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04/11/2016 10:23 EDT | Actualisé 04/11/2016 10:23 EDT

L'Égypte ne va pas bien

Les nouvelles qui nous arrivent d'Égypte ne sont pas bonnes. Inflation galopante, pénurie de certains produits de base (comme le sucre), tourisme famélique et attentats djihadistes dans le Sinaï contre les forces policières et l'armée.

Les nouvelles qui nous arrivent d'Égypte ne sont pas bonnes. Inflation galopante, pénurie de certains produits de base (comme le sucre), tourisme famélique et attentats djihadistes dans le Sinaï contre les forces policières et l'armée. À cela, on doit ajouter une répression et des atteintes aux droits de la personne à la hausse.

Le président Abdel Fattah al Sissi, accueilli comme le sauveur de la nation par la population égyptienne, après le renversement du Président Morsi en 2013, se révèle un autre dirigeant autoritaire, digne successeur des Nasser, Sadate et Moubarak. Mais alors que ces derniers proposaient une certaine vision pour l'avenir de leur pays, que ce soit le panarabisme ou la paix avec Israël, al Sissi s'est surtout distingué jusqu'à maintenant par l'inauguration, en grande pompe, d'un canal de Suez élargi. Mais en ces temps de faible prix du pétrole, il n'apporte pas les revenus escomptés.

Sans l'aide financière saoudienne (évaluée à $25 milliards US depuis 2 ans) la situation serait encore pire. Un récent vote égyptien sur la Syrie, au Conseil de sécurité des Nations Unies, favorisant la position russe a cependant envenimé les relations entre Le Caire et Riyad, ce qui est de mauvais augure. L'Égypte négocie aussi un prêt de $12 milliards US avec le Fonds monétaire international (FMI), qui pourrait cependant imposer des conditions politiquement complexes pour le gouvernement.

Les Égyptiens sont habitués à se retrouver avec des «hommes forts» à la tête de l'État. Ils semblent craindre l'instabilité. En retour, ils s'attendent à recevoir d'eux les moyens de leur subsistance. Depuis Nasser, le gouvernement leur fournit le minimum, à des prix subventionnés (pain, huile, sucre, etc) ou des emplois dans la bureaucratie, souvent inutiles et peu rémunérés. Les difficultés économiques au cours des dernières années ont rendu ce système impossible à maintenir. Le poids sur le budget de l'État est énorme.

Au cours de sa longue histoire, la population égyptienne n'a pas hésité à descendre dans la rue pour exprimer son mécontentement.

Les différents gouvernements ont graduellement augmenté les prix ou rendu le système moins généreux. Mais pour la majorité de la population, il reste essentiel. Plus ou moins repu le peuple, sans grande illusion sur l'honnêteté ou la compétence de ses politiciens, vit son difficile quotidien. Son grand sens de l'humour et sa jovialité l'aident à faire oublier un peu sa pauvreté. Mais pour combien de temps?

Au cours de sa longue histoire, la population égyptienne n'a pas hésité à descendre dans la rue pour exprimer son mécontentement. L'exemple le plus récent fut le «printemps arabe» qui se solde finalement, après bien des morts et autres exactions, et le renversement du président élu Morsi, par un autre gouvernement «à poigne». Avec le président al Sissi, le système répressif a repris du galon et toute opposition au régime est interdite ou sous surveillance. Même les milieux culturels si actifs et imaginatifs dans ce pays en payent le prix. Tous les prétextes sont bons, allant de la lutte contre le terrorisme au retour à la paix civique. Les institutions ont été, en outre, modifiées pour assurer la pérennité du régime actuel.

Les problèmes de l'Égypte ne changent pas: augmentation de la population, jeunes ne trouvant pas de boulot, environnement qui se détériore, corruption, absence de dialogue démocratique, etc. Ce cocktail est dangereux. Le fait que le pouvoir soit entre les mains de l'armée modère probablement les velléités de changement de la population. Al Sissi et les militaires hauts-gradés ont bien manoeuvré pour que les forces armées continuent de contrôler le pays, post-révolution.

Il y a sans doute peu de chance de voir, à court et moyen terme, une autre révolte comme celle que l'on a vue en 2011. Néanmoins si on se fie à l'histoire, les Égyptiens sont des gens patients, mais quand ils en ont assez... Et le peuple voudra du vrai changement et pas des promesses vides. Les prochains mois ou années risquent de voir les évènements se précipiter au pays des Pyramides. Mais il est souvent risqué de faire des prédictions au Moyen-Orient.

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