LES BLOGUES
07/02/2017 09:08 EST | Actualisé 07/02/2017 09:08 EST

L'étrange diplomatie de Donald Trump

L'image des États-Unis à l'étranger en a pris pour son rhume depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump. Ce dernier, ou son entourage s'en sont pris au Mexique, à l'Union européenne, à l'OTAN, à la Chine, à l'Allemagne, à l'Iran et même à l'Australie! Sa politique sur les visas a aussi aliéné les pays musulmans concernés et a été critiquée par le secrétaire général des Nations Unies. Même l'annonce de la reprise du projet d'oléoduc Keystone XL a apparemment pris le premier ministre Trudeau par surprise.

Ce comportement relève-t-il d'une stratégie planifiée ou de l'incompétence et de l'arrogance de la nouvelle administration? Un peu de tout cela sans doute. Il est difficile à ce stade de bien saisir l'approche des trumpistes sur le plan de la politique internationale. Certaines décisions ou certains « tweets » présidentiels semblent vouloir satisfaire l'électorat qui l'a élu: mesures contre les musulmans, tensions au niveau du commerce avec le Mexique, notamment. D'autres s'inspirent de l'idéologie de "l'alt right " comme l'encouragement à la division en Europe et portent l'empreinte de Steve Bannon, un proche conseiller qui veut, selon ses propres dires, «détruire le système».

Les décisions politiques à ce jour apparaissent comme l'influence d'un petit groupe qui gravite autour du Président et qui ne consulte pas la bureaucratie. L'absence de confirmation par le Sénat d'un secrétaire d'État, jusqu'à peu, explique peut-être cette situation. De même que l'inexpérience des nouveaux dirigeants. Ceci dit, si jamais cette tendance agressive de la part de Trump persistait, elle aura des conséquences très sérieuses. Se mettre à dos la communauté internationale pour soi-disant « make America great again » sera rapidement contre-productif.

Ce n'est pas en humiliant d'autres dirigeants mondiaux ou des nations entières que Washington construira des alliances.

Tôt ou tard lors d'une crise ou pour avancer les intérêts commerciaux ou politiques américains, Trump aura besoin d'alliés. La période où l'Amérique pouvait dicter aux autres nations la marche à suivre est terminée. Nous vivons dans un monde global et pour faire face à des problèmes comme le changement climatique ou les pandémies, le multilatéralisme est nécessaire. À moins bien sûr que le leadership américain désire absolument faire cavalier seul. Il ne pourra cependant échapper aux désastres naturels et autres épidémies. Ce ne sont pas les murs qui les arrêteront! Ce n'est pas en humiliant d'autres dirigeants mondiaux ou des nations entières que Washington construira des alliances.

D'autre part, le Président Trump, en isolant ainsi les États-Unis de la scène mondiale, encourage d'autres pays à occuper la place laissée vacante. C'est sûrement le cas de la Chine, par exemple. Son rejet de l'Accord de partenariat transpacifique (PTP) ouvre une autoroute commerciale pour Pékin en Asie et le long du Pacifique. Et la Russie va aussi pousser ses pions dans quelques pays de l'Union européenne, en Ukraine et au Moyen-Orient.

Le comportement de Trump nuit bien sûr à l'image de son pays. De nombreux dirigeants et les populations à travers le monde se demandent si le pilote aux commandes de la Maison-Blanche sait ce qu'il fait. Ses interlocuteurs internationaux doivent se poser des questions sur la stabilité de cette administration et si on peut lui faire confiance. Ses tweets rageurs dénotent des réactions impulsives et irréfléchies qui ne sont pas dignes du « leader du monde libre » comme on disait. Et il détient le code nucléaire. De quoi inquiéter.

S'il joue bien ses cartes, le Canada devrait pouvoir tirer profit des errements de politique étrangère de notre voisin du sud... Notre réputation de pays accueillant pour les immigrants; de pays dynamique, multiculturel et sécuritaire, nous avantagera sur le plan de l'investissement économique. Elle sera utile aussi sur le plan des relations internationales, car nous serons vus comme la face « positive » du continent nord-américain. Cela devrait favoriser notre candidature pour un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies.

Le défi du gouvernement Trudeau sera de tisser des liens constructifs avec Washington (si cela est possible) tout en gardant certaines distances pour ne pas mettre en péril les valeurs qui nous distinguent et que nous défendons.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Les polémiques de Donald Trump en campagne

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter