses parents, une chose était pourtant claire: est-ce qu'on peut au moins donner ses organes pour sauver des vies? Non, parce que Karl est mort sur le coup, il a été impossible de le maintenir en vie artificiellement, ce qui est un prérequis au don d'organes.

Notre Karl est mort et, pour ajouter à notre peine, il n'a même pas pu vivre un peu à travers d'autres gens, ce qui aurait donné un semblant de sens à sa mort prématurée.

Quelques années plus tard, mon mentor subissait un malaise cardiaque sévère dans mon bureau. Ce jour-là, il est parti en ambulance, inconscient. Depuis son admission à l'hôpital, il était prioritaire sur la liste d'attente pour la transplantation d'un cœur. Mon ami a séjourné 9 mois à l'hôpital, il était à un cheveu d'y passer quand le miracle est survenu: il a reçu le cœur d'un autre. Aujourd'hui, mon ami a repris sa pratique, il est un tout nouveau grand-père, il respire le bonheur et savoure chaque seconde de sa deuxième chance à la vie.

Au mois d'octobre dernier, mon amie Nathalie, 40 ans, atteinte de fibrose kystique n'a pas eu la même chance. Dans son cas, le coup de téléphone n'est jamais venu. Dans sa petite chambre d'hôpital, elle m'a demandé d'être témoin pour la signature de son testament. J'ai mis ma griffe au bas du document et deux jours plus tard, elle rendait l'âme. Je n'ai pu m'empêcher de faire le lien entre l'importance d'une signature sur des documents légaux ou une simple carte d'assurance-maladie. Quarante ans de souffrances auraient pu être transformés par une simple signature...

Il faut se rendre à l'évidence: les campagnes de sensibilisation ne fonctionnent pas comme elles devraient. Pas assez de citoyens signent leur carte et pas assez de personnes discutent de cette possibilité avec leurs proches de peur d'attirer le malheur. Personne non plus ne veut avoir à répondre à la fameuse question que l'on pose au moment où la peine et les émotions sont maîtres de leurs pensées et empêchent de réfléchir et de décider.

Pourtant quiconque a le privilège de se servir d'une carte d'assurance-maladie du Québec devrait se sentir obligé de signer l'autorisation du prélèvement des organes. Alors, faut-il carrément imposer le don d'organes? Selon moi, c'est la seule solution!

La mort peut redonner la vie, il est temps que la loi soit aussi limpide pour les morts que pour les vivants!

Si vous ne l'avez pas encore fait, voici comment consentir au don d'organes.

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